Nos ancêtres
avaient parfois de drôles d'idées quand il s'agissait de
nommer des
personnes ou des lieux...
Par bonheur, nous sommes relativement épargnés au
Québec. Oh! il y a
bien des « Couillard » (voir ci-dessous), mais on n'y
prête plus
attention depuis que nous savons qu'un ancêtre à presque
tous au 17e
siècle
s'appelait Guillaume Couillard...
Par ailleurs, on trouve ici pas mal de parents de langue
française qui
affublent leurs petits de noms qui les désigneront comme
anglophones
pendant toute leur vie : Jeffrey, Stephen, Jennifer, Kimberley et
autres
William et Megan...
JLD
DRÔLES
DE NOMS
Relevé des noms bizarres :
D'après : « Laissez parler les noms ! » de Jean-Louis
Beaucarnot (Editions J.C. Lattès – 2004)
Nota
: Tous les noms cités ci-après sont
rigoureusement authentiques
(JL Beaucarnot étant un éminent
généalogiste, reconnu pour son sérieux
et sa compétence ..)
Voir : http://www.beaucarnot-genealogie.com/contenu/index.php
Lieux : Toponymes
200 Morvandiaux vivent à Poil ! Depuis des
générations, le village
morvandiau de Poil déclenche les rires et les farces. Au XIX
siècle,
Paul Birault, journaliste au quotidien de droite "L'Eclair" avait
monté
un canular en invitant les députés socialistes au nom
d'un soi-disant
Comité d'Initiative du Centenaire d'Hégésippe
Simon, à assister à
l'inauguration de sa statue dans son village natal de Poil, dans la
Nièvre. Beaucoup ayant répondu qu'ils se feraient un
devoir d'être ce
jour-là "à Poil", leurs lettres avaient été
publiées dans l'hilarité
générale ..
Nos ancêtres n'avaient pas peur du pittoresque :
l'essentiel était
d'être concret et évocateur. Certains noms de lieux
indiquaient tout
simplement la pauvreté des terres : à l'opposé des
Coutures, dénommant
de bonnes "cultures" et des terres fertiles, le sol des trois communes
nommées Crévecoeur étaient ingrats "à en
crever le cœur ..". Plusieurs
communes et lieux-dits, nommés Grattepanche, en Picardie et dans
le
Nord, réduisaient ceux qui en cultivaient le sol à se
gratter la panse
pour mieux tromper la faim .. et il semble bien qu'à Maurepas,
on n'ait
jamais fait que de .. mauvais repas ..
D'autres fois, l'étymologie est bien
éloignée du sens apparent,
comme :
Bagnols : du latin balneolum, désignant une baignade ou des
bains;
Bédouin (84) vient d'un ancien Bet-Win germanique;
Bonnétable : désignait un lieu favorable à
l'élevage,
Bosc-Bordel (76) : vient de bosc, bois et de borde,
désignant une cabane en planches;
Cerqueux, Cerqus, Serqueux .. sont des déformations de cercueil
et
évoquent d'anciennes nécropoles, comme c'est notamment le
cas de
Cercueil dans la Meurthe-et-Moselle;
Chilleur-au-Bois (45) : provient de callius durum, la
forteresse de Callius ..;
Connaux (30) : étymologie obscure (colline ou nom d'homme
?);
Corps-Nuds (35) : vient d'une ancienne cornuta villa, la
villa de Cornutus ..
Cosne-sur-Loire : vient d'un ancien condate désignant un
confluent .;
Croth (27) et Crottes (45) : viennent d'une ancienne
grotte..;
Cucuron : de cuq rond, montagne arrondie ;
Fessey-Dessus et Fessey-Dessous (70) vient de fagus, le
hêtre ;
Froidevaux (25) : désignant une vallée froide ;
Grand-Cœur (73) vient d'une grande cour ;
La
Queue (-Les Yvelines, en Brie) : désignant des terres
allongées, en forme de queue;
Longjumeau : à l'origine Noviomagos
devint au fil des siècles Nogernellum, d'où son nouveau
nom, par
influence du latin gemellum, jumeau;
Lhuitre (10) : vient de Lustrios, nom d'homme gallo-romain;
Lorgies (62) : vient de l'orge (noter à proximité de
cette commune, un
hameau nommé "L'Aventure");
Millevaches (19) : vient du gaulois mello (hauteur) et du bas-latin
vacua (vide), et non mille vaqua (mille sources);
Montcucq (46) : est un parfait pléonasme, puisque cucq signifie
montagne en préceltique;
Montrelet (80) : vient d'une déformation de menestreau
(monastère);
Plurien (29) : signifie plu (paroisse) de Saint Rihen (saint breton) –
NB.- on dit plou, au pluriel;
Poil (58) : vient du latin podium (hauteur);
autrement dit .. des cols .. (!);
Saint-Merd (19, 23) : déformation de .. Mard, contraction de
Médard;
Saint-Michel-Chef-Chef : en référence à l'ancien
pays de Cheveché;
Sainte-Verge (79) : était le nom d'une sainte locale,
bergère des
environs de Thouars;
Six-Fours : est une déformation de six forts;
Tournedos (27) et Tournedoz (25) : déformation, pour l'une, de
Tourtenot, et évocation, pour l'autre, d'une déroute
militaire ..
Vertus (51) : en référence au dieu gaulois Virotutes
(à notre, dans son
voisinage, la commune de Bergères-
Les-Vertus, où se trouve une ancienne bergerie, et un lieu-dit
nommé
Trécon, d'étymologie inconnue ..);
Vilaines (72 ..) : déformation de villa (village gallo-romain).
Voulez-vous des photos de Nus ?
Gag classique dans la Loire : la vente de "photos artistiques de Nus",
que certains amateurs n'hésitent pas à acheter, sans
imaginer qu'ils ne
recevront que de banales photos de paysages de campagne, montrant
évidemment le hameau de ce nom, situé sur la commune de
Périgneux.
Les surnoms devenus noms de famille
Cocu, Cochon, Bordel, Labitte, Putin, Crétin : tels sont
quelques-uns
des patronymes dont le Conseil d'Etat a permis de se défaire.
Depuis que la loi du 11 germinal an XI (1° avril 1803), a
autorisé à
demander de changer de nom, quelque 35.000 à 40.000 personnes
ont tenté
de l'utiliser, pour faire sinon peau neuve, du moins nom nouveau.
Chaque année, quelque 1.200 à 1.300 dossiers parviennent
à la direction
des Affaires civiles et du Sceau, au ministère de la justice,
qui a
charges
de les instruire, et environ 900 d'entre elles aboutissent.
Si certains noms pourtant curieux, comme Departout, Halle-Halle,
Tête-d'Hiver, Serbource ou Apoil n'ont pas l'air d'avoir
posé de
problèmes puisqu'ils n'ont jamais conduit leurs porteurs
à solliciter
un changement officiel, beaucoup d'autres semblent traumatisants. Ce
sont en effet près d'un millier de noms qui ont atterri un jour
ou
l'autre sur les bureaux des services spécialisés de la
place Vendôme,
et certains plus que d'autres.
Le record incontesté est celui de Cocu, avec quelques 500
demandes,
soit environ 5% des sollicitations. Suivent Cochon et Bordel, avec
quelque 250 demandes, Labitte (150), Putin, Crétin puis d'autres
patronymes insolites, parmi lesquels de forts pelotons de Vachier,
Boudin, Couillard, Sallaud, Couillon, Cornichon, comme les plus rares :
Chaucouillon, Seichpine ou Pudéba. La liste est d'autant plus
longue
que la politique du Conseil d'Etat a évolué dans un sens
plus libéral,
le conduisant ainsi à accepter la demande motivée d'un
monsieur Loiseau
..
Les demandes de changement de noms, jugés ridicules ou
grossiers,
représentent, bon an, mal an, environ un tiers des dossiers. En
tête,
viennent ceux évoquant les malheurs conjugaux. Ils sont peu
nombreux,
mais représentent à eux seuls 13% des cas, avec
essentiellement Cocu et
ses variantes (Cocut, Cocus, Le Cocu ..), Mon(t)Coqut, Cornard ou
Bétacorne ..
Suivent les noms qui paraissent se rapporter au sexe (12% des cas),
à
commencer par Bitte, Mabit et Labitte, Massebout, Verge, Pine et
Lapine, Queue, Pénis ou Zizi, auxquels on associera de moins
évidents :
Queulevée, Petitqueux, Bitaudeau, Bitaubec, Pinocheau,
Seichepine,
Cerqueux, Malmonté ..
A un autre niveau, on trouvera Couille, Couillard, Couillon, Couilbaud
ou Couillebaud, des Cascouille et jusqu'à un pauvre Belpaire qui
a dû
souvent entendre "de quoi ?". On trouve enfin des Con, suivi d'une
tripotée de Sicon, Cecon, Troccon, souvent d'origine
étrangère, de
Bescon, Biscon, Francon, Blancon, Convert, Concarré, et Jolicon
..!
D'autres noms sont suggestifs malgré eux. Si on trouve de plus
en plus
de requêtes de Gay, de Pédé, de Pédal, ou
d'Homo, on rencontre aussi
des Branle, Pornot, Bezecourt, Besoli et des noms d'origines arabes
comme Yalibez, Elbez, Elkouk, ou bien Tapin, Vierge, Pussault,
Levrette, et Chaucouillon ! Et, n'est-ce pas difficile pour une dame de
s'appeler un
jour Mme Grue, Putin, Laputte, Catin, Lagarce ou Saloppe, Moru,
Maquerel ou Pucelle ?
D'autres noms sonnent comme des injures, et ceux-là ont
évolué avec les
époques. Si au XIX° siècle on trouve beaucoup de
patronymes comme
Coquin ou Filou, considérés comme des injures
suprêmes, on cherche plus
volontiers aujourd'hui a se débarrasser de Bordel,
Crétin, Salaud ou
Salligot, de Conard ou Connardeau, Corniaud, Duballet, ou de cet
insolite Espeisse, qui doit lui aussi amener l'éternelle
question : "de
quoi ?". Et, sincèrement, vous imaginez-vous répondant
à un agent de
police qui vous demande votre nom : Tabouche, Connard, Vieillepeau,
Moncus ou Vachier ? ..
Mais la liste la plus longue est constituée par les noms
à relent
scatologique (18% des cas ..) . A côté des rares Caca,
Merdier, Crotte,
et Lacrotte, ce sont de très nombreux Boudin, des Fumier,
Dufumier, et
Taillefumier, qui, comme tout ce qui rappelle de près ou de loin
le
verbe "chier" est souvent jeté aux orties (Chier, Chion,
Chigros,
Chivert, et Chirouge, Pourchier, Vachier ..). Suivent les Pet,
Pété,
Pételat, Pératé et Salpéteur, les Pipi,
Lapisse, Jurine et Lhurine. Les
nombreux Taillefesse, Lafaysse et Mafféis sont talonnés
par les Trou,
Dutrou, Lanusse, et Hanus, ou encore Lecul, Cuq, Cucuroze, Cuvert,
Cudorge, Courcu, Curon, Moncu et Moncus, Cubeau et Boccu, Sercu,
Briscul, Cussec, Chocu, Cuplin et Demoncul(d), sans parler de
l'impossible Barrocu, de l'italien Puddu ou de l'arménien
Kupeyan ..
De la tête aux pieds, beaucoup de patronymes semblent desservir
le
physique de leur porteur. Que ce soit de façon
générale, comme Laid,
Hideux, LeHideux, Moche ou Vilain, ou plus détaillée.
Ainsi Tronche,
Latronche, Pouilleux, Porteperruque, Chaudoreille, Ouvreloeil (à
qui
l'on doit toujours ajouter "et le bon !"), Vieilledent, les nombreux
Bellegueul(l)e picards, Malfait, Groslard, Bonichon, Teton, Grossein,
Courgenouil, Longjarret et Courtecuisse, à Piedplat,
Piederrière,
Piedbois ou Piedvache..
D'autres, dont le physique est épargné, souffrent
davantage au moral.
Ainsi les Nigaud, Sinoquet, Tokar, Ballot, Barjot, Simplet, Sot ou
Sossotte, Toqué, Crétin, Secrétin ou
Boncrétin, Corniaud, les
impossibles Petitballot, ou Franquenouille, ou pour les dames,
Bécasse,
Gaudiche ou Piquée ..
Pas facile non plus d'être M. Malcuit, Pourry, Dumolard,
Grosmolard,
Patrac, Vieillepeau, Crassous, Peudecoeur, Braillard, Faignant,
Demeuré, Puant, Menteur, ou pire, d'être Truant, Tueur ou
Assassinat !
Imaginez la gêne de MM. Gueux, Galleux, Légout ou de Mme.
Pudébat !
Sans parler des Lanouille, Hénouille, Bloqué,
Coincé, Meurdefaim ou
encore de ces Négrate ou Le Négrate, qui dès
qu'ils se présentent
s'entendent
demander "Voulez-vous mon mouchoir ?.." Impossible pour un homme de se
nommer Fillette ou Minette, comme pour une femme, d'être Mme
Trouée,
Lacruche,
Tarte, Dondon, Bobonne ou Boniche ..
On se déleste ainsi de noms qui semblent dénoncer des
tendances à la
boisson, ainsi Podevin, Sacavin, Soulard, Pissevin, et Meurdesoif, de
ceux qui évoquent la mort, et qui refroidissent leurs porteurs,
comme
Mort, Lamort, Lemort, Beaumort, Crevé, Le Crevé, et
Croquemort,
Cercueil, Morgue, Décès et surtout Cimetièrre et
Ducimetièrre, et aussi
de tous les noms d'oiseaux ou d'animaux, fort nombreux (16% des cas
..).
Le record de la catégorie est détenu par Cochon, auquel
on doit ajouter
tous les Cauchon, Cochonneau, Cochonnet, Le Cochonnec et Ricochon,
Porc, Le Porc comme les Truye, Pourceau et Gorret. Suivent les Vache,
Lavache, Veaux et Leveau, Grandvaux, Quatrevaux, Piedvache, Porteboeuf,
Torcheboeuf ou Cœur-de-Vache. Côté jardin, voici les
Cornichon, Fayot
ou
Faillot, Melon, Navet, Potiron, Lapoire, et jusqu'à un inattendu
Poircuitte .. D'autres perles ? Voici encore Nébuleux,
Croquevieille,
Reveillechien, Grattepain, Pandouille, Gros-Bidet, Bouffechoux,
Trompesauce, Rabatjoie, Troisoeufs, Aimelafille et Infortuné.
On rencontre encore des Inconnu, des Personne et des Anonyme, comme on
trouve des "M" à La Réunion et nos S.N.P.
algériens. On se souvient
alors de l'histoire que l'on raconte de ce malheureux M. Trognon, qui,
voulant changer de nom, se désespérait. En ôtant le
"t", on avait
Rognon, ôtant le "tr", c'était Ognon, ôtant le "O",
Gnon, sans le "g",
Non, sans le "n",
le pronom neutre On, enfin sans le "0", on arrivait à l'anonyme
"N" !..
Ces noms pour le moins pittoresques font régulièrement
l'objet
d'articles de journaux et d'émissions, provoquant autant de
crises de
fou-rire.. Mais "Honni soit qui mal y pense" : la plupart de ces
patronymes n'ont jamais voulu dire ce qu'ils nous suggèrent
aujourd'hui.
Ainsi "Cocu" qui détient le record, ne vient que d'un
ancêtre ayant une
"coque", autrement dit une bosse. Bordel ne vient que d'une petite
"borde" ou "borda" ancien nom d'une cabane .., Crétin
vient de
"Chrétien", forme ancienne de notre prénom "Christian"..
Pareillement, Baudet et Boudin ne sont autres que de ces classiques
"aphérèses", comme Catin n'était que le diminutif
de Catherine, Nigaud
celui de Nicomède, Guenon celui de Huguenon (diminutif de
Huges..). Le
curieux lorrain Hannus est tout simplement le diminutif du latin
Johannus, forme savante de notre prénom Jean, comme le
champenois Merda
est une contraction locale de Médard. Bonnichon vient de
Benichon,
diminutif de Benoît, et le bizarre Sinoquet est le diminutif d'un
prénommé Sénoc, d'après le nom d'un
personnage biblique.
Beaucoup de ces noms étaient aussi des noms de baptême
germaniques, que
l'on a vite oubliés : Connart vient ainsi d'un vieux Con-hardt,
signifiant initialement "brave et fort", comme Salaud, qui n'est apparu
dans notre langue et sous son sens actuel qu'en 1581, vient d'un
Salawald, signifiant "la maison qui gouverne"..
Pareillement, Torcheboeuf était le nom d'un conducteur d'un
attelage de
bœufs; Villain ne se rapportait à rien d'autre qu'à
l'habitant d'une
"villa" gallo-romaine (à l'origine du mot "village") et
Salpêteur à un
fabricant de ..salpêtre .. L'ancêtre des Grandvaux habitait
une grande
vallée, celui des Malmonté, près d'une mauvaise
montée, et les aïeux
des Bézecourt une ferme plantée de .. bouleaux..Le mot
breton Bescon
désignait un vicomte, le gascon Lanusse une lande sèche,
le savoyard
Molard un terrain élevé, l'auvergnat Vaysset venant de
l'ancien nom du
noisetier tandis que le flamand Vandeputte (ou Van der Putten) est
l'équivalent de notre ...Dupuis d'ailleurs.
Dans 3 à 4% des cas, la demande de changement de nom tient au
fait
d'une homonymie dérangeante. Si la réussite de certains
de ses membres
peut rejaillir sur toute une famille, il arrive, à l'inverse
qu'un nom
ait éclaboussé l'un de ses porteurs au point de devenir
insupportable.
Au début du XX° siècle, on compta plusieurs demandes
de Kayser (à cause
de Guillaume II ..), ainsi que plusieurs Boche, Bosch et Bauch. Plus
tard, ce fut le cas des Alsaciens nommés Führer et d'une
dizaine
d'Hitler. Dans les années 20, les Landru y passèrent,
comme le feront
les Bonot, les Petiot, les Bony, les Lafont, au temps où leurs
tristes
homonymes firent parler d'eux. On trouve enfin
régulièrement des
demandes émanant de dénommés Poubelle, qui ne
semblent pas apprécier
outre mesure l'intervention de leur homonyme préfet de Paris.
Dans tous les cas, celui qui aura été autorisé
à changer de nom le sera
du même coup à en prendre un autre, ce qu'il fera
généralement en
prenant un nom déjà existant. Ce sera souvent celui de sa
mère –
environ 60% des cas – ou de son conjoint, ou parfois un nom proche du
sien (Taulard devenant Allard, Lagarce devenant Lagarde, Nichon
devenant
Michon ou Catin devenant Cotin, Claudeau devenant Cladeau). Parfois, on
en forgera un de toutes pièces. Ainsi M.Civet, en troquant son
patronyme au profit de Cievet et M. Laperruque en devenant Lapeyraque,
créeront deux nouveaux patronymes, qui continues à
être portés.
Si changer de nom n'est pas une décision facile à
prendre, en prendre
un autre ne l'est pas non plus ..
Le choix est laissé libre, à condition que le nouveau
remédie à la
situation et ne constitue pas une fin en soi pour le requérant.
Pas
question pour un M. Mouton d'en profiter pour
récupérer un nom connu,
comme Chirac, Lavoisier, Mauriac ou Halliday ..
L'affaire n'est jamais simple. Perdre son nom, c'est un peu
perdre une
partie de soi-même, et le réflexe le plus fréquent
semble donc être
d'assurer une certaine continuité. Le plus souvent, on se
contentera de
modifier quelques lettres. On fait de Putin, Patin, de Potin, Mutin ou
Hutin, de Crétin, Crépin, de Cudelou, Dudelou, ou de
Labitte, Lafitte.
On s'attache à conserver la consonance : Cocu devient
Cossu, Cotu,
Cochon devient Cochin, Conchon, Cosson ..; Torcheboeuf, Roqueboeuf,
Landru, Ledru, ou Coquillette, Covillette .. Sallope s'en sort par une
inversion, en devenant Saulappe. On n'imagine pas, enfin, la magie
d'une simple cédille, si chère à certains
Françon ou Coçu ..
Compte tenu de l'impact de l'orthographe et de l'importance
accordée à
l'aspect extérieur des noms de famille, voilà autant de
boucliers qui
se révèlent parfaitement efficaces, témoins les
homonymes du truand Max
Frérot, qui changèrent leur nom pour celui de
Frérault.
L'important finalement, semble être avant tout de conserver
quelque
chose de son nom d'origine. M. Infortuné devient Fortin, M.
Poisvert,
Verpois, M. Maître-d'Hotel, Dhotel, M. Petitqueux, Petit, M.
Meurdesoif, Meuray, M. Belleverge, Belleval, M. Demonculd, Demont, ou
M.Cornichon,
Cornic.
"Au fond de mon cœur et de mes tripes, je ne pouvais me résoudre
à en
changer. J'ai modifié une seule lettre" avoue un ex. M. Vachier.
Ce
sont
sans doute les mêmes raisons qui poussèrent M. Grenouille
à devenir
...M. Delétang !
Par le biais du changement de nom, quelques centaines de noms nouveaux
verront ainsi le jour.
Les grands labours dorment sous la gelée(*) de l'indifférence et de la démission. Et cette gelée est péril mortel pour le Québec. Le temps est venu de réchauffer la terre par notre labeur pour que fondent les obstacles. Le temps est venu d'entreprendre ces grands travaux d'appropriation de notre territoire et de notre avenir. (*) Félix Leclerc
Traduction - Translate
vendredi 9 mai 2014
vendredi 4 avril 2014
DIVERS ASPECTS D'UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE
Cliquer ICI
Conférence de presse de la ministre Véronique Hivon
sur le problème de l'itinérance
qui nous révèle son humanité.
sur le problème de l'itinérance
qui nous révèle son humanité.
-o-o-o-o-
Tellement de bons copains...
Ils traitent seulement des « vraies affaires »
De
bien gentils garçon, tout ce qu'il y a de plus honnête !
Le PLQ et son ex-argentier Marc Bibeau ciblés par l’UPAC
L'UPAC vise l'argentier du PLQ sous Charest
Marc Bibeau est au cœur d'une enquête sur un système de financement illégal du parti sur fond de collusion
-o-o-o-o-o-
-o-o-o-o-
-o-o-o-o-
vendredi 3 janvier 2014
LES SOLDATS D'ALLAH...
Une analyse du livre qui a révélé Djemila Benhabib,
une grande militante québécoise.
NOTE : pour grossir le texte, taper « ctrl + » (contrôle et +).
une grande militante québécoise.
NOTE : pour grossir le texte, taper « ctrl + » (contrôle et +).
Djemila Benhabib
Les soldats d’Allah à l’assaut de l’occident
Montréal, VLB éditeur, 2011, 295 pages
http://www.edvlb.com/Soldats-Allah-assaut-Occident/Djemila-Benhabib/livre/9782896493135
Le 11 septembre 2001 a marqué l'irruption
spectaculaire de la violence des soldats d'Allah en Amérique, dans le combat -
le djihad - qu'ils mènent depuis longtemps pour faire prévaloir une vision
politique qui rejette bien des valeurs que les Occidentaux tiennent pour
acquises: la séparation du politique et du religieux, l'égalité des hommes et
des femmes, l'égalité de tous les citoyens face à la loi indépendamment de
leurs convictions religieuses...
Djemila Benhabib revient sur l'histoire des peuples de culture musulmane pour montrer comment l'islam politique en est venu à supplanter les mouvements démocratiques et féministes, qui étaient pourtant apparus au Moyen-Orient en même temps qu'en Occident. Elle souligne la part de responsabilité des États-Unis dans ce gâchis, eux qui ont renié leurs valeurs fondatrices pour s'assurer en approvisionnement stable en pétrole auprès de l'Arabie saoudite qui finance les réseaux islamiques les plus réactionnaires. Elle fait l'histoire de l'implantation en Europe et en Amérique des Frères musulmans et de leur stratégie pour imposer l'intégrisme islamique sur la place publique, en tirant parti des chartes des droits et de la promotion du multiculturalisme. Elle se sert de l'exemple québécois pour illustrer comment les bien-pensants de gauche et autres partisans de la "laïcité ouverte" deviennent les alliés objectifs, les « idiots utiles », de ces dangereux militants antidémocratiques.
Dans un récit en arabesque qui passe du général au particulier, qui entremêle l'analyse des idéologies aux exemples de leurs conséquences réelles sur les individus, en Égypte ou en Iran aussi bien qu'au Québec ou en Belgique, Djemila Behabib lance ici un appel à la vigilance démocratique et un plaidoyer sans concession pour la laïcité.
Djemila Benhabib revient sur l'histoire des peuples de culture musulmane pour montrer comment l'islam politique en est venu à supplanter les mouvements démocratiques et féministes, qui étaient pourtant apparus au Moyen-Orient en même temps qu'en Occident. Elle souligne la part de responsabilité des États-Unis dans ce gâchis, eux qui ont renié leurs valeurs fondatrices pour s'assurer en approvisionnement stable en pétrole auprès de l'Arabie saoudite qui finance les réseaux islamiques les plus réactionnaires. Elle fait l'histoire de l'implantation en Europe et en Amérique des Frères musulmans et de leur stratégie pour imposer l'intégrisme islamique sur la place publique, en tirant parti des chartes des droits et de la promotion du multiculturalisme. Elle se sert de l'exemple québécois pour illustrer comment les bien-pensants de gauche et autres partisans de la "laïcité ouverte" deviennent les alliés objectifs, les « idiots utiles », de ces dangereux militants antidémocratiques.
Dans un récit en arabesque qui passe du général au particulier, qui entremêle l'analyse des idéologies aux exemples de leurs conséquences réelles sur les individus, en Égypte ou en Iran aussi bien qu'au Québec ou en Belgique, Djemila Behabib lance ici un appel à la vigilance démocratique et un plaidoyer sans concession pour la laïcité.
**************
«Je sais que l’avancée des voiles
islamiques, c’est le recul de la démocratie et la négation des femmes. Je sais
que l’islam politique n’est pas un simple mouvement fondamentaliste, mais un
mouvement politique totalitaire qui a pour visée d’engloutir le monde après
avoir avalé la démocratie (p. 295) ».
Les États arabo-musulmans sont sujets à un
déterminisme assez remarquable : lorsque la porte de la démocratie s'entrouvre,
ce sont les mouvements islamistes qui entrent. La Palestine, avec le Hamas,
l’Irak, l’Égypte, la Syrie, la Tunisie, le Maroc, pas une de ces nouvelles
démocraties n’a échappé à cette tendance lourde. Le cas de l’Égypte est le plus
frappant: les Frères musulmans, dont la modération est très limitée, et le
parti salafiste, carrément intégriste, cumulent plus de 60% du suffrage aux
dernières élections, de quoi faire retourner dans sa tombe le très nationaliste
Gamal Abdel Nasser! Bien sûr, la plupart de ces partis se sont réclamés d’un
islamisme modéré, mais si on gratte un peu on découvre que derrière cette
profession de foi se cachent souvent de vieux démons intégristes.
Ainsi, le Parti de la Justice et du Développement
(PJD) qui a dernièrement pris le pouvoir au Maroc se réclame de la modération.
C’est pourtant ce même parti (alors que le Maroc révisait en 2004 le Code de la
famille) qui s’opposait à ce que l’âge du mariage des jeunes filles passe de 15
à 18 ans ainsi qu’à la suppression de la polygamie et défendait la tutelle des
hommes sur les femmes. On peut par conséquent se demander si cette modération
affichée ne cache pas une intention intégriste. Cette intention qui concerne
l’intérieur du monde musulman pourrait aussi bien viser l’extérieur, et
particulièrement le monde occidental. C’est en tout cas ce que laissaient supposer
les déclarations de Tariq Ramadan, un éminent intellectuel organique de
l’islamisme en occident, le 27 juillet 2011.
Avant qu’il ne prenne la parole dans un hôtel de
Dallas, on fit sortir de la salle les non-musulmans qu’on put identifier même
s’ils avaient acheté leurs billets et qu’ils ne manifestaient pas d’écarts de
conduite. Se sentant en confiance, Ramadan déclara alors à ses partisans: «Ça
devrait être nous, avec notre compréhension de l’Islam, avec nos principes qui
colonisons positivement les États-Unis d’Amérique.» (Point de Bascule,
20-09-2011).
Dans le même ordre d'idée et quelques années
avant, une fatwa publiée sur IslamOnLine
en 2002 et archivée sur MEMRI (http ://www.memri.org/report/ en/o/o/o/o/o/o/774.htm),
le guide spirituel des Frères Musulmans et mentor de Tariq Ramadan, Youssef
Qaradawi, avait déjà fait état d’un plan formel de conquête de l’Occident en
établissant un parallèle entre les offensives islamiques militaires du passé et
les offensives islamiques idéologiques du présent :
L’islam
va retourner en Europe comme un conquérant et un vainqueur après en avoir été
expulsé à deux reprises, une fois au sud en Andalousie (Espagne — 1492) et une
seconde fois à l’est quand il frappa à plusieurs reprises aux portes d’Athènes
(1830). [...] Cette fois-ci, je maintiens que la conquête ne se fera pas par
l’épée, mais grâce au prosélytisme et à l’idéologie.» (site Point de Bascule
«La conquête de l’Occident par le jihad idéologique» http://poin- tdebasculecanada.ca/articles/i346.html)
Ce sont ces craintes et la crainte de l’islam
politique qui alimentent les propos de Djemila Benhabib dans Les soldats d'Allah à l’assaut de l’occident, un ouvrage de près de 300 pages, abondamment documenté. Sa thèse est
relativement simple: le mouvement islamiste radical veut conquérir le
Moyen-Orient, mais il est également engagé dans une islamisation de l’Occident.
Il a bien entendu recours pour cela au terrorisme, mais également à tous les
moyens légaux institutionnels que fournissent les démocraties occidentales. Cet
islamisme politique enrobe son discours d’une rhétorique rassurante trompeuse
et sa stratégie se résume en un mot, «taqiyya», une expression qui a le sens de
tromperie justifiée envers les non-musulmans.
Ce sont les milliards de l’Arabie
Saoudite qui permettent la montée foudroyante de l’islam politique depuis une
quarantaine d’années et les Frères musulmans, dont le mouvement fut fondé en
1928 par Hassan al-Banna, en sont le fer de lance. Pour ce dernier, les piliers
centraux de la société devaient être le statut de la femme et la morale sexuelle. D’après Benhabib, en se servant de «taqiyya» (la
tromperie) et en appliquant la parole du Prophète: « la guerre est ruse », les
frères et leurs adeptes ont grugé la société égyptienne de l’intérieur
(hypothèse que les dernières élections semblent valider fortement.)
Pour étayer son propos, madame Benhabib, dont la
famille d’ailleurs avait été condamnée à mort par les islamistes en Algérie en
1994, divise son texte en deux grandes parties. Elle traite premièrement du
monde islamique et de la percée «foudroyante» de l’islam politique. Elle
s’étend ensuite longuement sur l’état de la question musulmane au Québec. En la
lisant, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec le livre de Sami
Aoun, Le retour turbulent de Dieu, dont nous avons
parlé dans Les Cahiers de lecture de l’automne
2001. Le ton de Sami Aoun m’a paru cependant plus modéré, davantage enclin au
dialogue entre religions.
Benhabib est plus incisive, elle assimile carrément
l’idéologie wahhabiste à l’idéologie fasciste et soutient que la zone de
dialogue semble radicalement réduite. Elle démontre très bien comment les
tentatives rationalistes et modernistes au fil des siècles ont été laminées par
les puissants courants orthodoxes. Elle s’attarde beaucoup sur la question de
la condition des femmes tant la question féministe occupe une place centrale,
sinon obsessionnelle, dans l’islam politique. Il faut lire à la page 30 la
partie intitulée : « Les idiots utiles au service du fascisme vert»; le
fascisme vert étant le régime islamiste iranien.
Bientôt
les milices vont scruter la moindre parcelle du corps dénudé des femmes. Alors
que leur sexe est déjà devenu une affaire d'État, à celui des hommes se rattache
la promesse d’Allah avec ses 72 houris (ou 70 selon certaines sources) aux
grands yeux, à la peau blanche, et aux vulves appétissantes. Dans ce paradis
hyper sexualisé, les houris restent toujours vierges et le pénis des élus ne
faiblit jamais. Le sperme gicle et regicle. Bref, érection et jouissance sont
éternelles. Les délices de l’au-delà sont réservés aux plus méritants. Ici bas,
tous s’attellent à servir Allah (p. 30-31).
Et les idiots là-dedans ? Et bien selon Benhabib
ce sont les bien pensants, de gauche en général, qui, en fermant les yeux sur
ce que le régime des ayatollahs avait de moyenâgeux l’ont en partie cautionné.
Michel Foucault, lui-même, (le grand Foucault!), ne voyait-il pas dans la
révolution islamiste ce qui faisait défaut à l’Europe, c’est-à-dire «une
spiritualité de la politique (p. 31) » ?
Djemila Benhabib décrit très bien les facteurs
endogènes à l’origine de l’islam politique sans négliger pour autant les
facteurs exogènes, et en particulier le rôle de la Grande-Bretagne et des
États- Unis. La cécité de ces derniers paraît, a posteriori, fort troublante.
Benhabib insiste sur l’idée que la montée de l’islamisme politique ces
dernières années est tributaire de l’argent de l’Arabie Saoudite.
Pendant
les années 1980, l’Arabie Saoudite a dépensé quelque 75 milliards pour la
propagation du wahhabisme, le financement d’écoles, de mosquées et d’organismes
de bienfaisance partout dans le monde islamique (Mai Yamani, «extremist
ideology can only revive bin Laden's ghost» The Daily Star,
5 mai 2001), cité par Benhabib, p. 164.
Mais cela n’a pas empêché le soutien des
Américains à une des pires théocraties du monde. Selon l’auteure, les
Occidentaux et les Américains en particulier, ont fait deux erreurs
historiques: avoir signé en 1945 un pacte avec l’Arabie Saoudite garantissant
aux Américains un accès au pétrole arabe en échange d’une protection militaire,
et avoir armé les résistants afghans durant l’occupation soviétique. Zbigniew
Brzezinski, l’ancien secrétaire de Carter pour la sécurité, ne déclarait-il pas
au Nouvel Observateur le 15 janvier 1998 que
c’était une sottise de croire qu’il existait un islamisme global (p-157)?
Benhabib examine finalement la société québécoise
à travers une centaine de pages «serrées». Là encore, elle se distingue de Sami
Aoun pour qui les politiques québécoises en la matière semblaient plutôt
satisfaisantes. Le constat de Benhabib est moins optimiste, pour ne pas dire
catastrophiste. Elle considère que le Québec a mis les doigts dans l'engrenage
et qu’il est à la croisée des chemins. Elle disserte évidemment abondamment sur
le fameux voile islamique et fustige la dérive communautariste de la Fédération
des femmes du Québec et de Québec solidaire. L’auteure décrit également la
stratégie des porte-parole féministes islamistes qui consiste à victimiser les
musulmans tout en culpabilisant les Québécois.
Son analyse sur l’influence
qu’exerce Tariq Ramadan sur les féministes islamistes est troublante, sinon
édifiante. Elle crucifie évidemment les tenants de la laïcité ouverte et la
commission Bouchard-Taylor et s’attarde ensuite sur la complaisance de la
gauche féministe et de la gauche radicale envers les islamistes. On ne peut
s’empêcher là de faire une analogie avec les idiots utiles de la révolution islamiste
iranienne. L’essayiste se penche sur le personnage Khadir, déchiré, selon elle,
entre un antiaméricanisme primaire, une haine d’Israël, un penchant pour la
révolution, même si elle est islamiste, et une certaine conscience de la
dimension rétrograde du discours islamiste.
Que
reste-t-il au juste chez Khadir de cette sensibilité à l’Islam politique ?
Cette page est-elle vraiment tournée ou y a-t-il encore chez cet agitateur
enflammé un vieux fond islamiste qui imbibe son schéma de pensée? À analyser
son cheminement, il semble fort probable que les vieux réflexes aient la peau
dure et qu’ils ressurgissent aux moments clés de nos débats politiques (p.
282).
Djemila Benhabib reconnaît qu’au Québec rares
sont les personnalités publiques de culture musulmane ou arabe qui sont
capables d’assumer pleinement l’autonomie de leur jugement vis-à-vis leur
communauté d’origine. Amir Khadir n’échappe peut-être pas à ce déterminisme. Sa
sympathie pour Tarik Ramadan, l’honneur qu’il a reçu de la part de la
Fédération des Canadiens musulmans, sa défense du voile islamique ainsi que son
ambiguïté vis-à-vis la théorie du complot en ce qui concerne les évènements du
11 septembre, en témoignent. En défendant une laïcité radicale et un
anti-islamisme sans concession, Djemila Benhabib s’est quant à elle extirpée de
cette solidarité clanique, c’est le moins qu’on puisse dire ! ❖
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jeudi 19 décembre 2013
POUR SE DISTINGUER AUTREMENT
Pour se distinguer autrement
Michel RIOUX
L’Aut’Journal
Décembre 2013
Décembre 2013
L’homme
se cramponne à la servitude plus souvent qu’elle ne s’impose à lui.
Sénèque
Si
tous les Québécois prenaient connaissance d’une statistique livrée par le
sociologue Pierre Drouilly dans sa préface du livre Ce peuple qui ne fut jamais souverain, de Roger et Jean-François Payette, il est
fort à parier que bien des choses pourraient changer! Et que dit
cette statistique, révélée par une recherche du politologue Jean Laponce ?
Que
depuis la Révolution française de 1791, il s’est tenu près
de 200 référendums de souveraineté. Or les résultats ont tous été positifs, avec une très forte
majorité dans la plupart des cas. Mais il y a deux exceptions : les deux référendums
québécois, de 1980 et de 1995. Ce sont en effet les
deux seuls cas relevés depuis 222 ans, où un peuple a répondu non quand il a
été appelé à se dire oui à lui-même.
Devant
l’histoire, cela nous fait une maudite belle jambe ! On pourrait peut- être
trouver une meilleure façon pour se distinguer, nous qui nous pétons les
bretelles de la société dite distincte.
Les
deux auteurs, père et fils, dressent avec une lucidité qui peut devenir
douloureuse l’état des lieux et les conséquences de ce qu’ils assimilent à la
tentation du suicide politique chez les Québécois.
Aux deux référendums perdus s’ajoute
l’échec des Patriotes en 1837. Ces trois événements amènent les Québécois
« à se laisser
dominer politiquement par une autre nation, les convainc de remettre la
richesse qu'ils produisent en des mains étrangères, les persuade de vivre en
déshérités du monde en abdiquant collectivement leur responsabilité de
collaborer à une humanité qui se fait.
Cette dépossession se manifeste dans leur renoncement à promouvoir le
bien commun et les entraîne à s’illusionner sur les promesses d’un
individualisme conformiste, à cultiver la confusion dans leurs choix politiques
et à entretenir l’incertitude à leur avenir ».
Un électrochoc, ce livre dont Pierre Drouilly a
écrit qu’il « sera une
pierre blanche sur le long et laborieux chemin suivi par les Québécois dans
leur quête d'eux-mêmes ».
Aux yeux des auteurs, les Québécois se bercent d’illusions en
se faisant accroire que leur salut repose sur leurs performances sur la scène
culturelle. Si les réussites sont indéniables sur ce plan, elles ne peuvent
compenser l’absence d’une réelle prise sur la réalité des choses que seul le
pouvoir politique peut apporter.
C’est une certitude clairement énoncée. « Nous aurons beau présenter de notre condition les
analyses les plus pénétrantes, créer le théâtre le plus bouleversant, écrire
les romans les plus récompensés, rien de toute cette production culturelle ne
nous reposera de notre fatigue ni ne nous libérera de notre dépendance si nous
ne nous décidons pas à prendre le pourvoir politique », soutiennent les Payette.
Alors que le peuple québécois « est
privé du pouvoir politique collectif qui l’a conduit, et le conduit toujours, à
hésiter entre la vie et la mort par cette perpétuelle et violente tentation du
suicide politique, qui ne peut être pour lui qu’une autre impasse
douloureuse », le seul programme politique qui soit recevable consiste à s’assurer une
prise sur le réel.
Une prise collective que doit exercer le peuple québécois. Sur
son territoire, sur le temps, sur son univers politique, sur ses relations
internationales, sur son économie, sur son environnement social, sur sa
culture.
La lecture du livre risque d’en conduire certains à désespérer
de ce peuple « toujours embourbé dans son provincialisme réducteur ».
Mais la condition première à remplir pour assurer cette prise sur le réel, n’est-ce pas d’avoir le courage et d’être capable
d’en mesurer la hauteur ?
Ainsi, en dépit de l’accumulation de faits qui constituent
autant d’actes manqués dans notre histoire, et des nombreux constats où il
serait pour le moins exagéré de soutenir que le courage a été au rendez-vous,
force est de constater que l’idée d’indépendance demeure au centre des
préoccupations populaires et est toujours vivante, ayant progressé de façon
fulgurante depuis 50 ans. Les trois derniers mots du livre sont d’ailleurs une
ouverture sur l’avenir : Nous pouvons
espérer !
Il ne faudrait surtout pas que Tocqueville finisse par avoir
raison, lui qui, dans ses Notes de
voyage, écrivait en 1831 :
« Cette
population nous a paru capable d’être dirigée, mais incapable de se diriger
elle-même ». Il faut absolument faire mentir le
vicomte.
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