Traduction - Translate

vendredi 9 mai 2014

DRÔLES DE NOMS

Nos ancêtres avaient parfois de drôles d'idées quand il s'agissait de nommer des personnes ou des lieux...

Par bonheur, nous sommes relativement épargnés au Québec. Oh! il y a bien des « Couillard » (voir ci-dessous), mais on n'y prête plus attention depuis que nous savons qu'un ancêtre à presque tous au 17e siècle s'appelait Guillaume Couillard...

Par ailleurs, on trouve ici pas mal de parents de langue française qui affublent leurs petits de noms qui les désigneront comme anglophones pendant toute leur vie : Jeffrey, Stephen, Jennifer, Kimberley et autres William et Megan...

JLD




DRÔLES  DE  NOMS

Relevé des noms bizarres :

D'après : « Laissez parler les noms ! » de Jean-Louis Beaucarnot (Editions J.C. Lattès – 2004)

Nota : Tous les noms cités ci-après sont rigoureusement authentiques
(JL Beaucarnot étant un éminent généalogiste, reconnu pour son sérieux
et sa compétence ..)

Voir :  http://www.beaucarnot-genealogie.com/contenu/index.php

Lieux : Toponymes

   200 Morvandiaux vivent à Poil ! Depuis des générations, le village morvandiau de Poil déclenche les rires et les farces. Au XIX siècle, Paul Birault, journaliste au quotidien de droite "L'Eclair" avait monté un canular en invitant les députés socialistes au nom d'un soi-disant Comité d'Initiative du Centenaire d'Hégésippe Simon, à assister à l'inauguration de sa statue dans son village natal de Poil, dans la Nièvre. Beaucoup ayant répondu qu'ils se feraient un devoir d'être ce jour-là "à Poil", leurs lettres avaient été publiées dans l'hilarité générale ..
   Nos ancêtres n'avaient pas peur du pittoresque : l'essentiel était d'être concret et évocateur. Certains noms de lieux indiquaient tout simplement la pauvreté des terres : à l'opposé des Coutures, dénommant de bonnes "cultures" et des terres fertiles, le sol des trois communes nommées Crévecoeur étaient ingrats "à en crever le cœur ..". Plusieurs communes et lieux-dits, nommés Grattepanche, en Picardie et dans le Nord, réduisaient ceux qui en cultivaient le sol à se gratter la panse pour mieux tromper la faim .. et il semble bien qu'à Maurepas, on n'ait jamais fait que de .. mauvais repas ..

   D'autres fois, l'étymologie est bien éloignée du sens apparent, comme :

            Bagnols : du latin balneolum, désignant une baignade ou des bains;

            Bédouin (84) vient d'un ancien Bet-Win germanique;

            Bonnétable : désignait un lieu favorable à l'élevage,

            Bosc-Bordel (76) : vient de bosc, bois et de borde, désignant une cabane en planches;

Cerqueux, Cerqus, Serqueux .. sont des déformations de cercueil et évoquent d'anciennes nécropoles, comme c'est notamment le cas de Cercueil dans la Meurthe-et-Moselle;

            Chilleur-au-Bois (45) : provient de callius durum, la forteresse de Callius ..;

            Connaux (30) : étymologie obscure (colline ou nom d'homme ?);

            Corps-Nuds (35) : vient d'une ancienne cornuta villa, la villa de Cornutus ..

            Cosne-sur-Loire : vient d'un ancien condate désignant un confluent .;

            Croth (27) et Crottes (45) : viennent d'une ancienne grotte..;

            Cucuron : de cuq rond, montagne arrondie ;

            Fessey-Dessus et Fessey-Dessous (70) vient de fagus, le hêtre ;

            Froidevaux (25) : désignant une vallée froide ;

            Grand-Cœur (73) vient d'une grande cour ;

            La Queue (-Les Yvelines, en Brie) : désignant des terres allongées, en forme de queue;

Longjumeau : à l'origine Noviomagos

devint au fil des siècles Nogernellum, d'où son nouveau nom, par influence du latin gemellum, jumeau;

Lhuitre (10) : vient de Lustrios, nom d'homme gallo-romain;

Lorgies (62) : vient de l'orge (noter à proximité de cette commune, un hameau nommé "L'Aventure");

Millevaches (19) : vient du gaulois mello (hauteur) et du bas-latin vacua (vide), et non mille vaqua (mille sources);

Montcucq (46) : est un parfait pléonasme, puisque cucq signifie montagne en préceltique;

Montrelet (80) : vient d'une déformation de menestreau (monastère);

Plurien (29) : signifie plu (paroisse) de Saint Rihen (saint breton) – NB.- on dit plou, au pluriel;

Poil (58) : vient du latin podium (hauteur);

autrement dit .. des cols .. (!);

Saint-Merd (19, 23) : déformation de .. Mard, contraction de Médard;

Saint-Michel-Chef-Chef : en référence à l'ancien pays de Cheveché;

Sainte-Verge (79) : était le nom d'une sainte locale, bergère des environs de Thouars;

Six-Fours : est une déformation de six forts;

Tournedos (27) et Tournedoz (25) : déformation, pour l'une, de Tourtenot, et évocation, pour l'autre, d'une déroute militaire ..

Vertus (51) : en référence au dieu gaulois Virotutes (à notre, dans son voisinage, la commune de Bergères-

Les-Vertus, où se trouve une ancienne bergerie, et un lieu-dit nommé Trécon, d'étymologie inconnue ..);

Vilaines (72 ..) : déformation de villa (village gallo-romain).


Voulez-vous des photos de Nus ?

Gag classique dans la Loire : la vente de "photos artistiques de Nus", que certains amateurs n'hésitent pas à acheter, sans imaginer qu'ils ne recevront que de banales photos de paysages de campagne, montrant évidemment le hameau de ce nom, situé sur la commune de Périgneux.

Les surnoms devenus noms de famille

Cocu, Cochon, Bordel, Labitte, Putin, Crétin : tels sont quelques-uns des patronymes dont le Conseil d'Etat a permis de se défaire.

Depuis que la loi du 11 germinal an XI (1° avril 1803), a autorisé à demander de changer de nom, quelque 35.000 à 40.000 personnes ont tenté de l'utiliser, pour faire sinon peau neuve, du moins nom nouveau. Chaque année, quelque 1.200 à 1.300 dossiers parviennent à la direction des Affaires civiles et du Sceau, au ministère de la justice, qui a charges de les instruire, et environ 900 d'entre elles aboutissent.

Si certains noms pourtant curieux, comme Departout, Halle-Halle, Tête-d'Hiver, Serbource ou Apoil n'ont pas l'air d'avoir posé de
problèmes puisqu'ils n'ont jamais conduit leurs porteurs à solliciter un changement officiel, beaucoup d'autres semblent traumatisants. Ce sont en effet près d'un millier de noms qui ont atterri un jour ou l'autre sur les bureaux des services spécialisés de la place Vendôme, et certains plus que d'autres.

Le record incontesté est celui de Cocu, avec quelques 500 demandes, soit environ 5% des sollicitations. Suivent Cochon et Bordel, avec quelque 250 demandes, Labitte (150), Putin, Crétin puis d'autres patronymes insolites, parmi lesquels de forts pelotons de Vachier, Boudin, Couillard, Sallaud, Couillon, Cornichon, comme les plus rares : Chaucouillon, Seichpine ou Pudéba. La liste est d'autant plus longue que la politique du Conseil d'Etat a évolué dans un sens plus libéral, le conduisant ainsi à accepter la demande motivée d'un monsieur Loiseau ..

Les demandes de changement de noms, jugés ridicules ou grossiers, représentent, bon an, mal an, environ un tiers des dossiers. En tête, viennent ceux évoquant les malheurs conjugaux. Ils sont peu nombreux, mais représentent à eux seuls 13% des cas, avec essentiellement Cocu et ses variantes (Cocut, Cocus, Le Cocu ..), Mon(t)Coqut, Cornard ou Bétacorne ..

Suivent les noms qui paraissent se rapporter au sexe (12% des cas), à commencer par Bitte, Mabit et Labitte, Massebout, Verge, Pine et Lapine, Queue, Pénis ou Zizi, auxquels on associera de moins évidents : Queulevée, Petitqueux, Bitaudeau, Bitaubec, Pinocheau, Seichepine, Cerqueux, Malmonté ..

A un autre niveau, on trouvera Couille, Couillard, Couillon, Couilbaud ou Couillebaud, des Cascouille et jusqu'à un pauvre Belpaire qui a dû souvent entendre "de quoi ?". On trouve enfin des Con, suivi d'une tripotée de Sicon, Cecon, Troccon, souvent d'origine étrangère, de Bescon, Biscon, Francon, Blancon, Convert, Concarré, et Jolicon ..!

D'autres noms sont suggestifs malgré eux. Si on trouve de plus en plus de requêtes de Gay, de Pédé, de Pédal, ou d'Homo, on rencontre aussi des Branle, Pornot, Bezecourt, Besoli et des noms d'origines arabes comme Yalibez, Elbez, Elkouk, ou bien Tapin, Vierge, Pussault, Levrette, et Chaucouillon ! Et, n'est-ce pas difficile pour une dame de s'appeler un jour Mme Grue, Putin, Laputte, Catin, Lagarce ou Saloppe, Moru, Maquerel ou Pucelle ?

D'autres noms sonnent comme des injures, et ceux-là ont évolué avec les époques. Si au XIX° siècle on trouve beaucoup de patronymes comme Coquin ou Filou, considérés comme des injures suprêmes, on cherche plus volontiers aujourd'hui a se débarrasser de Bordel, Crétin, Salaud ou Salligot, de Conard ou Connardeau, Corniaud, Duballet, ou de cet
insolite Espeisse, qui doit lui aussi amener l'éternelle question : "de quoi ?". Et, sincèrement, vous imaginez-vous répondant à un agent de police qui vous demande votre nom : Tabouche, Connard, Vieillepeau, Moncus ou Vachier ? ..

Mais la liste la plus longue est constituée par les noms à relent scatologique (18% des cas ..) . A côté des rares Caca, Merdier, Crotte, et Lacrotte, ce sont de très nombreux Boudin, des Fumier, Dufumier, et Taillefumier, qui, comme tout ce qui rappelle de près ou de loin le verbe "chier" est souvent jeté aux orties (Chier, Chion, Chigros, Chivert, et Chirouge, Pourchier, Vachier ..). Suivent les Pet, Pété, Pételat, Pératé et Salpéteur, les Pipi, Lapisse, Jurine et Lhurine. Les nombreux Taillefesse, Lafaysse et Mafféis sont talonnés par les Trou, Dutrou, Lanusse, et Hanus, ou encore Lecul, Cuq, Cucuroze, Cuvert, Cudorge, Courcu, Curon, Moncu et Moncus, Cubeau et Boccu, Sercu, Briscul, Cussec, Chocu, Cuplin et Demoncul(d), sans parler de l'impossible Barrocu, de l'italien Puddu ou de l'arménien Kupeyan ..

De la tête aux pieds, beaucoup de patronymes semblent desservir le physique de leur porteur. Que ce soit de façon générale, comme Laid, Hideux, LeHideux, Moche ou Vilain, ou plus détaillée. Ainsi Tronche, Latronche, Pouilleux, Porteperruque, Chaudoreille, Ouvreloeil (à qui l'on doit toujours ajouter "et le bon !"), Vieilledent, les nombreux Bellegueul(l)e picards, Malfait, Groslard, Bonichon, Teton, Grossein, Courgenouil, Longjarret et Courtecuisse, à Piedplat, Piederrière, Piedbois ou Piedvache..

D'autres, dont le physique est épargné, souffrent davantage au moral. Ainsi les Nigaud, Sinoquet, Tokar, Ballot, Barjot, Simplet, Sot ou Sossotte, Toqué, Crétin, Secrétin ou Boncrétin, Corniaud, les impossibles Petitballot, ou Franquenouille, ou pour les dames, Bécasse, Gaudiche ou Piquée ..

Pas facile non plus d'être M. Malcuit, Pourry, Dumolard, Grosmolard, Patrac, Vieillepeau, Crassous, Peudecoeur, Braillard, Faignant, Demeuré, Puant, Menteur, ou pire, d'être Truant, Tueur ou Assassinat ! Imaginez la gêne de MM. Gueux, Galleux, Légout ou de Mme. Pudébat ! Sans parler des Lanouille, Hénouille, Bloqué, Coincé, Meurdefaim ou encore de ces Négrate ou Le Négrate, qui dès qu'ils se présentent s'entendent demander "Voulez-vous mon mouchoir ?.." Impossible pour un homme de se nommer Fillette ou Minette, comme pour une femme, d'être Mme Trouée, Lacruche, Tarte, Dondon, Bobonne ou Boniche ..

On se déleste ainsi de noms qui semblent dénoncer des tendances à la boisson, ainsi Podevin, Sacavin, Soulard, Pissevin, et Meurdesoif, de ceux qui évoquent la mort, et qui refroidissent leurs porteurs, comme Mort, Lamort, Lemort, Beaumort, Crevé, Le Crevé, et Croquemort, Cercueil, Morgue, Décès et surtout Cimetièrre et Ducimetièrre, et aussi de tous les noms d'oiseaux ou d'animaux, fort nombreux (16% des cas ..).

Le record de la catégorie est détenu par Cochon, auquel on doit ajouter tous les Cauchon, Cochonneau, Cochonnet, Le Cochonnec et Ricochon, Porc, Le Porc comme les Truye, Pourceau et Gorret. Suivent les Vache, Lavache, Veaux et Leveau, Grandvaux, Quatrevaux, Piedvache, Porteboeuf, Torcheboeuf ou Cœur-de-Vache. Côté jardin, voici les Cornichon, Fayot ou
Faillot, Melon, Navet, Potiron, Lapoire, et jusqu'à un inattendu Poircuitte .. D'autres perles ? Voici encore Nébuleux, Croquevieille,
Reveillechien, Grattepain, Pandouille, Gros-Bidet, Bouffechoux, Trompesauce, Rabatjoie, Troisoeufs, Aimelafille et Infortuné.

On rencontre encore des Inconnu, des Personne et des Anonyme, comme on trouve des "M" à La Réunion et nos S.N.P. algériens. On se souvient alors de l'histoire que l'on raconte de ce malheureux M. Trognon, qui, voulant changer de nom, se désespérait. En ôtant le "t", on avait Rognon, ôtant le "tr", c'était Ognon, ôtant le "O", Gnon, sans le "g", Non, sans le "n",
le pronom neutre On, enfin sans le "0", on arrivait à l'anonyme "N" !..

Ces noms pour le moins pittoresques font régulièrement l'objet d'articles de journaux et d'émissions, provoquant autant de crises de fou-rire.. Mais "Honni soit qui mal y pense" : la plupart de ces patronymes n'ont jamais voulu dire ce qu'ils nous suggèrent aujourd'hui.

Ainsi "Cocu" qui détient le record, ne vient que d'un ancêtre ayant une "coque", autrement dit une bosse. Bordel ne vient que d'une petite "borde"  ou "borda" ancien nom d'une cabane .., Crétin vient de "Chrétien", forme ancienne de notre prénom "Christian"..

Pareillement, Baudet et Boudin ne sont autres que de ces classiques "aphérèses", comme Catin n'était que le diminutif de Catherine, Nigaud celui de Nicomède, Guenon celui de Huguenon (diminutif de Huges..). Le curieux lorrain Hannus est tout simplement le diminutif du latin Johannus, forme savante de notre prénom Jean, comme le champenois Merda est une contraction locale de Médard. Bonnichon vient de Benichon, diminutif de Benoît, et le bizarre Sinoquet est le diminutif d'un prénommé Sénoc, d'après le nom d'un personnage biblique.

Beaucoup de ces noms étaient aussi des noms de baptême germaniques, que l'on a vite oubliés : Connart vient ainsi d'un vieux Con-hardt, signifiant initialement "brave et fort", comme Salaud, qui n'est apparu dans notre langue et sous son sens actuel qu'en 1581, vient d'un Salawald, signifiant "la maison qui gouverne"..

Pareillement, Torcheboeuf était le nom d'un conducteur d'un attelage de bœufs; Villain ne se rapportait à rien d'autre qu'à l'habitant d'une "villa" gallo-romaine (à l'origine du mot "village") et Salpêteur à un fabricant de ..salpêtre .. L'ancêtre des Grandvaux habitait une grande vallée, celui des Malmonté, près d'une mauvaise montée, et les aïeux des Bézecourt une ferme plantée de .. bouleaux..Le mot breton Bescon désignait un vicomte, le gascon Lanusse une lande sèche, le savoyard Molard un terrain élevé, l'auvergnat Vaysset venant de l'ancien nom du noisetier tandis que le flamand Vandeputte (ou Van der Putten) est l'équivalent de notre ...Dupuis d'ailleurs.

Dans 3 à 4% des cas, la demande de changement de nom tient au fait d'une homonymie dérangeante. Si la réussite de certains de ses membres peut rejaillir sur toute une famille, il arrive, à l'inverse qu'un nom ait éclaboussé l'un de ses porteurs au point de devenir insupportable.

Au début du XX° siècle, on compta plusieurs demandes de Kayser (à cause de Guillaume II ..), ainsi que plusieurs Boche, Bosch et Bauch. Plus tard, ce fut le cas des Alsaciens nommés Führer et d'une dizaine d'Hitler. Dans les années 20, les Landru y passèrent, comme le feront les Bonot, les Petiot, les Bony, les Lafont, au temps où leurs tristes homonymes firent parler d'eux. On trouve enfin régulièrement des demandes émanant de dénommés Poubelle, qui ne semblent pas apprécier
outre mesure l'intervention de leur homonyme préfet de Paris.

Dans tous les cas, celui qui aura été autorisé à changer de nom le sera du même coup à en prendre un autre, ce qu'il fera généralement en prenant un nom déjà existant. Ce sera souvent celui de sa mère – environ 60% des cas – ou de son conjoint, ou parfois un nom proche du sien (Taulard devenant Allard, Lagarce devenant Lagarde, Nichon devenant
Michon ou Catin devenant Cotin, Claudeau devenant Cladeau). Parfois, on en forgera un de toutes pièces. Ainsi M.Civet, en troquant son patronyme au profit de Cievet et M. Laperruque en devenant Lapeyraque, créeront deux nouveaux patronymes, qui continues à être portés.

Si changer de nom n'est pas une décision facile à prendre, en prendre un autre ne l'est pas non plus ..

Le choix est laissé libre, à condition que le nouveau remédie à la situation et ne constitue pas une fin en soi pour le requérant. Pas question pour un M. Mouton d'en profiter pour récupérer  un nom connu, comme Chirac, Lavoisier, Mauriac ou Halliday ..

L'affaire n'est jamais simple. Perdre son nom, c'est un peu perdre  une partie de soi-même, et le réflexe le plus fréquent semble donc être d'assurer une certaine continuité. Le plus souvent, on se contentera de modifier quelques lettres. On fait de Putin, Patin, de Potin, Mutin ou Hutin, de Crétin, Crépin, de Cudelou, Dudelou, ou de Labitte, Lafitte. On s'attache à conserver la consonance  : Cocu devient Cossu, Cotu, Cochon devient Cochin, Conchon, Cosson ..; Torcheboeuf, Roqueboeuf, Landru, Ledru, ou Coquillette, Covillette .. Sallope s'en sort par une inversion, en devenant Saulappe. On n'imagine pas, enfin, la magie d'une simple cédille, si chère à certains Françon ou Coçu ..

Compte tenu de l'impact de l'orthographe et de l'importance accordée à l'aspect extérieur des noms de famille, voilà autant de boucliers qui se révèlent parfaitement efficaces, témoins les homonymes du truand Max Frérot, qui changèrent leur nom pour celui de Frérault.

L'important finalement, semble être avant tout de conserver quelque chose de son nom d'origine. M. Infortuné devient Fortin, M. Poisvert, Verpois, M. Maître-d'Hotel, Dhotel, M. Petitqueux, Petit, M. Meurdesoif, Meuray, M. Belleverge, Belleval, M. Demonculd, Demont, ou M.Cornichon, Cornic.

"Au fond de mon cœur et de mes tripes, je ne pouvais me résoudre à en changer. J'ai modifié une seule lettre" avoue un ex. M. Vachier. Ce sont sans doute les mêmes raisons qui poussèrent M. Grenouille à devenir ...M. Delétang !

Par le biais du changement de nom, quelques centaines de noms nouveaux verront ainsi le jour.


* * * * * * * * * *





vendredi 4 avril 2014

DIVERS ASPECTS D'UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE



Cliquer ICI
-o-o-o-o-

Cliquer ICI
 Conférence de presse de la ministre Véronique Hivon
sur le problème de l'itinérance
qui nous révèle son humanité. 

-o-o-o-o-

Tellement de bons copains...

Ils traitent seulement des « vraies affaires »




De bien gentils garçon, tout ce qu'il y a de plus honnête !

Le PLQ et son ex-argentier Marc Bibeau ciblés par l’UPAC

L'UPAC vise l'argentier du PLQ sous Charest

Marc Bibeau est au cœur d'une enquête sur un système de financement illégal du parti sur fond de collusion

-o-o-o-o-o-


-o-o-o-o-

-o-o-o-o-



vendredi 3 janvier 2014

LES SOLDATS D'ALLAH...



Une analyse du livre qui a révélé Djemila Benhabib,
une grande militante québécoise.

NOTE : pour grossir le texte, taper « ctrl + » (contrôle et +).

http://action-nationale.qc.ca/
 
Djemila Benhabib

Les soldats d’Allah à l’assaut de l’occident


http://www.edvlb.com/Soldats-Allah-assaut-Occident/Djemila-Benhabib/livre/9782896493135

   Le 11 septembre 2001 a marqué l'irruption spectaculaire de la violence des soldats d'Allah en Amérique, dans le combat - le djihad - qu'ils mènent depuis longtemps pour faire prévaloir une vision politique qui rejette bien des valeurs que les Occidentaux tiennent pour acquises: la séparation du politique et du religieux, l'égalité des hommes et des femmes, l'égalité de tous les citoyens face à la loi indépendamment de leurs convictions religieuses... 

   Djemila Benhabib revient sur l'histoire des peuples de culture musulmane pour montrer comment l'islam politique en est venu à supplanter les mouvements démocratiques et féministes, qui étaient pourtant apparus au Moyen-Orient en même temps qu'en Occident. Elle souligne la part de responsabilité des États-Unis dans ce gâchis, eux qui ont renié leurs valeurs fondatrices pour s'assurer en approvisionnement stable en pétrole auprès de l'Arabie saoudite qui finance les réseaux islamiques les plus réactionnaires. Elle fait l'histoire de l'implantation en Europe et en Amérique des Frères musulmans et de leur stratégie pour imposer l'intégrisme islamique sur la place publique, en tirant parti des chartes des droits et de la promotion du multiculturalisme. Elle se sert de l'exemple québécois pour illustrer comment les bien-pensants de gauche et autres partisans de la "laïcité ouverte" deviennent les alliés objectifs, les « idiots utiles », de ces dangereux militants antidémocratiques. 

   Dans un récit en arabesque qui passe du général au particulier, qui entremêle l'analyse des idéologies aux exemples de leurs conséquences réelles sur les individus, en Égypte ou en Iran aussi bien qu'au Québec ou en Belgique, Djemila Behabib lance ici un appel à la vigilance démocratique et un plaidoyer sans concession pour la laïcité.

**************

«Je sais que l’avancée des voiles islamiques, c’est le recul de la démocratie et la négation des femmes. Je sais que l’islam politique n’est pas un simple mouvement fondamentaliste, mais un mouvement politique totalitaire qui a pour visée d’engloutir le monde après avoir avalé la démocratie (p. 295) ».
   Les États arabo-musulmans sont sujets à un déterminisme assez remarquable : lorsque la porte de la démocratie s'entrouvre, ce sont les mouvements islamistes qui entrent. La Palestine, avec le Hamas, l’Irak, l’Égypte, la Syrie, la Tunisie, le Maroc, pas une de ces nouvelles démocraties n’a échappé à cette tendance lourde. Le cas de l’Égypte est le plus frappant: les Frères musulmans, dont la modération est très limitée, et le parti salafiste, carrément intégriste, cumulent plus de 60% du suffrage aux dernières élections, de quoi faire retourner dans sa tombe le très nationaliste Gamal Abdel Nasser! Bien sûr, la plupart de ces partis se sont réclamés d’un islamisme modéré, mais si on gratte un peu on découvre que derrière cette profession de foi se cachent souvent de vieux démons intégristes.

   Ainsi, le Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui a dernièrement pris le pouvoir au Maroc se réclame de la modération. C’est pourtant ce même parti (alors que le Maroc révisait en 2004 le Code de la famille) qui s’opposait à ce que l’âge du mariage des jeunes filles passe de 15 à 18 ans ainsi qu’à la suppression de la polygamie et défendait la tutelle des hommes sur les femmes. On peut par conséquent se demander si cette modération affichée ne cache pas une intention intégriste. Cette intention qui concerne l’intérieur du monde musulman pourrait aussi bien viser l’extérieur, et particulièrement le monde occidental. C’est en tout cas ce que laissaient supposer les déclarations de Tariq Ramadan, un éminent intellectuel organique de l’islamisme en occident, le 27 juillet 2011.

   Avant qu’il ne prenne la parole dans un hôtel de Dallas, on fit sortir de la salle les non-musulmans qu’on put identifier même s’ils avaient acheté leurs billets et qu’ils ne manifestaient pas d’écarts de conduite. Se sentant en confiance, Ramadan déclara alors à ses partisans: «Ça devrait être nous, avec notre compréhension de l’Islam, avec nos principes qui colonisons positivement les États-Unis d’Amérique.» (Point de Bascule, 20-09-2011).

   Dans le même ordre d'idée et quelques années avant, une fatwa publiée sur IslamOnLine en 2002 et archivée sur MEMRI (http ://www.memri.org/report/ en/o/o/o/o/o/o/774.htm), le guide spirituel des Frères Musulmans et mentor de Tariq Ramadan, Youssef Qaradawi, avait déjà fait état d’un plan formel de conquête de l’Occident en établissant un parallèle entre les offensives islamiques militaires du passé et les offensives islamiques idéologiques du présent :

L’islam va retourner en Europe comme un conquérant et un vainqueur après en avoir été expulsé à deux reprises, une fois au sud en Andalousie (Espagne — 1492) et une seconde fois à l’est quand il frappa à plusieurs reprises aux portes d’Athènes (1830). [...] Cette fois-ci, je maintiens que la conquête ne se fera pas par l’épée, mais grâce au prosélytisme et à l’idéologie.» (site Point de Bascule «La conquête de l’Occident par le jihad idéologique» http://poin- tdebasculecanada.ca/articles/i346.html)
   Ce sont ces craintes et la crainte de l’islam politique qui alimentent les propos de Djemila Benhabib dans Les soldats d'Allah à l’assaut de l’occident, un ouvrage de près de 300 pages, abondamment documenté. Sa thèse est relativement simple: le mouvement islamiste radical veut conquérir le Moyen-Orient, mais il est également engagé dans une islamisation de l’Occident. Il a bien entendu recours pour cela au terrorisme, mais également à tous les moyens légaux institutionnels que fournissent les démocraties occidentales. Cet islamisme politique enrobe son discours d’une rhétorique rassurante trompeuse et sa stratégie se résume en un mot, «taqiyya», une expression qui a le sens de tromperie justifiée envers les non-musulmans.

   Ce sont les milliards de l’Arabie Saoudite qui permettent la montée foudroyante de l’islam politique depuis une quarantaine d’années et les Frères musulmans, dont le mouvement fut fondé en 1928 par Hassan al-Banna, en sont le fer de lance. Pour ce dernier, les piliers centraux de la société devaient être le statut de la femme et la morale sexuelle. D’après Benhabib, en se servant de «taqiyya» (la tromperie) et en appliquant la parole du Prophète: « la guerre est ruse », les frères et leurs adeptes ont grugé la société égyptienne de l’intérieur (hypothèse que les dernières élections semblent valider fortement.)

   Pour étayer son propos, madame Benhabib, dont la famille d’ailleurs avait été condamnée à mort par les islamistes en Algérie en 1994, divise son texte en deux grandes parties. Elle traite premièrement du monde islamique et de la percée «foudroyante» de l’islam politique. Elle s’étend ensuite longuement sur l’état de la question musulmane au Québec. En la lisant, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec le livre de Sami Aoun, Le retour turbulent de Dieu, dont nous avons parlé dans Les Cahiers de lecture de l’automne 2001. Le ton de Sami Aoun m’a paru cependant plus modéré, davantage enclin au dialogue entre religions.
   Benhabib est plus incisive, elle assimile carrément l’idéologie wahhabiste à l’idéologie fasciste et soutient que la zone de dialogue semble radicalement réduite. Elle démontre très bien comment les tentatives rationalistes et modernistes au fil des siècles ont été laminées par les puissants courants orthodoxes. Elle s’attarde beaucoup sur la question de la condition des femmes tant la question féministe occupe une place centrale, sinon obsessionnelle, dans l’islam politique. Il faut lire à la page 30 la partie intitulée : « Les idiots utiles au service du fascisme vert»; le fascisme vert étant le régime islamiste iranien.

Bientôt les milices vont scruter la moindre parcelle du corps dénudé des femmes. Alors que leur sexe est déjà devenu une affaire d'État, à celui des hommes se rattache la promesse d’Allah avec ses 72 houris (ou 70 selon certaines sources) aux grands yeux, à la peau blanche, et aux vulves appétissantes. Dans ce paradis hyper sexualisé, les houris restent toujours vierges et le pénis des élus ne faiblit jamais. Le sperme gicle et regicle. Bref, érection et jouissance sont éternelles. Les délices de l’au-delà sont réservés aux plus méritants. Ici bas, tous s’attellent à servir Allah (p. 30-31).
   Et les idiots là-dedans ? Et bien selon Benhabib ce sont les bien pensants, de gauche en général, qui, en fermant les yeux sur ce que le régime des ayatollahs avait de moyenâgeux l’ont en partie cautionné. Michel Foucault, lui-même, (le grand Foucault!), ne voyait-il pas dans la révolution islamiste ce qui faisait défaut à l’Europe, c’est-à-dire «une spiritualité de la politique (p. 31) » ?

   Djemila Benhabib décrit très bien les facteurs endogènes à l’origine de l’islam politique sans négliger pour autant les facteurs exogènes, et en particulier le rôle de la Grande-Bretagne et des États- Unis. La cécité de ces derniers paraît, a posteriori, fort troublante. Benhabib insiste sur l’idée que la montée de l’islamisme politique ces dernières années est tributaire de l’argent de l’Arabie Saoudite.

Pendant les années 1980, l’Arabie Saoudite a dépensé quelque 75 milliards pour la propagation du wahhabisme, le financement d’écoles, de mosquées et d’organismes de bienfaisance partout dans le monde islamique (Mai Yamani, «extremist ideology can only revive bin Laden's ghost» The Daily Star, 5 mai 2001), cité par Benhabib, p. 164.
   Mais cela n’a pas empêché le soutien des Américains à une des pires théocraties du monde. Selon l’auteure, les Occidentaux et les Américains en particulier, ont fait deux erreurs historiques: avoir signé en 1945 un pacte avec l’Arabie Saoudite garantissant aux Américains un accès au pétrole arabe en échange d’une protection militaire, et avoir armé les résistants afghans durant l’occupation soviétique. Zbigniew Brzezinski, l’ancien secrétaire de Carter pour la sécurité, ne déclarait-il pas au Nouvel Observateur le 15 janvier 1998 que c’était une sottise de croire qu’il existait un islamisme global (p-157)?

   Benhabib examine finalement la société québécoise à travers une centaine de pages «serrées». Là encore, elle se distingue de Sami Aoun pour qui les politiques québécoises en la matière semblaient plutôt satisfaisantes. Le constat de Benhabib est moins optimiste, pour ne pas dire catastrophiste. Elle considère que le Québec a mis les doigts dans l'engrenage et qu’il est à la croisée des chemins. Elle disserte évidemment abondamment sur le fameux voile islamique et fustige la dérive communautariste de la Fédération des femmes du Québec et de Québec solidaire. L’auteure décrit également la stratégie des porte-parole féministes islamistes qui consiste à victimiser les musulmans tout en culpabilisant les Québécois. 
   Son analyse sur l’influence qu’exerce Tariq Ramadan sur les féministes islamistes est troublante, sinon édifiante. Elle crucifie évidemment les tenants de la laïcité ouverte et la commission Bouchard-Taylor et s’attarde ensuite sur la complaisance de la gauche féministe et de la gauche radicale envers les islamistes. On ne peut s’empêcher là de faire une analogie avec les idiots utiles de la révolution islamiste iranienne. L’essayiste se penche sur le personnage Khadir, déchiré, selon elle, entre un antiaméricanisme primaire, une haine d’Israël, un penchant pour la révolution, même si elle est islamiste, et une certaine conscience de la dimension rétrograde du discours islamiste.

Que reste-t-il au juste chez Khadir de cette sensibilité à l’Islam politique ? Cette page est-elle vraiment tournée ou y a-t-il encore chez cet agitateur enflammé un vieux fond islamiste qui imbibe son schéma de pensée? À analyser son cheminement, il semble fort probable que les vieux réflexes aient la peau dure et qu’ils ressurgissent aux moments clés de nos débats politiques (p. 282).
   Djemila Benhabib reconnaît qu’au Québec rares sont les personnalités publiques de culture musulmane ou arabe qui sont capables d’assumer pleinement l’autonomie de leur jugement vis-à-vis leur communauté d’origine. Amir Khadir n’échappe peut-être pas à ce déterminisme. Sa sympathie pour Tarik Ramadan, l’honneur qu’il a reçu de la part de la Fédération des Canadiens musulmans, sa défense du voile islamique ainsi que son ambiguïté vis-à-vis la théorie du complot en ce qui concerne les évènements du 11 septembre, en témoignent. En défendant une laïcité radicale et un anti-islamisme sans concession, Djemila Benhabib s’est quant à elle extirpée de cette solidarité clanique, c’est le moins qu’on puisse dire !

-o-o-o-o-o-






-o-o-o-o-o-

jeudi 19 décembre 2013

POUR SE DISTINGUER AUTREMENT



Pour se distinguer autrement 

Michel RIOUX
L’Aut’Journal
Décembre 2013
L’homme se cramponne à la servitude plus souvent qu’elle ne s’impose à lui.
Sénèque

Si tous les Québécois prenaient connaissance d’une statistique livrée par le sociologue Pierre Drouilly dans sa préface du livre Ce peuple qui ne fut jamais souverain, de Roger et Jean-François Payette, il est fort à parier que bien des choses pourraient changer! Et que dit cette statistique, révélée par une recherche du politologue Jean Laponce ?

Que depuis la Révolution française de 1791, il s’est tenu près de 200 référendums de souveraineté. Or les résultats ont tous été positifs, avec une très forte majorité dans la plupart des cas. Mais il y a deux exceptions : les deux référendums québécois, de 1980 et de 1995. Ce sont en effet les deux seuls cas relevés depuis 222 ans, où un peuple a répondu non quand il a été appelé à se dire oui à lui-même.

Devant l’histoire, cela nous fait une maudite belle jambe ! On pourrait peut- être trouver une meilleure façon pour se distinguer, nous qui nous pétons les bretelles de la société dite distincte.

Les deux auteurs, père et fils, dressent avec une lucidité qui peut devenir douloureuse l’état des lieux et les conséquences de ce qu’ils assimilent à la tentation du suicide politique chez les Québécois.

Aux deux référendums perdus s’ajoute l’échec des Patriotes en 1837. Ces trois événements amènent les Québécois « à se laisser dominer politiquement par une autre nation, les convainc de remettre la richesse qu'ils produisent en des mains étrangères, les persuade de vivre en déshérités du monde en abdiquant collectivement leur responsabilité de collaborer à une humanité qui se fait.  

Cette dépossession se manifeste dans leur renoncement à promouvoir le bien commun et les entraîne à s’illusionner sur les promesses d’un individualisme conformiste, à cultiver la confusion dans leurs choix politiques et à entretenir l’incertitude à leur avenir ».

Un électrochoc, ce livre dont Pierre Drouilly a écrit qu’il « sera une pierre blanche sur le long et laborieux chemin suivi par les Québécois dans leur quête d'eux-mêmes ».
Aux yeux des auteurs, les Québécois se bercent d’illusions en se faisant accroire que leur salut repose sur leurs performances sur la scène culturelle. Si les réussites sont indéniables sur ce plan, elles ne peuvent compenser l’absence d’une réelle prise sur la réalité des choses que seul le pouvoir politique peut apporter.

C’est une certitude clairement énoncée. « Nous aurons beau présenter de notre condition les analyses les plus pénétrantes, créer le théâtre le plus bouleversant, écrire les romans les plus récompensés, rien de toute cette production culturelle ne nous reposera de notre fatigue ni ne nous libérera de notre dépendance si nous ne nous décidons pas à prendre le pourvoir politique », soutiennent les Payette.

Alors que le peuple québécois « est privé du pouvoir politique collectif qui l’a conduit, et le conduit toujours, à hésiter entre la vie et la mort par cette perpétuelle et violente tentation du suicide politique, qui ne peut être pour lui qu’une autre impasse douloureuse », le seul programme politique qui soit recevable consiste à s’assurer une prise sur le réel.

Une prise collective que doit exercer le peuple québécois. Sur son territoire, sur le temps, sur son univers politique, sur ses relations internationales, sur son économie, sur son environnement social, sur sa culture.

La lecture du livre risque d’en conduire certains à désespérer de ce peuple « toujours embourbé dans son provincialisme réducteur ». Mais la condition première à remplir pour assurer cette prise sur le réel, n’est-ce pas d’avoir le courage et d’être capable d’en mesurer la hauteur ?

Ainsi, en dépit de l’accumulation de faits qui constituent autant d’actes manqués dans notre histoire, et des nombreux constats où il serait pour le moins exagéré de soutenir que le courage a été au rendez-vous, force est de constater que l’idée d’indépendance demeure au centre des préoccupations populaires et est toujours vivante, ayant progressé de façon fulgurante depuis 50 ans. Les trois derniers mots du livre sont d’ailleurs une ouverture sur l’avenir : Nous pouvons espérer !

Il ne faudrait surtout pas que Tocqueville finisse par avoir raison, lui qui, dans ses Notes de voyage, écrivait en 1831 : « Cette population nous a paru capable d’être dirigée, mais incapable de se diriger elle-même ». Il faut absolument faire mentir le vicomte.

-o-o-o-o-o-