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vendredi 12 novembre 2021

LA CATASTROPHE - AUTOUR D’UN GRAPHIQUE...

Le 6 novembre 2021

TEXTE POUR : LE DEVOIR  --  IDÉES

AUTOUR D’UN GRAPHIQUE

Jean-Luc DION

    À chaque jour qui passe, les cris de détresse se multiplient devant les désastres climatiques qui s’annoncent, terribles, et qui sévissent déjà en divers points de la planète. Devant cette inquiétante réalité, nos politiciens, à la fois sous l’emprise contradictoire de très gros intérêts et de militants écologistes, se réunissent de temps à autre dans des conférences mondiales comme la présente COP-26 de Glasgow et rivalisent de promesses. Même notre Premier Ministre Legault se faisait rassurant en y arrivant, déclarant que « même s’il partage le sentiment d’urgence face aux changements climatique, il ne faudrait tout de même pas devenir anxieux », comme le rapporte Aurélie Lanctôt dans Le Devoir du 6 novembre. Il s’est même permis d’annoncer un investissement de 5 milliards de dollars pour remplacer les autobus polluants par des autobus électrique ! Mais on sait bien que cela ne changera rien s’il n’y a aucune incitation sérieuse à utiliser les transports en commun… On en reparle plus bas. 

    Dans la même édition, un lecteur convaincu de la nécessité de la décroissance émet l’opinion que « l’on peut arrêter le système en quelques jours à peine si l’urgence pointe », la présente pandémie le démontrant. Bien sûr, d’autres évoqueront les supposées « énergie vertes » et les voitures électriques, sans savoir ou avouer que ça ne réglera strictement rien, sans des mesures draconiennes de réduction de la consommation d'énergie sous toutes les formes. 

   En effet, les voitures électriques consomment au total à peu près autant d'énergie et de ressources que les voitures avec moteur thermique. Les supposées 'énergies vertes' sont abordées plus bas. Et puis, quoi penser des déclarations des ministres du Canada quand on lit dans La Presse « Les principales sociétés pétrolières opérant au Canada prévoient augmenter leur production de presque 30 % d’ici 2030 et n’ont aucun plan détaillé pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. »?

La situation

    Des mesures draconiennes ? Pourquoi ? Pourtant, le graphique suivant dit essentiellement tout si on sait l’interpréter correctement. Il est très détaillé.

    Ce graphique de source très sérieuse, car il est de British Petroleum, montre la consommation totale d’énergie sur la planète, de toutes les sources, en térawattheures (térawattheure est une unité de mesure d'énergie correspondant à 1012 (10 puissance 12) wattheures, le wattheure étant l'énergie consommée par un appareil d'une puissance d'un watt fonctionnant pendant une heure. Il dit essentiellement ceci :

1.      Pendant longtemps la consommation a augmenté de façon exponentielle, c’est-à-dire en doublant à tous les 30 ans, à peu près.

2.      À partir de 1990, la croissance est devenue à peu près linéaire jusqu’en 2019, apparemment sous l’effet d’une prise de conscience écologique; et elle a doublé depuis 1975.

3.      En 2020 jusqu’à maintenant, à cause de la pandémie de Covid-19, il y a eu une légère diminution d’environ 4%, mais la croissance a maintenant repris.



4.      Le charbon, le pétrole et le gaz constituent environ 80% des sources d’énergie actuelles.

5.      Les autres sources dites ‘ vertes et modernes’, hydraulique, solaire, éolienne, nucléaire, etc. contribuent environ 17%.

6.      En ce qui concerne les plastiques, le principal sous-produit du pétrole, on a pu lire récemment (*) que : « L’industrie pétrolière a déjà une stratégie de défense parfaitement au point, qui consiste à stimuler la production de plastique pour maintenir et faire croître la consommation mondiale d’hydrocarbures. » La production a pratiquement doublé depuis 25 ans et atteint actuellement près de 400 millions de tonnes par année pour fabriquer, chaque jour, des milliards de bouteilles et autres babioles inutiles qui vont finir dans des dépotoirs débordant sur les villes et dans les océans où le volume, dit-on, pourrait prochainement dépasser celui des poissons…

Les acteurs

    Or, il n’y a aucun indice que cette croissance ne se poursuivra pas, à moins d’une prise de conscience très rapide et des gestes efficaces à partir de maintenant, idéalement au cours de la conférence en cours COP-26 de Glasgow, de la part de toutes les nations, surtout de celles qui polluent le plus : Amérique du Nord, Europe, Chine, Inde…  En effet, la principale cause de cette croissance est l’augmentation continuelle du nombre de véhicules automobiles de plus en plus gros, surtout en Amérique du Nord. C’est sans parler du gaspillage d’énergie sous toutes ses formes, particulièrement le plastique.

    De toute évidence, rien d’autre que des mesures radicales, draconiennes, sur toute la planète, ne pourront produire un effet réel, avec une certaine chance d’éviter la catastrophe indescriptible qui semble autrement inévitable pour toute vie sur notre planète. Mais, pouvons-nous même en rêver, tellement le dogme de la sacrosainte « croissance » est enivrant et toxique pour tous les spéculateurs de la planète !

    Or, on le sait maintenant, les sources d’énergie hydraulique ont pratiquement atteint un plafond de possibilité dans le monde. D’autre part, la mise en œuvre des énergies solaire et éolienne requiert des ressources considérables pour une efficacité effective maximale très réduite : moins de 25% pour le solaire et moins de 40% pour l’éolienne (**); et zéro quand il n’y a ni soleil ni vent… Dans ce dernier cas, les moyens de stockage coûtent très cher et réduisent de beaucoup le rendement global. L’efficacité est définie comme le rapport entre la puissance électrique produite et la puissance de la lumière ou du vent reçue.

    Par ailleurs, la production de combustibles tels que l’éthanol et l’hydrogène pour remplacer le pétrole est une illusion technique, quel que soit le mode de production et d’utilisation car il faut une sources d'énergie pour les produire, et le rendement global est faible. Quant à l’énergie nucléaire, une civilisation humaine responsable n’aurait jamais dû y toucher, du fait des terribles conséquence à long terme des déchets dont on ne sait encore que faire : l’ingestion de 20 microgrammes de plutonium 239, un sous-produit des centrales nucléaires où on en trouve des kilos, suffit à tuer un être humain à coup sûr…

Les moyens

    Alors! Quel espoir reste-t-il ? De toute évidence, cela passe essentiellement par une diminution radicale de la consommation d’énergie à court terme sous toutes ses formes, et son corollaire, la simplification du mode de vie des sociétés les plus développées et le partage équitable avec les autres. Quelles tournures cela pourrait-il prendre ? Ce qui vient le plus naturellement à l’esprit devrait être ceci…

1.         Les gouvernements des pays, surtout les plus polluants, prennent à très court terme des mesures pour décourager l’usage des voitures individuelles de toutes sorte en visant, par exemple, une réduction de 30% à 50% en 5 ans. Cela passe nécessairement par :

2.         Des campagnes massives d’information sur les mortels dangers du gaspillage des ressources causant la pollution et le réchauffement climatique qui entrainent des catastrophes naturelles; de même que sur la consommation de produits inutiles.

3.         L’encouragement du covoiturage par tous les moyens et de l’utilisation des taxis. Bien sûr, la marche et le vélo aussi…

4.         La mise en œuvre de réseaux de transport en commun vraiment modernes et rapides pour toutes les villes et régions prenant, par exemple, la forme de nombreux minibus électriques très mobiles, avec ou sans chauffeur, pour 12 à 16 passagers (figure), gérés par une intelligence artificielle qui contrôle aussi tous les feux de circulation pour supprimer les arrêts inutiles. Ce système étroitement intégré aux divers moyens de transport, incluant les taxis, géré par une intelligence artificielle, doit permettre à tout citoyen qui dispose d’un téléphone, et qui désire aller du point A au point B, sur des distances d’un kilomètre et plus, de le faire beaucoup plus vite qu’en automobile actuellement, avec un temps d’attente de 5 à 10 minutes (***).
Un tel système est parfaitement possible à l’heure actuelle, considérant qu’on fabrique déjà des minibus électriques au Québec et que nous avons les ingénieurs et techniciens capables d’établir et programmer des systèmes d’intelligence artificielle,

    Cela inclus le transport interurbain entre les principales villes par un système ultra-rapide tel que le TGV ou le monorail à moteurs-roues suspendu, qui est à réaliser depuis 1995 au Québec, lequel permettrait de faire le trajet Québec-Montréal en moins de 1 heures (***). Dans l'intérim, on peut accélérer considérablement le déplacement interurbain en autobus, en utilisant une intelligence artificielle pour gérer leurs entrées et sorties de ville par le contrôle des feux de circulation.

Le minibus électrique autonome de 12 à 16 places pouvant rouler à plus de 60 km/h. 

Le financement

    Forcément, la réalisation de tels moyens de transport nécessite un financement considérable. Au Québec, nous pouvons considérer deux solutions à court terme :

1- L’abandon de projets tels que la construction de tunnels, afin d’investir dans l’efficacité et de véritables solutions modernes, tout en favorisant la fabrication de véhicules électriques au Québec

2- La taxation équitable et pondérée des véhicules automobiles individuels en fonction de diverses variables telles que le poids, le prix d’achat, la consommation d’essence… 

La figure suivante illustre un mode de taxation qui serait beaucoup plus juste que l’actuel. Les valeurs de Co, Cm, Eo et Em seraient déterminées par les facteurs précédents.



     Méthode de taxation équitable 

3- Il est aussi essentiel d’instaurer le péage sur toutes les routes importantes sillonnées par des transports en commun rapide.

Ce péage pourrait être pondéré de sorte que les gens qui sont obligés d’utiliser leur voiture, du fait qu’ils sont mal desservis par les transports en commun, auraient une réduction bien déterminée. Cette particularité peut être gérée par informatique aux postes de péages, même sans contact.

4- Les espaces de stationnement en ville peuvent aussi être gérés de la même façon, avec des taux dissuasifs.

        On sait que la ville de Québec et notre gouvernement considèrent dépenser quelque 10 milliards de dollars dans un « 3e lien », un tunnel qui relierait les villes de Québec et de Lévis pouvant permettre la circulation d’un nombre encore plus grand de véhicules et davantage de pollution atmosphérique. 

    De plus, dans le cadre de la conférence sur le climat « COP26 », le Premier Ministre Legault annonçait un investissement éventuel de 5 milliards de dollars pour acheter des autobus électriques qui remplaceraient les autobus au mazout dans nos villes. Dans ce dernier cas, on sait très bien que ce remplacement ne réglerait aucunement un problème de fond qui est le fait que ce type de transport en commun n’est pas utilisé par une grande majorité de citoyens qui préfèrent trop souvent être assis seuls dans leur auto coincée dans le trafic, pour laquelle ils paient généralement de grosses mensualités…

    En toute logique, ces 15 milliards de dollars, devraient plutôt permettre de mettre au point de façon très sérieuse le système décrit plus haut, en étroite coopération avec les industriels québécois qui ont la capacité de le faire.

    Actuellement, la taxation des véhicules ne permet pas une véritable équité, ni un signal dissuasif fort, ni un financement adéquat de projets de transports modernes. Or, il importe que le pouvoir dissuasif augmente avec le poids du véhicule, son prix d’achat, sa consommation d’essence, etc.

    Les moyens actuels en informatique permettent très facilement d’améliorer l’équité de la façon indiquée dans le graphique ci-dessus où le taux de taxation varie de façon continue. Les taux indiqués sont tout à fait arbitraires, mais indicatifs.  Il est très facile d’établir des équations linéaires pour le faire.   

    De plus, selon la façon dont les citoyens peuvent utiliser les transports en commun, leurs taux de taxation seront adaptés : plus ils utiliseront les transports rapides, plus leur taxation sera réduite : cela est facilement pris en compte avec les moyens informatiques actuels.

   Dans son prochain rapport le GIEC devrait normalement proposer des mesures semblables, comme on vient de l'apprendre.

Conclusion

L’humanité sur Terre est actuellement rendue à une limite que lui indique clairement la Nature : elle n’en peut plus de ses agressions ! Les humains doivent agir en êtres responsables de la planète Terre, la seule que nous avons; tout simplement…

Jean-Luc Dion, ingénieur physicien (retraité)

Notes biographiques : https://app.box.com/s/t56w928k66f05vgxzb15jkib6clcfgca

(*)       https://energieetenvironnement.com/2019/02/10/le-plastique-avenir-de-lindustrie-petroliere/

(**)    https://lenergie-solaire.net/energie-solaire-photovoltaique/efficacite-solaire , https://www.cleanenergyreviews.info/blog/most-efficient-solar-panels ,
https://eolienne.f4jr.org/eolienne_etude_theorique ,
https://medium.com/the-future-is-electric/what-is-the-most-effective-and-efficient-design-for-a-wind-generator-6ccf100fc793

(***) Le STRÉLOP : https://grandslabours.blogspot.com/2018/08/service-de-transport-electrique.html
Le monorail à moteurs-roues :
https://www.youtube.com/watch?v=8AvQGJExago



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