Une sérieuse question qui est toujours d'actualité.
Cet article a été publié au Forum « Avant-garde Québec » en janvier 1999.
Il l'a aussi été au site Vigile.net (devenu https://vigile.quebec/).
Il fut rédigé au sujet du livre de Claude Corbo,
ancien Recteur de l'Université du Québec à Montréal, publié en 1996.
L'intégration est la seule voie raisonnable
Claude Corbo ex-recteur de l'UQAM - 1992 - Lettre
fraternelle, raisonnée et urgente à mes concitoyens immigrants - Extraits de
"Mon appartenance" paru chez VLB Éditeur
Intégration positive
Une critique du livre par le collègue Grant Regalbuto...
Un appel à la raison (Source
: clic)
Grant Regalbuto, Université
du Québec CR de Lettre fraternelle, raisonnée et urgente à mes concitoyens
immigrants de Claude Corbo, 1996
(...) C'est dans
la foulée des réactions émotives que Claude Corbo a lancé un appel à la réconciliation
dans sa Lettre fraternelle, raisonnée et urgente à mes concitoyens
immigrants. Il les interpelle non pas pour qu'ils votent "oui" ou
pour qu'ils votent "non" lors d'un prochain référendum, inévitable à
ses yeux; il les exhorte, plutôt, à prendre une part active aux débats car il
estime, fort justement, qu'il y en aura un autre référendum et, si nécessaire,
encore un autre, jusqu'à ce que les Québécois jouissent d'un statut qui réponde
à leur spécificité et à leurs aspirations.
Un danger réel
guette selon Claude Corbo, les «néo-Québécois» (immigrants et leurs descendants
de 1re et 2e générations) qui votent automatiquement et sans y avoir réfléchi
pour le "non" ou pour le "oui": se prononcer pour une
option ou pour l'autre est un droit et une obligation, le faire par automatisme
peut conduire à des ressacs émotifs de la part des tenants de l'autre option;
et, on le sait, les réactions et les agissements émotifs déclenchés dans un
moment de passion sont difficilement contrôlables. On se souvient des émeutes
récentes dans le Vieux-Québec et à Montréal et, il y a quelques mois, à
Vancouver.
(...) Claude
Corbo fait aussi cette importante observation:
« L'originalité
de l'évolution de la société québécoise est double: c'est, d'une part, la seule
des colonies américaines, "avec une majorité sur un territoire
déterminé" (p. 51), qui n'a pas obtenu son indépendance nationale;
d'autre part, c'est la seule colonie "de peuplement européenne . . . qui
n'ait pas atteint le statut de nation pleinement autonome" (p. 53 - 54).
Ce chapitre évoque la menace qui guette le Québec contemporain, s'il ne réussit
pas à s'affranchir: la Louisiane en est un exemple flagrant, elle qui n'a gardé
de sa francité qu'"un peu de folklore" (p. 60).»
(...) Dans sa
conclusion, M. Régalbuto écrit ceci qui est capital dans notre présent débat :
L'ensemble de la
démarche de M. Corbo repose sur sa conviction que l'on peut, par des arguments
logiques, convaincre l'immigrant d'intégrer le Québec francophone. Or, il y a
dans cette réflexion des éléments qui ne sont pas tout à fait raisonnés.
Qu'est-ce qui pourrait inciter le nouvel arrivant à intégrer la « majorité
minorité » non possédante, surtout quand rien ne laisse présager qu'elle «
arrivera » un jour? Quand on fait déjà partie d'une minorité, on ne cherche pas
à s'identifier à une autre minorité mais plutôt à se fondre dans la « majorité
». Cette motivation a profondément impreigné plusieurs immigrants et s'est
transmise subtilement et inconsciemment à leurs fils et filles. Car
l'intégration à la «majorité» constitue la façon par excellence
"d'arriver", surtout lorsqu'elle est perçue comme détentrice du
pouvoir et que la "minorité" est présentée comme étant un groupe un
peu "folklorique". On ne se joint pas à la minorité!...
[JLD] Je crois que M. Régalbuto touche là l'essentiel de
la question de l'immigration au Québec, une immigration qui devrait être normalement
un facteur de progrès et de développement pour le Québec, territoire
nord-américain de langue française. Mais, dans la réalité, cette immigration
joue largement le rôle d'un «cheval de Troie» du Canada au Québec. Et elle joue
ce rôle malgré elle !
Pensons, par exemple, aux quelque 18 000 nouveaux « citoyens québécois » que le gouvernement canadien
a admis à toute vitesse, d'une façon très
irrégulière, dans les quelques mois qui ont précédé le référendum sur la
souveraineté d'octobre 1995 ! Il semble bien que la majorité d'entre eux ne
satisfaisaient même pas les critères essentiels que sont la connaissance du
français et (ou?) de l'anglais, la connaissance du pays et de son histoire,
etc. Pour les admettre avec la petite cérémonie d'usage sous la photo
d'Elizabeth II d'Angleterre et l'unifolié rouge, il a fallu faire venir des
juges de l'Ontario et des Maritimes qui ont fait beaucoup d'heures
supplémentaires... Qui peut croire que ces gens, s'ils ont voté au référendum,
ont appuyé le OUI d'une façon significative ? Qui peut croire qu'ils avaient le
degré d'intégration au Québec suffisant pour poser un geste raisonné ?
Or, on sait qu'un
renversement de 25 000 votes seulement aurait suffi pour changer l'issue du
référendum de 1995 ! Si l'on ajoute à cela le nombre considérable de personnes qui se
trouvaient sur les listes sans voir le droit de vote, on se rend compte
facilement qu'il aurait très probablement été gagné si tout s'était passé normalement...
Il convient de se poser
plusieurs questions pour faire avancer le débat. En voici quelques-unes.
- Projettons-nous comme Québécois, comme majorité
québécoise, une image de gagnants ?
- Avons-nous des attitudes et des comportements
cohérents comme nation ? La majorité francophone québécoise s'est divisée
tragiquement dans deux référendums nationaux (1980, 1995) et un référendum
fédéral («Charlottetown»).
De très nombreux Québécois francophones se laissent imposer l'anglais comme
langue de travail sur notre propre territoire dans des fonctions qui ne
l'exigent aucunement.
- De très nombreux Québécois francophones se
laissent imposer l'anglais par des nouveaux citoyens de langue étrangère,
surtout dans la région de Montréal. Cela est une aberration tragique et de la
pure bêtise qui témoigne du fait qu'il y a encore énormément de travail à faire
pour extirper la mentalité de colonisé chez beaucoup de nos compatriotes. Cela
détruit tous les efforts d'intégration que nous pouvons tenter de diverses
façons.
- UNE SEULE règle devrait toujours s'appliquer: au
Québec, on parle français prioritairement AVEC TOUS, PARTOUT ET TOUJOURS.
À défaut de mettre de cette règle en pratique, nous ne pourrons que continuer
de donner des coups d'épée dans l'eau et nous gaspillons ainsi notre avenir de
nation francophone en Amérique du Nord..
- Sommes-nous perçus comme étant maîtres chez nous
?
Non, sans doute, par la plupart de ces nouveaux Québécois, car ils voient bien
que le fédéral ne cesse de s'ingérer de toutes les façons imaginables dans tous
les domaines présumés de juridiction québécoise. Ils constatent aussi que les
réactions sont bien molles, quand il y en a... Ils voient bien la mainmise de
l'étranger sur la plupart des secteurs de notre économie (magasins, restaurants
populaires, centres commerciaux, etc., etc.) Ils voient bien que nous confions
à l'étranger la plus grande partie de nos épargnes (fonds de retraites, fonds
mutuels, assurances, etc., etc.)
- Le vote massif pour le NON des nouveaux
Québécois en 1980 est-il raisonné ?
Dans une large mesure, oui. Ils ont prêté le serment d'allégeance à la reine
d'Angleterre, pas à la République du Québec, ni même à la «province de Québec»;
devant le drapeau rouge canadien, non pas devant le Fleudelysé du Québec; on
leur a martelé qu'ils sont citoyens --canadiens-- et non québécois; on les a
inondés de propagande à la feuille d'érable rouge, on les embrigade dans des
«comités d'accueil aux néo-Canadiens» dont la principale fonction est
apparemment de les tenir à l'écart des nombreux groupements et associations de
citoyens québécois (je connais des "néo-Canadiens" qui s'amusent dans
ces comités depuis plus de 25 ans, mais qu'on ne retrouve pas ailleurs! ),
etc., etc
- Dans quelle mesure les Québécois de naissance en
sont-ils responsables ?
Comme je viens de le signaler plus haut, le comportement aliénant de beaucoup
de compatriotes en est très largement responsable. Si l'on parle en anglais au
dépanneur du coin qui est d'origine libanaise, vietnamienne, etc., on détruit
volontairement leur chance d'intégration harmonieuse. On se tire littéralement
un coup de fusil dans le pied...
- Quels gestes essentiels poser pour le devenir ?
Il est urgent d'analyser nos comportements collectifs et individuels dans
divers domaines et de les corriger avec un minimum de bon sens. Il est urgent à
cet effet de créer un vaste réseau de citoyens conscients et responsables à
l'échelle nationale, des citoyens qui vont résolument se mettre à fonctionner
selon un plan de campagne mûrement établi.
Il est urgent de créer parallèlement un journal
régulier (au moins un mensuel) de grande qualité qui fasse systématiquement la
promotion de la souveraineté nationale et de la République du Québec. Ce
journal devra être d'envergure nationale, avec des pages réservées aux diverses
régions.
Etc., etc.... (À développer !)
Qu'est-ce que nous attendons pour bouger, pour agir
?
Jean-Luc Dion
Trois-Rivières - Québec