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jeudi 7 mai 2020

LE PROBLÈME DE L’EXCEPTION HUMAINE


LE PROBLÈME DE L’EXCEPTION HUMAINE

Jean-Luc Dion,
ing., D.Sc.

Le Cercle Est-Ouest de Trois-Rivières m'avait invité à exposer quelques idées personnelles sur l'homme dans l'Univers à sa rencontre du 4 mai 2009.

CERCLE EST-OUEST - Numéro 23 - 29 mai 2009 
LA QUINZAINE EST-OUEST
Un cercle de philosophie de la ville de Trois-Rivières animé
par quelques professeurs et amateurs de philosophie dont le regretté Pr Yvon Paillé.


Dans les centaines de millions de galaxies connues qui comportent chacune des dizaines
sinon des centaines de milliards de système planétaires,
rien n'est fondamentalement différent de qu'on trouve dans notre galaxie.
Il s'ensuit normalement et logiquement que la Vie,
sous une infinité de formes, est répandue dans tout l'Univers. 
 
Dans le texte ci-dessous, je répondais à quelques remarques de M. Paillé, le lendemain de la conférence.
   
Je ne veux faire ici que quelques brèves observations, sans aucune prétention, car je ne suis ni philosophe, ni grand physicien. Je ne suis qu’un modeste ingénieur physicien qui ose avancer quelques opinions et hypothèses inspirées par ses réflexions et une expérience limitée.

NATURALISME

  Si être naturaliste c'est avoir un immense respect, un respect quasi-religieux pour la nature, je pense que je suis naturaliste, bien que je n'aie pas de connaissances approfondies en biologie. Comme je l'ai dit l’autre soir, la petite fourmi mérite, en principe, essentiellement autant de respect que la baleine ou l'être humain, du fait qu'elle est un des merveilleux résultats de la vie régie par la Nature (avec un N majuscule). Mais, bien sûr, si j’avais le choix d’éviter d’écraser une fourmi ou un enfant, mon choix en faveur de ce dernier serait immédiat : il y a tout de même des degrés dans le respect de la vie, et saint François d’Assise serait sans doute du même avis. Mais, tout scientifique que je sois, je ne suis pas scientiste, dans le sens de considérer la science comme un substitut à la spiritualité, comme une réponse finale à toutes les questions existentielles.

   Cela découle de ma perception de la Nature ou de l'œuvre de Dieu, une entité qui est absolument hors de notre portée : à mon humble avis, l'esprit humain est et sera toujours absolument incapable de saisir le sens de la Nature ou de Dieu. Nous ne pouvons avoir qu'une perception anthropomorphique de la notion de « Dieu », donc essentiellement limitée. À mon sens, il est aussi prétentieux de vouloir décrire les intentions de Dieu que de nier son existence à moins, bien sûr, de s’appuyer sur une révélation qui requiert la foi sans véritable preuve...

   D’ailleurs, si j’ai bien compris les leçons de ma jeunesse, avoir la foi c’est croire sans preuve. C’est là un débat dans lequel je ne veux pas entrer par respect pour ceux qui ont la foi. Je fais allusion à ceux qui ont une foi sincère et non agressive, qui ne tentent pas de l’imposer par la force, cause de malheurs. 

   Croyant que pratiquement rien ne soit impossible, j’admets qu’il puisse y avoir une authentique Révélation. Mais, considérant notre place tout à fait insignifiante dans le vaste univers connu où peuvent se trouver des millions de civilisations comparables ou supérieures à la nôtre, il me semble hautement improbable qu’un Dieu transcendant nous ait choisis à l’exclusion de tous les autres, à moins que ce contact soit la norme dans l’Univers. Je discute de nos probables frères extra-terrestres plus bas.

L’ABSOLU ET UN PARADOXE ÉTONNANT

   Ce que je perçois, c'est un Absolu en lien d'une façon indescriptible avec tous les éléments de cet Univers infini, et même instantanément, plus ou moins dans notre sens de l'instantanéité. Cet Univers serait un Tout en effet, infini, sans début ni fin. Le début et la fin de quelque chose sont des notions qui nous viennent de notre propre finitude dans le temps et dans l’espace... 

   Dans l’état actuel des connaissances en astronomie, en particulier depuis la photographie de lointaines galaxies par le télescope orbital Hubble, il est de plus en plus plausible que l’Univers soit infini dans le temps et dans l’espace. Je suis prêt à parier que le prochain télescope orbital qui permettra de voir au moins deux fois plus loin révélera essentiellement des millions de galaxies semblables aux précédentes [1].

   À ce sujet, permettez que j’ouvre une parenthèse. Selon une théorie cosmologique qui est maintenant fortement mise en doute, notre univers serait le résultat d’un « gros Bang » produit par on ne sait quoi ni comment dans un passé qu’on estime à environ 14 milliards d’années : « L'âge de l'univers peut s'évaluer par plusieurs méthodes plus ou moins directes, qui convergent toutes vers une valeur de l'ordre de 15 milliards d'années. L'estimation aujourd'hui la plus précise est déduite des données du satellite artificiel WMAP et donne 13,7 milliards d'années. » [2]. 

   Or, considérant que les galaxies les plus lointaines que le télescope Hubble a pu photographier dans toutes les directions se trouvent à environ 13 milliards d’années-lumière (image ci-dessous), on est en face de ce qui me semble une absurdité évidente que personne n’a fait remarquer à ma connaissance. En effet, il semble absolument impossible que ces galaxies soient le résultat du « gros Bang » dont il est question. 

   Tout simplement parce qu’elles ne se distinguent essentiellement pas de celles qui sont beaucoup plus près de nous à quelques centaines de milliers ou quelques millions d’années-lumière, et qu’on les voit telles qu’elles étaient il y a quelque 14 milliards d’années, alors qu’une galaxie prend des milliards d’années à se former. Elles pourraient donc être apparues des milliards d’années avant l’hypothétique « gros Bang ». D’ailleurs, il aurait fallu que la matière expulsée par ce cataclysme pour former ces lointaines galaxies se déplace à une vitesse très supérieure à celle de la lumière, ce qui ne tient pas debout. Je referme la parenthèse.

Photographie montrant une infime portion du ciel photographiée par le télescope orbital Hubble. On y voit des milliers de galaxies de toutes sortes qui sont les plus lointaines jamais photographiées : jusqu’à 13 milliards d’années-lumière. Chacune de ces galaxies contient en moyenne quelques centaines de milliards d’étoiles qui ont presque toutes des planètes en orbite. 
Source : http://hubblesite.org/gallery/album/the_universe
De sérieuses questions qui posent à  partir de cette constatation, c'est certain...

   Or, nous avons un besoin naturel, inné, de situer les choses dans le temps et dans l'espace. Mais, dans la perspective d'un monde infini obéissant à des lois fondamentales immuables et très largement inconnues, comme la loi de production minimale d'entropie par exemple (loi essentielle de survie décrite par Ilya Prigogine), à laquelle j’ai déjà fait allusion, aucune « intervention » divine ad hoc et spécifique ne semble nécessaire car ces lois régissent l’interaction et l’évolution des choses. 

   Toutefois ceci n'exclut pas l'existence de Dieu, un Être ou Entité parfaitement incompréhensible et inaccessible... D’ailleurs, à quel endroit particulier pourrait-il bien se trouver dans la photo précédente montrant des milliers de galaxies, certaines se trouvant à 13 milliards d’années-lumière dans une portion très limitée de l’espace ? Pour ma part, je suis porté à le voir en tout point, dans chaque particule et dans chaque être.

   D’après nos connaissances actuelles, une forte proportion de ces étoiles auraient un système planétaire. Parmi ces planètes, de nombreuses ont sans doute des conditions favorables à l’apparition de la vie : grosseur comparable à celle de la Terre, distance appropriée de l’étoile (soleil), présence d’eau en bonnes quantité, etc. On en a déjà repéré plusieurs (2021). Si une proportion beaucoup plus faible, disons une sur un milliard, peut supporter des formes de vie évoluées comme l’espèce humaine, on se retrouve avec des centaines de millions de civilisations probables dans cette infime portion du ciel photographiée : comparable à une pièce de dix sous vue à deux mètres ! Mais il faut admettre qu’il puisse s’agir de formes de vie assez différentes de la nôtre.

   Je crois qu’il faut sans cesse poursuivre avec modestie l’avancement des sciences qui permet une certaine compréhension du monde qui nous entoure, et qui peut fournir quelques pistes vers notre raison d’être. Il me semble que les sciences en fournissent un moyen essentiel qu’il est absurde de dédaigner comme le font certains philosophes. Le danger est, bien sûr, de vouloir se croire tellement fort qu’on aille à l’encontre des lois de la nature (ou lois de Dieu) : c’est justement ce qu’une partie de l’humanité est en train de faire en agressant notre milieu de vie par des exploitations et des inventions humaines faites sans réfléchir, avec les conséquences dramatiques qu’on commence à observer. Ne dit-on pas que le plus grand péché est cette forme d’orgueil qui fait qu’on nie Dieu ou qu’on désire devenir son égal ?…

HUMANITÉ UNIVERSELLE

   De plus, il est bien probable que ces possibles civilisations que j’évoquais ci-dessus se retrouvent dans tous les états imaginables de développement. Certaines doivent être très primitives, alors que d’autres doivent avoir atteint un degré d’évolution extrêmement avancé que nous pouvons à peine imaginer. Il est même probable que plusieurs soient formées d’êtres qui nous ressemblent beaucoup sur les plans physique et biologique… Des êtres aussi évolués doivent avoir réussi à se débarrasser largement des tares et vices à l’origine de tant de malheurs qui affectent notre pauvre humanité.

   On peut même penser que certaines de ces civilisations avancées maîtrisent des propriétés du temps et de l’espace que nous devinons à peine dans la théorie quantique de la physique. Une maîtrise qui permette, par exemple, de voyager très rapidement d’un système stellaire à l’autre ou d’une galaxie à l’autre, dans un temps beaucoup plus court qu’une vie normale [voir plus bas].

UNE ORIGINE EXTRA-TERRESTRE ?

   C’est ainsi que l’espèce humaine aurait pu essaimer dans l’Univers. Nos « premiers parents », les premiers humains sur Terre, ou du moins certains des premiers humains sur Terre, ne pour-raient-ils pas être d’origine extra-terrestre ? Le mythe du « Paradis perdu » pourrait fort bien en découler, de même que celui du « péché originel » ! 

   Imaginons un couple d’individus ou un petit groupe qui auraient transgressé très gravement une des lois essentielles qui permettent à une civilisation d’atteindre et maintenir un degré suprême de développement et de paix. Ne peut-on pas imaginer qu’une punition infligée puisse être l’exil sur une planète primitive comme la Terre il y a quelques dizaines de milliers d’années ? Ces exilés, alors plongés dans un monde tel que le paléolithique et rapidement incapables de reproduire les techniques de leur monde d’origine, vivraient une vie très pénible en transmettant la mémoire d’un paradis perdu à leurs enfants nés dans le dénuement complet… Un beau sujet d’expériences pour ces civilisations !

DE LA RELIGION

   Pour moi, les religions me semblent des systèmes inventés par les humains dans leur besoin inné d’explication du Monde, d'assurances, de règles à suivre devant les défis de la vie et de la mort. Les « révélations » ne pourraient-elles pas être le fait d'êtres humains particulièrement doués qui ont deviné ou « compris » dans une certaine mesure le sens de notre existence ? Certains, comme Jésus et Bouddha, ont poussé très loin cette compréhension et son exposé simplifié pour l’humanité. D'autres comme Mahomet en sont restés à des concepts et des préceptes plutôt populistes, dirigistes et rigides... Alors, si la religion est un système inventé, comment pourrait-elle témoigner d’un absolu autre que le monde ?

   Dans l’hypothèse d’une origine extra-terrestre de l’humanité, la religion ne pourrait-elle pas permettre la perpétuation d’une promesse faite aux exilés de revenir les chercher un jour et de les ramener dans leur monde d’origine après une période d’expiation plus ou moins longue pouvant se mesurer en dizaines ou en centaines de milliers d’années ? Selon cette hypothèse, on peut également penser que Jésus, comme d’autres prophètes, ait pu être un envoyé dont la mission était d’évaluer l’expérience, de voir comment avaient évolué les exilés et leur rappeler la possibilité d’un retour éventuel dans leur lieu d’origine…
En tout cas, il est certain que la religion en général fournit une raison d’être et d’espérer pour la majorité des humains. Mais espérer quoi ! Un pur matérialiste ne peut rien espérer au-delà de sa propre vie finie qu’il ne peut pas comprendre. 

   Hélas ! La religion est aussi une cause historique de grands malheurs quand le dogmatisme et le fanatisme s’en mêlent… La religion fait-elle plus de bien que de mal ? Je suis porté à le croire quand je vois tant de personnes religieuses qui se sont vouées au bonheur des autres au cours de l’Histoire. Mais je serais en peine de le prouver… Personnellement, je ressens Dieu dans l’Univers qui serait effectivement sa substance, son essence. Nous en serions une partie intégrante, infime et indissociable, éternellement régénérée, avec une certaine « mémoire » de ses états antérieurs inscrite dans la matière.

L’ÂME ET LES ÊTRES

   Si on définit l’âme comme étant ce qui anime un être vivant, c’est-à-dire un être qui se reproduit, il s’ensuit que tous les êtres vivants ont une âme, de la fourmi à l’éléphant. C’est peut-être autre chose, mais je l’ignore ! D’ailleurs, la nature profonde de ce que nous appelons la vie nous échappera probablement toujours, du moins sur cette Terre. Or, l’être humain étant apparemment le seul sur Terre à pouvoir réfléchir, élaborer des concepts et les communiquer, il me semble assez normal qu’il se soit attribué l’exclusivité d’avoir une âme éternelle en rapport avec le « sacré » : serait-ce un anthropocentrisme naturel ? D’où le besoin de récompense ou de punition après la mort dans ce monde.

   Il me semble assez normal d’imaginer un Dieu qui ressente de l’amour pour nous, bien que je n’en voie pas vraiment la nécessité pour être heureux, dans la mesure où l’on s’efforce de respecter les lois de la nature, dont les « commandements de Dieu » reçus (ou composés) par Moïse me semblent être une codification. L’être humain ne me semble pas radicalement différent des autres vivants. Je crois que c’est une question de degrés. Quelques primates semblent plus intelligents que certains humains considérés comme normaux… Il leur manque un langage complexe, mais ils savent quand même communiquer entre eux. Plusieurs ont même acquis la capacité de communiquer leurs sentiments et leurs besoins aux hommes. À ce sujet il est intéressant de lire l’histoire des singes macaques de l’île de Koshima au Japon qui ont appris à laver leurs patates et qui se transmettent maintenant cette pratique [3]. De même, les cétacés, particulièrement les dauphins et les otaries, semblent fortement doués. Rien ne nous dit qu’ils soient incapables de réfléchir sur leur condition dans une certaine mesure.

   La notion d’une âme qui rejoint Dieu après la mort ne peut-elle pas découler du besoin naturel de durer ? Mais je ne nie pas la possibilité d’une âme éternelle. D’ailleurs, la notion d’âme éternelle se rattache à cette possibilité à laquelle je suis porté à croire de l’existence pratiquement simultanée de chacune de nos particules élémentaires à un grand nombre d’endroits dans l’Univers (j’y reviens plus loin). Dès qu’il y a vie il y aurait donc âme…

   Il convient aussi de s’interroger sur la possibilité que les humains soient le résultat d’une évolution à partir d’un être comme celui dans la photo ci-dessous selon la théorie de l’évolution de Darwin et de ses adeptes. Je ne nie pas l’évidence de l’évolution et de la sélection naturelle, mais, comme je l’écris plus haut, je crois possible une origine autre pour certains êtres vivants sur Terre, sinon pour tous. 


Un fossile de Dickinsonia, une créature vieille de 558 millions d'années, sur une photo non datée fournie par l'Australian National University. © Ilya Bobrovskiy, Australian National University, AFP 
   Une civilisation qui maîtriserait certaines propriétés du temps et de l’espace que la physique quantique laisse entrevoir pourrait fort bien essaimer dans l’Univers en des temps relativement courts, sur des distances fantastiques : c’est encore une hypothèse, mais on parle sérieusement depuis quelque temps de « téléportation quantique » [4].

   Les traces de ces humains extraterrestres pourraient bien être celles-ci :
« Un nuevo cráneo agita el debate de la evolución humana.» 
https://elpais.com/sociedad/2013/10/17/actualidad/1382021913_726709.html 
« L’origine et l’avenir de l’homme » 
http://www.astrosurf.com/luxorion/bioastro-origine-avenir-homme2.htm
   Vous écrivez ceci qui rejoint d’une certaine façon ce que je crois : « Une chose est certaine : le sujet charnel pensant, souffrant, sentant, aimant que je suis, est non seulement pris dans le monde et dans l'humanité, avec laquelle il est solidaire, mais il est en rapport avec un Tout Autre, qui s'est fait connaître à l'humanité par le peuple juif, la Bible, l'Église, et qui attire les humains à un dépassement de la nature. Non pas à rejeter la nature, mais à la pousser jusqu'au bout, et à la dépasser par en haut (pour ainsi dire de manière imagée).»… 

   Mais pour moi, nous serions plutôt une partie intégrante de cet « Autre ». Ce serait notre besoin de personnaliser et notre ignorance de la nature qui nous amèneraient à concevoir un « Autre » comme auteur de tout ce qu’on voit. C’est sans doute bien prétentieux de ma part d’écrire de telles choses…

LA DISCONTINUITÉ DU TEMPS

   Comme j’y ai déjà fait allusion, cette possibilité de déplacement rapide et quasi instantané dans l’Univers, évoquée plus haut, peut découler de la discontinuité du temps qui fait partie de la théorie quantique de la matière [5], et qui a déjà été considérée par Gaston Bachelard. Incidemment, mes études en physique quantique au temps de ma folle jeunesse m’ont amené à ce genre de considérations il y a de nombreuses années : je l’ai étudiée dans le magistral manuel du Résistant Albert Messiah [6] qui a largement contribué au développement de la physique quantique en France à partir de 1950 d’après l’enseignement personnel de Niels Bohr, l’un des fondateurs de cette branche de la physique. Il faut dire qu’un élément fondamental de la mécanique quantique est la fameuse équation d’onde de Erwin Schrödinger [7], elle-même basée sur les travaux de Louis de Broglie, qui attribue une nature probabiliste aux particules, sans rien présumer de la réalité de celles-ci ». 

   Messiah écrit d’ailleurs dans son livre : « Il est certain que la représentation d’un système quantique par sa fonction d’onde choque par son caractère abstrait et que l’interprétation statistique qui en est donnée est difficile à saisir intuitivement; cependant, lorsqu’on cherche à se représenter les phénomènes microscopiques de façon plus concrète et plus accessible à l’intuition, on se heurte toujours à quelques contradictions. »

   En physique quantique, la notion de temps est fort différente de celle de la physique « classique ». En fait le temps intervient comme une grandeur qui ne peut être mesurée qu’avec une imprécision qui dépend de l’imprécision avec laquelle l’énergie du système (ou particule) observé peut être mesurée ! Et c’est la « constante de Planck » h qui relie ces deux imprécisions. Cette constante est à la base de la physique quantique (*).
(*)  h = 6,626 070 15 × 10−34 J s4

   En fait, une grande partie de la physique quantique s’élabore sans faire appel au temps ! On peut aussi mentionner qu’il est encore impossible de se faire une représentation des particules dites élémentaires : électron, proton, neutron, etc. qui se manifestent expérimentalement de diverses façons très conformes à la théorie, mais sans qu’on puisse les imaginer. On sait que l’atome le plus simple, celui de l’hydrogène, est formé d’un proton et d’un électron. On sait que dans cet atome, l’énergie de l’électron ne peut avoir que des valeurs discrètes à l’exclusion de toutes autres, comme dans tous les autres atomes ou molécules.

   On sait que, laissé libre, un atome n’évolue essentiellement pas : le temps n’a pas de signification ! On pourrait même dire qu’il est éternel, du fait que l’Univers serait éternel. Divers faits expérimentaux indiquent également que les atomes, et donc la matière, sont pratiquement vides à l’image de l’univers interplanétaire, interstellaire et intergalactique. On peut finalement se demander ce que peut signifier une possible discontinuité du temps. Je m’interroge depuis longtemps sur les conséquences de cette hypothèse qui est généralement évoquée de façon très nébuleuse, tant par les physiciens que par les philosophes [5].

   À mon avis, cela signifierait que toutes les particules élémentaires existent de façon discontinue pendant un temps extrêmement court Dt qui aurait été estimé à environ 10^-41 seconde (1 sur 1 suivi de 41 zéros) dans l’univers que l’on perçoit d’après des études en physique théorique dont je n’arrive pas à retrouver la trace. Comme chaque centimètre cube de matière peut contenir un nombre de particules qui dépasse largement 10^20, il est normal que cette discontinuité soit imperceptible et que les objets soient solides, liquides ou gazeux. Mais, comme la quantité de matière ou d’énergie doit être logiquement une constante, il faut qu’une particule existe « ailleurs » quand elle n’est pas « ici » ! 

   Comme l’intervalle Dt est court, il peut donc y avoir, à la limite, un nombre incroyablement grand d’«ailleurs» : environ 10^41, l’inverse de Dt. Mais, tout compte fait, ce nombre n’est pas tellement grand si l’on considère que le volume de notre petite Terre n’est que d’environ 10^30 millimètres cubes! Si 1 mm3 d’eau contient environ 3 x 10^19 molécules, un volume d’eau égal à celui de la Terre contient environ 3 x 10^49 molécules. 

   Or notre planète est un rien à l’échelle de l’univers connu. Donc, selon cette hypothèse, quand une particule n’est pas ici elle apparaîtrait successivement dans de nombreux « ailleurs » qui seraient autant d’univers « coexistants » dont nous sommes totalement inconscients ! Elles pourraient donc faire partie d’autres êtres ou objets dans autant d’univers parallèles, infinis et imperceptibles… Mais ceci reste à démontrer !

CONCLUSION

Ces quelques brèves considérations relevant de la physique auront peut-être indiqué que le concept d’un Dieu qui nous aime, nous Terriens, n’est peut-être pas absurde, mais qu’il est difficile à concilier avec un univers physique infini et éternel. Mais, si nous faisons partie intégrante de Dieu et que sa manifestation visible est l’Univers infini, nous ne pouvons, pour être heureux, que respecter tout ce qui nous entoure y compris nous-même, d’où les « commandements de Dieu » ? Ce que je crois plutôt inconcevable est la notion que nous, humains, serions la seule espèce pensante dans un Univers créé pour nous.

[1] Galaxies : ensembles de différentes structures qui peuvent être formées de plusieurs centaines de milliards d’étoiles d’une très grande variété.
Voir, par exemple :
http://www.astronomes.com/
[3] http://www.voyagesphotosmanu.com/communication_chimpanze.html
* https://cine-scene.ca/nouvelle-6/
Mais ce n’est pas tout : la chose la plus surprenante observée par ces scientifiques fut le fait que l’habitude de laver les patates douces se transmit de façon inexpliquée et simultanée à des colonies de singes habitant d’autres îles ainsi qu’à la troupe de singes de Takasakiyama sur le continent qui commencèrent aussi à laver leurs patates douces. C’est ainsi que le macaque japonais fut surnommé le « laveur de patates »…
[5] https://en.wikipedia.org/wiki/Chronon
The Non-Existence of Time, C. J. Ducasse, The Journal of Philosophy, Vol. 22, No. 1 (Jan. 1, 1925), pp. 16-20
https://www.puf.com/Auteur%3AGaston_Bachelard

[6] Mécanique quantique, Albert Messiah, vol. 1, p. 126, Dunod, Paris, 1959.
* https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Messiah
* https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/04/30/albert-messiah-de-la-france-libre-a-la-mecanique-quantique_3168761_3382.html
* https://www.canal-u.tv/video/cerimes/albert_messiah_a_l_ecole_polytechnique.4914 :
un remarquable témoignage du Pr Messiah sur son engagement dans
la France libre en 1940, enregistré à l’École Polytechnique de Paris en janviers 2009.
[7] L’équation de Schrödinger: 

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lundi 27 janvier 2020

UN DOCUMENT HISTORIQUE INTROUVABLE...

UNE EXPÉRIENCE RATÉE OU...

   Dans ce livre de 1962 qui est le compte-rendu d'une conférence annuelle sur la fédération canadienne en 1961, on trouve le texte de la présentation historique du Dr Marcel Chaput, co-fondateur du Rassemblement pour l'Indépendance Nationale et fondateur du Parti Républicain du Québec. 

   Ce document pratiquement introuvable est important car il marque le départ de diverses ruptures. M. Chaput, docteur en biologie, était chercheur dans un laboratoire fédéral à Ottawa. Or, il avait été invité par les organisateurs à prononcer une conférence à cet évènement après la parution de son livre, « Pourquoi je suis séparatiste ». Comme son patron, un unilingue anglophone, lui avait refusé la permission d'y aller, il décida de démissionner peu de temps après car il s'attendait à être congédié, ce qu'il ne voulait pas, en homme d'honneur qu'il était.

   Le texte complet de sa conférence suit...


L'avenir du Canada: séparation, intégration, ou...? 

Marcel Chaput 

La situation dans laquelle je me trouve aujourd'hui me rappelle une certaine Confédération. Il est, sur le sol d'Amérique, un immense pays nommé Canada, où, des dix provinces qui le composent, neuf, identiques par la pensée, font mur commun contre une autre de langue et de culture différentes. De tout leurs poids de 13 millions d'habitants anglophones, ces neuf provinces chantent les gloires d'une Confédération qui assure avec tout le succès souhaité la suprématie de leur dollar et de leur langue.

Neuf contre un, ce rapport numérique très Canadian se retrouve au lutrin de ce Congrès. L'arithmétique en est facile: des dix conférenciers que vous avez ou aurez entendus, neuf furent choisis, comme par hasard, pour leurs convictions « fédéralisantes »; un seul — votre humble serviteur, de séparatiste notoriété — ayant droit de « rouspétage » contre le BNA Act, de lugubre mémoire.

Je ne devrais donc pas être ici aujourd'hui pour des raisons d'inégalité dans le combat et de refus de la Constitution. Mais il fallait, comme dans tout bon débat, une voix discordante pour faire apprécier l'harmonie des neuf autres. Casse-cou par nature, j'ai relevé le défi et j'ai consenti à m'exposer à l'écrasement par neuf grands Canadiens de si vénérée réputation. Après tout, les séparatistes ne sont pas sérieux, dit-on; pourquoi ne pas les laisser nous divertir un peu?

Mais le moins sérieux des deux n'est pas celui qu'on pense. Car il y a matière à faire rigoler historiens et philosophes de voir des hommes graves, de par leurs fonctions de pesants journalistes, d'intègres professeurs ou de probes politiciens, de voir ces hommes, dis-je, s'évertuer à défendre, neuf contre un, à ce tournant de la pensée politique, l'impérialisme d'Ottawa contre la nation canadienne-française, alors qu'ils prêchent tous d'une plume attristée la libération du monde.

Mais attaquons le problème qui nous occupe aujourd'hui, non pas comme d'habitude celui de la survivance française en Amérique, mais bien celui de la survivance de la Confédération canadienne.

HÉLAS LA PAUVRE, ELLE SE MEURT; ELLE AURAIT BIENTÔT CENT ANS

La Confédération canadienne — qui n'en est pas une — se meurt, non pas tellement qu'elle serait (prière de noter le conditionnel) centenaire, par son âge et par le nombre de millions que sa fête nous coûterait, mais bien parce qu'elle est, pour les six millions de Canadiens français qui l'habitent, la concrétisation d'un colonialisme dépassé.
A la question : "Canada — intégration, séparation ou.. .?" je réponds donc "séparation et indépendance du Québec" parce que dans la Confédération canadienne — qui n'en est pas une — le Québec, mère-patrie des Canadiens français, est purement et simplement, et quoi qu'en disent mes illustres collègues à cette tribune, une colonie d'Ottawa.

CANADA FRANÇAIS, COLONIE D'OTTAWA

 Je sais que cette expression, "Québec, colonie d'Ottawa", fait sourire les Anciens qui ont appris à s'accommoder des termes et des situations. Mais leur ironie ne change rien à la vérité des mots pour les jeunes de tous âges dont la lucidité n'a pas encore été obnubilée par la nécessité des compromis.

LE QUÉBEC EST DONC UNE COLONIE D'OTTAWA ET EN VOICI LA PREUVE

 Sur le plan historique, Québec était, il y a deux siècles, un territoire habité par un peuple de langue française et ce territoire fut envahi par une armée étrangère au peuple qui l'habitait. La domination anglaise s'est donc établie au Québec par la force des armes et s'est maintenue par la force des armes jusqu'au jour où elle fut remplacée par la force du nombre et des institutions politiques et économiques entre les mains d'anglophones. 

Dans cette domination, 1867 n'a rien changé, puisqu'à date, les Canadiens français, c'est-à-dire le Québec, n'avaient pas le choix entre la Confédération et l'indépendance, mais bien le choix — d'ailleurs jamais ratifié par le peuple — entre la Confédération et le statut de colonie britannique isolée. Qu'on me démontre qu'au cours de son histoire le Québec, ou les Canadiens français, ont refusé de devenir indépendants et je retirerai mes paroles. L'histoire des Canadiens français est donc semblable à celle de toutes les colonies du monde, émancipées ou non. 

On ne refait pas l'histoire. Mais on n'efface pas non plus les faits historiques. Les Canadiens français sont un peuple conquis et ils ne se sont jamais relevés de la Conquête, si bien que, sur les plans culturel, social, économique, politique et militaire, ils sont encore un peuple colonisé.

S'il est faux que les Canadiens français en sont encore au statut colonial dans leur pays, le Canada, comment expliquer alors que le Québec soit, des dix provinces de cette Confédération — qui n'en est pas une — de par la Constitution et de par le poids de l'administration d'Ottawa, la seule province bilingue. Il y a donc au départ une inégalité de traitement inscrite dans la Constitution. 

De cette inégalité constitutionnelle, il s'ensuit que la moitié des Canadiens français ne peuvent pas gagner leur pain et celui de leurs familles sans apprendre une langue étrangère. Il s'ensuit que le français dans l'administration fédérale et dans la grosse entreprise est, quelquefois et au mieux, une langue de traduction et jamais une langue de pensée et de travail. Si ce n'est là du colonialisme culturel, instruisez-moi, je vous prie, comment appelle-t-on cela ?

Comment appelle-t-on, sinon colonialisme social, cet état de chose qui fait que six millions de Canadiens français sont, dans leur pays, le Canada, maintenus à l'écart des postes administratifs, tant dans la fonction publique, dans l'entreprise privée que dans les forces armées ? Comment expliquer par un autre mot que colonialisme, le fait que dans l'administration fédérale, les Canadiens français ne détiennent — d'après un mémoire du Conseil de la Vie française et non une étude du RIN — seulement 10 p. 100 des postes au lieu de 30 p. 100, et que ces 10 p. 100 soient à peu près tous situés eux échelons inférieurs ?

Comment appelez-vous, par un terme autre que colonialisme, le fait que seul l'anglais est langue officielle dans les forces armées et qu'un Canadien français ne peut mourir en français pour son propre pays ? Avez-vous un autre mot que colonialisme pour décrire le traitement infligé aux minorités catholiques et canadiennes-françaises de neuf provinces qui sont obligées de se battre quotidiennement pour une modeste heure de français et de religion dans un pays qu'on dit être le leur ? 

Quel terme autre que colonialisme pouvez-vous inventer pour qualifier l'attitude du gouvernement canadien à l'étranger? En 15 ans de représentation à l'ONU, le Canada n'a à peu près jamais fait entendre une voix française. Son Excellence M. Paul Tremblay, Canadien français comme moi, nous en a fait la preuve il y a quelques jours, et nous devons l'en remercier chaleureusement. Pour être pratique, dit-il, il lui a fallu parler anglais aux Nations Unies. Et même quand il obtint finalement la permission de parler français, ce fut dans un français de traduction. Quelle plus belle preuve que les paroles de M. Paul Tremblay pour démontrer que le français officiel au Canada n'est qu'une façade, une mince couche de mauvais vernis. Combien de temps, messieurs les Anglais, toléreriez-vous d'être pratiques au prix de l'anéantissement de ce que vous avez de plus cher, votre langue, vos traditions, vos droits ?

Là s'arrête-t-il le colonialisme que subit le Québec? Hélas non. Et l'économie? Ce peuple canadien-français, si riche de talents et d'espoir, que possède-t-il de sa terre, de son patrimoine, de son sous-sol, de ses forêts, de son commerce, de son industrie, petite ou grande ? Il en possède une parcelle, il en possède les miettes. Comptant pour 85 p. 100 de la population du Québec, les Canadiens français possèdent 10 p. 100 de l'économie de leur province. Et je vous fais grâce d'un bilan en bonne et due forme. Économiquement, les Canadiens français du Québec ne sont pas maîtres chez eux, et ça, ça s'appelle du colonialisme.

Vous me direz que c'est leur faute, qu'ils n'avaient qu'à se préparer davantage, qu'à apprendre plus d'anglais peut-être, et que sais-je encore. Et moi je vous dis que depuis 200 ans, le peuple canadien-français a mené une vie de tutelle, que depuis 200 ans, la nation canadienne-française n'a pas vécu la même histoire que les anglophones. La différence qui existe sur tous les plans entre l'histoire du Canada anglais et celle du Canada français est la différence qu'on découvre entre l'histoire du conquérant et l'histoire du conquis, l'histoire de l'impérialiste et l'histoire du colonisé.

TUTELLE POLITIQUE

 Je crois entendre des voix qui me rappellent que dans une colonie, les habitants n'ont pas, comme nous, le droit de vote et le droit d'être élus. Pour ceux qui considèrent le Québec une province comme les autres, ils ont raison; le Québec a les mêmes droits que les autres provinces. Mais la réalité canadienne veut que le Québec ne soit pas une province comme les autres. C'est l'Etat national des Canadiens français. Et considéré comme tel, le Québec est de fait une colonie d'Ottawa.

Démographiquement, les Canadiens français du Canada comptent pour environ 29 p. 100. Dans 40 ans, disent certains démographes, ils ne seront plus que 20 ou même 17 P. 100. Ils n'ont donc pas la force du nombre. Leur Etat, le Québec, n'est, dans la famille des provinces, qu'une sur dix. Ils ne comptent à la Chambre des Communes que 75 députés de langue française sur un total de 265, soit 28 p. 100. C'est dire que, politiquement, les Canadiens français n'exercent pas la maîtrise de leur destin national. Si un projet d'importance pour la nation canadienne-française présenté aux Communes ne plaît pas aux députés de langue anglaise, le projet est bloqué. L'histoire des 94 années de Confédération est là pour le prouver.

A ceux donc qui voient dans le BNA Act la garantie des libertés des Canadiens français, je pose la question. Comment appelez-vous un peuple qui est tenu de laisser à un autre peuple la maîtrise de ses affaires nationales et internationales ? Moi, je l'appelle une colonie, et tous les dictionnaires du monde, comme moi, appellent ce peuple UNE COLONIE.

UNE MINORITÉ PAS COMME LES AUTRES

 Après vingt ans de contact quotidien avec des anglophones d'Ottawa ou d'ailleurs, je sais fort bien l'argument qu'ils m'apporteront en réfutation de cette constatation que Québec est une colonie d'Ottawa. Que voulez-vous de plus ? Vous êtes une minorité. De quoi aurait l'air le Canada si toutes les minorités: italienne, allemande, ukrainienne, polonaise et autres décidaient un jour, comme vous les Canadiens français, que leur représentation politique est insuffisante, qu'elles veulent, elles aussi, des écoles de leurs langues et de leurs religions ? Cet argument, neuf Anglo-canadiens sur dix l'emploient.

Piètre pays bilingue où la majorité anglaise n'a pas encore compris, après 94 ans de co-existence, que la minorité française n'est pas une minorité comme les autres. Ils n'ont pas encore compris que les Canadiens français ne forment une minorité que par la relation du nombre, c'est-à-dire qu'ils sont une minorité numérique, mais — du moins les Canadiens français l'ont toujours cru dans leur naïveté — non pas une minorité juridique ou constitutionnelle. Nos compatriotes de langue anglaise font mine de ne pas savoir que les Canadiens français étaient ici avant eux et qu'il existe dans leur histoire, vieille de 350 ans, une continuité que la Conquête de 1760 n'a pas brisée. Ils feignent d'ignorer qu'un immigrant a rompu ses attaches avec son pays d'origine le jour où il accepta la citoyenneté canadienne. L'italien, l'allemand, l'ukrainien, le polonais sont des langues qui n'ont aucun statut constitutionnel au Canada. Elles n'ont aucun droit à devenir des langues officielles.

Tout autre est, ou devrait être, le statut de la langue française. C'est la langue maternelle de six millions, soit de 29 p. 100 de Canadiens qui sont les descendants des pionniers et des fondateurs de ce pays. Si les Canadiens français sont une minorité comme les autres, pourquoi alors dit-on le français officiel en certains milieux, au Québec, au Parlement d'Ottawa, dans les cours fédérales de justice, et en temps d'élections ?

NOUS NE RÉCLAMONS POINT LE BILINGUISME

 Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de ces paroles. Ceux qui avec le RIN demandent l'indépendance du Québec, les soi-disant séparatistes de la nouvelle vague, ne viennent pas ici réclamer un juste traitement de la langue française, une plus grande diffusion de la pratique du bilinguisme, l'obole d'un drapeau, d'un hymne ou de chèques bilingues. Les Canadiens français n'en veulent pas. Ils ne viennent pas non plus tenter d'amener les anglophones à corriger des injustices commises envers eux. 

Pour les séparatistes d'aujourd'hui, pour ceux qui répondent par le mot séparation à la question de ce Congrès, le temps des récriminations, le temps des pleurs est passé. Passé aussi est le temps des courbettes, des agenouillements et des compromis. Passé est le temps d'un bilinguisme unilatéral. Passé est le temps de la servitude et de la tutelle. Les Canadiens français sont devenus un peuple adulte qui refuse de vivre la vie de minorité constamment en butte à une majorité anglophone qui est toujours la même. Les Canadiens français d'aujourd'hui et de demain, tout à coup conscients de leur force et de leur capacité, décident de devenir les seuls maîtres de leur vie nationale.

LA MINORITÉ FRANÇAISE : LA PLUS IMPORTANTE AU CANADA

Il s'en trouvera dans cette salle pour tenter un dernier effort en vue de nous amener à une nouvelle soumission. Ils nous diront, le sanglot dans la voix, ou écriront, le vibrato dans la plume, que la minorité canadienne-française est la plus importante minorité au Canada et plus nombreuse que les minorités britannique, irlandaise, écossaise ou autres. Heureusement que les Canadiens français savent compter jusqu'à 18. Ils savent que peu importe la provenance géographique ou culturelle de ces minorités, elles se sont groupées pour devenir 13 millions d'anglophones. 

La situation des Canadiens français n'est donc pas celle d'une importante minorité parmi tant d'autres. C'est une nation de langue française face à une autre nation de langue anglaise. Il n'y a pas au Canada 20 minorités différentes, 10 provinces différentes, il y a un Canada français de 5 à 6 millions et un Canada anglais de 12 à 13 millions. L'instinct élémentaire de conservation, autant que la dignité, commande à la nation canadienne-française de s'émanciper, de secouer le joug de 200 ans de tutelle pour accéder à la souveraineté.

NOUS AVONS BESOIN DE VOUS

D'autres, poètes égarés dans la jungle de la politique, font appel à notre grand coeur pour les aider à sauver du melting pot cette pauvre minorité britannique, orpheline depuis George Washington. Ne vous rendez-vous pas compte, vous Canadiens français, nous crient-ils, l'oeil mouillé, que vous êtes la seule planche de salut de notre bien-aimé British Canada menacé d'être avalé par son voisin les Etats-Unis? Ne voyez-vous pas, ingrats Canadiens français, que nous avons besoin de vous pour survivre? Ingrats que nous sommes en effet; cet appel ne nous attriste pas le moins du monde. 

Nous vous aimons bien; nous ne vous voulons aucun mal, nous croyons, nous aussi, que vous avez besoin du Canada français pour survivre à l'américanisation, mais nous ne croyons pas que nous devions nous anéantir nous-mêmes pour assurer la suprématie anglaise. Dite brutalement, cette vérité s'énonce comme suit : vous avez peut-être besoin des Canadiens français pour survivre, mais les Canadiens français n'ont pas besoin de vous pour grandir.

Le Canada français qui depuis 200 ans mène une vie de tutelle, de servitude, enfin se lève, retrouve sa dignité perdue, et entreprend, sans amertume et sans haine, de reconquérir son bien et son âme, en exigeant la souveraineté du Québec, sa mère-patrie. Nation, elle veut être traitée comme telle. Elle veut la maîtrise de sa politique, de son économie, l'orientation de sa culture; elle veut atteindre l'épanouissement auquel a droit toute nation, elle veut jouer un rôle international. Bref, elle veut faire oeuvre de civilisation.

Et pour atteindre ce but, les structures constitutionnelles du Canada d'aujourd'hui sont désuètes. Ce n'est pas de l'autonomie d'une province, nom technique de l'immobilisme politique, qu'elle veut : c'est de la pleine maîtrise de ses destinées. Ce ne sont pas des droits qu'elle recherche: ce sont des libertés, ses libertés qu'elle exige.

L'honorable Davie Fulton apprenait, tout heureux, à son auditoire lors du banquet d'ouverture, mercredi, que son gouvernement était à préparer une législation qui garantirait l'application des droits des Canadiens français. C'était à prévoir que devant la montée fulgurante de l'idée de l'indépendance, le gouvernement anglophone d'Ottawa, pris de panique, ferait des propositions, des promesses, des concessions même.

Je regrette de refroidir l'enthousiasme de l'honorable Fulton, mais l'annonce de cette législation, toute prometteuse qu'elle semble, ne prouve qu'une chose en somme: c'est-à-dire que le cabinet d'Ottawa n'a rien compris. Ottawa, comme bien d'autres n'a pas encore compris que toute la législation protectrice, toutes les plus belles promesses ne changent rien à notre problème puisque — faudra-t-il le répéter cent fois, mille fois — nous ne voulons plus être une minorité. Aucune concession, aucun compromis ne pourrait nous satisfaire, ne pourrait nous sortir de la condition d'infériorité numérique dans laquelle nous sommes.

Ici, je fais appel à mes compatriotes de langue française, aux citoyens du Québec qui, avec nous, aspirent à la souveraineté. Je les mets en garde : le pire ennemi de notre indépendance vient de bouger, vient de parler. Ce n'est plus, comme au temps jadis, les armes, la force, ce n'est pas la menace d'une famine, d'une dépression qui nous guettent. Le pire ennemi de la future souveraineté du Québec, de la libération prochaine du Canada français s'est fait entendre par la voix chaleureuse et prenante de l'honorable Davie Fulton. 

Cet ennemi, ce n'est pas l'honorable Fulton, ce n'est pas le cabinet qu'il représente. Ce sont les promesses qu'il apporte. Et même tenues, ces promesses, ces corrections resteront quand même l'ennemi du Canada français parce qu'à cause d'elles, notre peuple est menacé de sacrifier la proie pour l'ombre, de céder à l'illusion d'une demi-mesure facile. Le Canadien français a connu si peu ce que c'est qu'une vie nationale bien à lui, ce que c'est que la dignité nationale non offensée, qu'un tout petit rien promis par les grands de la politique d'Ottawa le comble de satisfaction et lui fait oublier ses malheurs passés.

D'ailleurs, je ne vois pas très bien de quoi nous, Canadiens français, nous nous réjouirions. Je lisais hier matin le compte rendu du discours de M. Fulton publié dans la Gazette de Montréal. Je n'y ai même pas lu, une seule fois, le mot French Canadians. On y lit "an amendment to the BNA Act which would safeguard Quebec's character and identity" ou encore "entrenchment of those things which are essential to the preservation of the separate identity and character of Quebec." Et plus loin "But the formula would give those things of unique importance to Quebec such a place and such a standing. . ." etc. Qu'est-ce que cela démontre sinon qu'Ottawa est prêt à reconnaître les droits des Canadiens français pour autant qu'ils sont confinés à la réserve québecoise et que la population anglophone garde la primauté du nombre et des décisions.

Ce discours de M. Fulton est un discours historique, non pas à cause de la transcendance de ses paroles, mais bien parce qu'il est identique dans sa forme à tous les discours de tous les représentants de toutes les métropoles prononcés en réponse aux premiers soulèvements de toutes les colonies du monde, c'est-à-dire des promesses de réforme.

Si seulement Ottawa était sincère, il n'aurait pas délégué M. Fulton pour nous dire, à nous, que le Québec pourra garder sa personnalité, à la condition, non avouée, de rester une province sur dix, mais il aurait demandé à M. Fulton d'aller informer les neuf provinces anglaises que désormais il n'y aura plus dix provinces, mais plutôt deux Canada, le Canada français et le Canada anglais, unis dans une véritable confédération. Car seule la véritable confédération peut placer le Canada français unilingue sur un pied d'égalité avec le Canada anglais, lui aussi unilingue. Par ses propos flatteurs et miroitants, le cabinet fédéral, dont M. Fulton est aujourd'hui la voix, nous dit en substance: "Quebec yes: but long live English supremacy in Canada".  

Comment d'ailleurs prendre les promesses de l'honorable Fulton au sérieux? Le Canada anglais a mis 94 ans à découvrir la présence des Canadiens français, et d'après M. Fulton lui-même le bilinguisme sera lent à se répandre. Ecoutez bien, et je cite un extrait de son discours de mercredi. "Mais, dit le ministre, des progrès ont été accomplis. Témoin, les efforts faits par les membres du cabinet fédéral et par de nombreux autres Anglo-canadiens d'Ottawa pour apprendre le français. Mais il s'agit là d'une entreprise d'envergure qui requerra beaucoup de temps et d'efforts et dont les effets substantiels ne se feront sentir que dans l'avenir. C'est le travail d'au moins deux générations".

M. Fulton, tout comme votre collègue M. Pearson la semaine dernière, vous vous méprenez lamentablement sur la patience et la soumission des Canadiens français. Permettez-moi de vous le répéter : ce n'est pas de quelques droits que nous voulons dans la Confédération, nous ne voulons plus être une minorité.

SÉPARATISME CANADIEN

Si dans un instant de méditation politique, M. Michael Oliver, les autres orateurs du Congrès, M. Fulton et ses confrères du cabinet veulent comprendre les raisons du séparatisme québécois et canadien-français, ils n'ont qu'à examiner leurs propres motifs de vouloir un Canada indépendant des Etats-Unis ou de l'Angleterre. Eux, ils reconnaissent au Canada le droit et l'opportunité d'avoir une existence propre et distincte de celle de leur voisin, les Etats-Unis, alors qu'ils sont identiques par la langue et la mentalité. 

Si les Anglo-Canadiens ont le droit et reconnaissent le bien-fondé d'être séparatistes vis-à-vis des Etats-Unis, ils sont obligés d'admettre que le Québec, l'Etat national des Canadiens français, a cent fois plus raison de l'être. Ce qui veut dire, en termes très simples: tout comme Ottawa refuse de remettre la protection de ses droits et la maîtrise de ses affaires entre les mains de Washington, le Québec, les Canadiens français refusent de remettre la protection de leurs droits et la maîtrise de leurs affaires entre les mains d'Ottawa. Nous voulons tout simplement désormais être les seuls maîtres chez nous.

EN RÉSUMÉ

Ainsi donc, les Canadiens français se lèvent aujourd'hui pour réclamer la souveraineté de leur Etat, le Québec, comme l'a fait à un moment de son histoire chacune des 104 nations membres de l'ONU, parce que, premièrement, les Canadiens français forment une nation, deuxièmement, parce que cette nation aussi a droit à la liberté et à la dignité, troisièmement, parce qu'effectivement, mieux que dans sa participation minoritaire à un Canada dit bilingue, sa souveraineté lui assurera son plein épanouissement, et quatrièmement, parce que la nation canadienne-française ne peut que par la souveraineté de son État du Québec jouer le rôle international qui lui revient. Si dans sa vie de pays souverain, le Québec doit transiger avec ce qu'est aujourd'hui le reste du Canada, il le fera sur le plan international, comme le Canada actuel le fait avec les États-Unis et tous les autres pays au monde.

En recherchant ainsi la souveraineté du Québec, les Canadiens français ont conscience de faire oeuvre de civilisation parce qu'aucune nation ne peut atteindre son plus grand épanouissement sans posséder la pleine maîtrise de ses destinées.
L'indépendance du Québec n'est donc pas le rêve fantaisiste d'une poignée de séparatistes en quête de tapage, c'est tout simplement l'aspiration légitime d'un peuple jadis conquis sur les champs de bataille et qui, après 200 ans de vie coloniale, lutte pour sa libération.

SUMMARY

The Canadian Confederation — which really isn't one — is the concretization of an outmoded colonialism; for Quebec, mother-land of six million French Canadians, is simply a colony of Ottawa. Its future will be: separation and independence.

Historically, English domination over Quebec was established and maintained by force of arms, later replaced by force of economic and political institutions. Confederation was never ratified by the people, and Quebec's only alternative was not independence, but the status of an isolated British colony.

Most French Canadians must learn English to earn a living; forming 29% of the population of Canada, they hold only 10% of federal posts, mostly inferior; forming 85% of the population of Quebec, they own only 10% of its economy; English is the only official language in the armed forces; and so on. This is colonialism: how long would English Canadians tolerate it? True, Quebec has the same rights as other provinces; but it is not just another province — it is the national State of French Canadians, who, outnumbered, cannot control their national destiny in the House of Commons. And French Canadians, juridically and constitutionally, are not just another minority; they are not immigrants — they were here first. And all other minorities, through assimilation, become English Canadians eventually.

But today's separatists are not asking for justice from English Canada. It is too late for that. French Canadians do not want to be a minority any longer. This may mean that the rest of Canada will be absorbed by the U.S.A. — but we cannot be expected to sacrifice ourselves in order to preserve English supremacy in Canada.

Mr. Fulton's announcement of his government's panicky proposals to guarantee French Canadian rights simply proves that the cabinet has understood nothing: we do not want concessions, but the full mastery of our destiny — our right as a nation. But such promises of half measures are the worst enemy of the cause of independence. Reforms are always promised to colonies; but Quebec would still remain one province out of ten. If Ottawa were sincere, Mr. Fulton would have told the nine English provinces that henceforth there will be a real confederation — of two Canadas, English and French; but in effect he said "Quebec yes: but long live English supremacy in Canada !"

To understand French Canadian separatism, the cabinet should examine their own reasons for wanting Canada independent of England or of the U.S.A., with which they are even identical in language and outlook. If this separatism is justified, Quebec's is a hundred times more so.

In summary, French Canadians claim the sovereignty of Quebec because they form a nation which has a right to freedom and dignity; only thus can it ensure its full development and play its rightful international role. The independence of Quebec is the legitimate aspiration of a once-conquered people struggling for liberation after 200 years of colonial rule.
          
Dr. Marcel Chaput is President of the Rassemblement Pour l'Indépendance Nationale, the leading French Canadian separatist organization, to which position he was -elected at the RIN's first national convention, on Oct. 29, 1961. He had previously been Vice-President of the movement. He is also the author of Pourquoi je suis séparatiste, which has so far sold 35,000 copies in French, and has recently been published in English under the title Why I Am a Separatist. He was born in Hull in 1918, and studied at the University of Ottawa and the Ecole Technique in Hull. During the war he served 44 months in the Canadian Army, and later obtained his doctorate in biochemistry from McGill University. In 1952 he entered the service of the Defence Research Board in Ottawa. When his superiors at the DRB refused to grant him leave to address the Congress on Canadian Affairs on Friday, Nov. 17, he absented himself without leave, saying that he had given his word to speak at the Congress. On his return to Ottawa after a tumultuous welcome in Quebec, he was suspended from his job for two weeks. He subsequently resigned from the Board.


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Marcel CHAPUT
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Document numérisé par Jean-Luc DION
Janvier 2020