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jeudi 18 mars 2021

CHOIX DE PRÉNOMS...

   Le prénom est un identifiant fort pour une personne, un marqueur qui le rattache normalement à la culture, à la langue de sa famille et de son pays. Ainsi, donner à son nouveau-né un prénom issu d'une culture étrangère est un geste malheureux qui lui donne une identité confuse qu'il trainera pour la vie...

Voici quelques notions intéressantes :

« Dans certaines langues (par exemple en vietnamien, en chinois ou en coréen), le nom de famille précède le prénom (simple ou composé). De même, en hongrois ou en japonais ; mais, pour éviter les malentendus et pour se conformer aux usages occidentaux, les Hongrois et les Japonais tendent à inverser l'usage traditionnel, lors d'échanges internationaux.

En France, comme dans beaucoup de sociétés occidentales, le choix du/des prénom(s) donne souvent lieu pour les parents à une intense réflexion. De nombreux livres ont été publiés ces dernières années à ce sujet. On observe des phénomènes de mode. Plus particulièrement en France, de nos jours, après une vague des prénoms américains apparus dès les années 1970/1980 et issus des séries télévisées américaines (Anthony, Gregory, Michael/Mickaël ou encore Ste[e]ve), on observe au cours des années 2000 un retour aux prénoms des grands-parents ou aux prénoms courts (Léa, Théo, Jules...).

Cette inspiration donnée par les séries ou les films américains ou autres n'affecte pas tous les pays : parmi les plus résistants aux influences étrangères, en Europe, la Norvège, l'Islande et la Finlande figurent en bonne place, les deux premiers piochant dans un fonds extrêmement fourni, qui doit non seulement à l'énorme répertoire norrois, mais aussi aux influences d'autres peuples germaniques et des Gaëliques, essentiellement irlandais, entre le ixe et le xive de notre ère. En outre, la conscience de la signification du prénom de son enfant est inégale selon les cultures et les aires linguistiques. On remarque, au moins dans les pays francophones et anglophones, que le choix du prénom tient plus souvent à sa consonance ou à la mode, comme dit plus haut, qu'à son sens : nombreux sont les exemples comme Mélanie — du grec μέλαινα : « noire (de chevelure) » —, porté par une jeune fille blonde, qui aurait tout aussi bien pu se nommer Terry (de Théodoric, prénom masculin signifiant « protecteur de la tribu »)... À l'inverse, un Slave sait que son nouveau-né Володя — Volodya, (ou Volya, Volusya, etc.), diminutifs de Володимир (Volodymyr), auquel correspondent le russe Владимир (Vladimir) ou le polonais Waldemar — aura les qualités d'un « prince régnant par la paix », un Caucasien espère bien que son jeune Звияд (Zviad, du géorgien ზვიად) sera à la hauteur de l'« orgueil » que l'on a de l'avoir mis au monde, la toute frêle كنزة (Kenza) sera forcément un « trésor », et le petit Lakhota Mato Sapha maˈtoˈsapˣa souhaite bien avoir l'intelligence et la force de l'« ours noir ».

                Source :  https://fr.geneawiki.com/index.php?title=Pr%C3%A9noms 

CHOIX DE PRÉNOMS QUÉBÉCOIS ET FRANÇAIS

PRÉNOMS MASCULINS

(N = 386)

Abel

Abélard

Achille

Adam

Adélard

Adelphe

Adémar

Adhémar

Adjutor

Adolphe

Adrien

Aimable

Alain

Alban

Albéric

Albert

Alcide

Aldéric

Alexandre

Alexis

Alfred

Aloïs

Alphé

Alphonse

Amaury

Ambroise

Amos

Anastase

Anatole

André

André-Marie

Anicet

Anselme

Antoine

Antonin

Antonio

Apollinaire

Arcade

Archibald

Arian

Aristide

Armand

Armel

Arnaud

Arnoud

 Arnoult

Arsène

Athanase

Arthaud

Arthur

Arthus

Aubert

Aubry

Audran

Audric

Auguste

Augustin

Aurèle

Aurélien

Axel

Aymard

Aymé

Aymeric

Aymon

 Aymond

 

Baptiste

Barnabé

Barthélémy

Basile

Bastien

Baudoin

Benjamin

Benoit

Béranger

Bérard

Bernard

Bernardin

Bertrand

Blaise

Boniface

Brice

Bruno

 Brunon

 

Calixte

Camille / Camil

Camillien

Candide

Carl

Carmin

Carol

Casimir

Cassien

Cédric

Célestin

Célien

Césaire

César

Charlemagne

Charles

Childéric

Christian

Christophe

Claude

Claudien

Clermont

Clotaire

Clovis

Côme

Constant

Constantin

Cyprien

Cyril

Cyrille

 

Dagobert

Damase

Damien

Daniel

David

Denis

Désiré

Dieudonné

Didier

Dominique

Donat

Donatien

Dorian

 

Edgar

Edmond

Édouard

Élie

Éloi

Elzéar

Émeric

Émile

Emmanuel

Éphrem

Éric

Ernest

Étienne

Eubert

Eudes

Eugène

Eusèbe

Évariste

Eustache

Évrard

 

Fabien

Fabrice

Faustin

Félicien

Félix

Ferdinand

Fernand

Fidèle

Firmin

Flavien

Florent

 Florentin

Florestan

Florian

Floridor

Francis

Franck

François

Frédéric

Fulbert

Fulcran

Fulgence

 

Gabin

Gabriel

Gaétan

Garnier

Gaspard

Gaston

Gatien

Gauthier

Gauvin

Gédéon

Geoffroy

Georges

Gérald

Gérard

Géraud

Gerbert

Germain

Gervais

Ghislain

Gilbert

Gildas

Gilles

Godefroy

Gontran

Gonzague

Gratien

Grégoire

Guillaume

Gustave

Guy

Hardouin

Harold

Hector

Hélie

Henri

Herbert

Hercule

Hervé

 Hervey

Hilaire

Hilarion

Hippolyte

Honoré

Horace

Hubert

Hugo

Hugues

Hyacinthe

 

Ignace

Irénée

Isaac

Isaïe

Isidore

Ivanhoé

 

Jacob

Jacquelin

Jacques

Janvier

Jean

Jeannot

Jean-Marie

Jérémy

Jérôme

Joachim

Job

Jocelyn

Joël

Jonas

Jonathan

Jordi

Joris

Joseph

Joson, Jozon

Josselin

Jourdain

Jules

Julien

Juste

Justin

Justinien

Juvénal

 

Lambert

Lancelot

Laurent

Lazare

Léon

Léonard

Léopold

Lionel

Loïc

Lothaire

Louis

Luc

Lucien

Ludger

Ludovic

 

Macaire

Malo

Marc

Marceau

Marcel

Marcelin

Marin

Mario

Marius

Martial

Martin

Mathias

Matthieu

Maurice

Maxence

Maxime

Maximilien

Médard

Médéric

Merlin

Michel

Modeste

Moïse

Morgan

 

Napoléon

Narcisse

Nathan

Nestor

Nicolas

Noé

Noël

Normand

Octave

Octavien

Odilon

Odon

Olivier

Oscar

Ovide

 

Pacôme

Parfait

Pascal

Patrice

Patrick

Paul

Paulin

Perceval

Philibert

Philippe

Pierre

Prosper

 

Quentin

Quercy

 

Raoul

Raphaël

Raymond

Raynald

Régis

Réjean

Rémi

 Rémy

Renaud

René

Richard

Robert

Roch

Rodolphe

Rodrigue

Roger

Roland

Romain

Romuald

Ronald

Ronan

Rosaire

 

Samuel

Samson

Saturnin

Sébastien

Serge

Séverin

Silvère

Siméon

Simon

Stanislas

Stéfane

Stéphane

Sylvain

 

Tancrède

Tanguy

Théophile

Thibaud

Thibault

Thierry

Thimothée

Thomas

Tristan

 

Uldéric

Ulric

Ulysse

Urbain

 

Valentin

Valère

Venant

Victor

Victorien

Victorin

Vincent

Virgil

Vital

 

Wilbrod

Wilfrid

 

Xavier

 

Yannic(k)

Yvan

Yves

Yvon

 

Zacharie

Zénon

Zéphir

Zéphirin

Zoël

 

 PRÉNOMS FÉMININS 

 (N = 378)

Adélaïde

Adèle

Adélaïde

Adélie

Adéline

Adrienne

Agathe

Aglaé

Agnès

Aimée

Albanie

Albertine

Alexa

Alexandra

Alexandrine

Alice

Aline

Alix

Amandine

Amarante

Ambre

Amélie

An(n)abelle

Anaïs

Anastasie

Anatalie

Anatolie

Anémone

Andrée

Angèle

Angéline

Angélique

Anna

Anne

Annette

Antoinette

Antigone

Antonia

Antonine

Ariane, Arianne

Arièle

Arlène

Arlette

Armance

Armande

Arnaude

Artémise

Astérie

Astride

Athalie

Athéna

Aude

Audeline

Audette

Audrey

Augustine

Auréa

Aurélie

Aurélienne

Aurore

Axelle

Azéline

 

Babette

Barbara

Béatrice

Bénédicte

Benjamine

Bérangère

Bérénice

Bernadette

Bernardine

Berthe

Bibiane

Blanche

Blandine

Brigitte

 

Camélia

Camille

Capucine

Carine

Carla

Carmen

Carole

Caroline

Catherine

Cécile

Cédrica

Céleste

Célestine

Céline

Chantale

Charlotte

Chloée

Christelle

Christiane

Christine

 

Claire

Claude

Clara

Clarisse

Claudette

Claudia

Claudine

Clémence

Clémentine

Clio

Clotilde

Colette

Colombe

Constance

Coralie

Coraline

Corine

Cosette

 

Dahlia

Dahlila

Danièle (Danielle)

Délima

Delphine

Denise

Désirée

Diane

Dolorès

Dominique

Doriane

Dorine

Doris

Dorothée

 

Édith

Éléonore

Éliane

Élisabeth

Élise

Élodie

Éméline

Elsa

Émilie

Émilienne

Emma

Emmanuelle

Esmée

Esméralda

Estelle

Esther

Eugénie

Éva

Évangéline

Ève

Éveline

 

Fabienne

Fabiola

Fanny

Fantine

Faustine

Félicie

Fernande

Flora

Florence

Floriane

Florie

Francine

Françoise

Frédérique

 

Gabrielle

Gaétane

Garance

Geneviève

Georgette

Georgine

Géraldine

Germaine

Gertrude

Gervaise

Gilberte

Gisèle

Gratia

 

Hélène

Héloïse

Henriette

Hermeline

Hermione

Hilda

Honorine

Hortense

Huguette

 

Inès

Irène

Isabeau

Isabelle

 

Jacqueline

Jacynthe

Jasmine

Jeanine, Jeannine

Jeanne

Jeannette

Jeannie

Jocelyne

Joséphine

Josette

Josiane

Jovette

Judith

Julia

Julie

Juliette

Justine

 

Laure

Lauriane

Laurence

Laurette

Léa

Lélia

Léna

Léona

Léone

Léonie

Léonne

Léonore

Lili

Lise

Lisette

Lison

Lorette

Lorraine

Louisa

Louise

Louisette

Louison

Luce

Lucette

Lucie

Lucienne

Lucille

Lucrèce

Ludivine

Lydie

Lydia

 

Madeleine

Madeline

Manon

Marcelle

Marceline

Margot

Marguerite

Marianne

Marie

Marielle

Mariette

Marine

Marinette

Marion

Mari(y)se

Marlène

Marthe

Martine

Mathilde

Maude

Mélanie

Mélissa

Mélodie

Mélusine

Michèle, Michelle

Micheline

Mirabelle

Mireille

Mona

Monique

Morgane

Murielle

Mylène

Myriam

 

Nadia

Nadine

Nana

Nanette

Nathalie

Nicole

Nina

Ninette

Ninon

Noëlla

Noëlle

Noémie

Norma

Normande

Océane

Octavie

Odette

Odile

Olga

Olive

Olivette

Olivia

Oliviane

Ophélie

Orana

Orane

Oriana

Oriane

Orléane

Ozane

 

Pâquerette

Pascale

Pascaline

Paule

Paulette

Pauline

Pénélope

Perrette

Perrine

Philippine

Pierrette

Priscille

 

Rachel

Raphaëlle

Raymonde

Rébecca

Régine

Reine

Reinette

Renée

Rolande

Romaine

Romy

Rosabelle

Rosalie

Rosanna

Rosane

Rose

Rosette

Rosemonde

Rosine

Roxane

Ruth

 

Sabine

Salomé

Sandrine

Sara, Sarah

Sébastienne

Ségolène

Séraphine

Séréna

Séverine

Sibyle

Sidonie

Simone

Solange

Solène

Sonia

Sophie

Stéphanie

Suzanne

Suzette

Suzie

Sybile

Sylvaine

Sylvette

Sylvia

Sylviane

Sylvie

 

Thelma

Théodora

Thérèse

Toinette

 

Valérie

Valentine

Vanessa

Véronique

Victoire

Victorine

Violette

Virginie

Viviane

Vivienne

 

Yolande

Yseult

Yvette

Yvonne

 

Zéphirine

Zoé, Zoée

 Il existe de nombreuses autres sources de prénoms, celles-ci par exemple :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_pr%C3%A9noms_en_fran%C3%A7ais

https://www.journaldesfemmes.fr/prenoms/classement/prenoms/prenom-francais-garcon 

https://www.gard.gouv.fr/content/download/8116/45254/file/Liste%20des%20pr%C3%A9noms%20fran%C3%A7ais.pdf 


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mercredi 27 janvier 2021

L'AVENTURE DU MAÇON DE GRENADE

 L'AVENTURE DU MAÇON DE GRENADE

Washington Irving

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    Certains livres vieillissent; d'autres conservent leur fraîcheur intacte à travers le temps. C'est le cas des CONTES DE L'ALHAMBRA, écrits par Washington Irving, diplomate, historien et voyageur américain, qui vécut quelque temps dans l'Alhambra même. L'oeuvre, éditée pour la première fois en 1832, fut aussitôt traduite en plusieurs langues et attira à Grenade des pélerins de toutes les latitudes. Nous y découvrons une perspective, une couleur et une ambiance romantiques, ainsi que de subtiles impressions prises sur le vif, pleines de nuances, d'esprit et d'émotion. Nous y trouvons d'une part les légendes et les traditions locales qui gardent leur charme d'hier, et d'autre part le tableau sobrement réaliste de l'Alhambra du siècle dernier si vivant, si réel: hommes et femmes du peuple, soldats invalides, mendiants. Et peut-être ces pages sont-elles les plus riches de suggestion.

 Souvenir d’une mémorable visite à l’Alhambra en compagnie
de ma première épouse Michelle, le 5 mai 2006. Le livre a été acheté sur place.

 

  


    Il y avait un jour à Grenade un pauvre maçon, ou briqueteur, qui observait toutes les fêtes des saints, jusques et y compris Saint Lundi; et pourtant, malgré toute sa dévotion, il devenait chaque jour plus pauvre et pouvait à peine acheter du pain pour sa nombreuse famille. Une nuit, il fut tiré de son premier sommeil par un coup frappé à sa porte. Il ouvrit et aperçut devant lui un long prêtre décharné, de mine cadavérique.

—Ecoute, mon brave, lui dit l'inconnu; j'ai remarqué que tu es un bon chrétien, à qui on peut se fier; veux-tu entreprendre un travail pour moi cette nuit même?

—De tout coeur, señor padre, à condition toutefois que je sois payé en conséquence.

—Tu le seras; mais il faudra que tu te laisses bander les yeux.

    Le maçon ne s'y opposa pas. Il fut donc conduit, les yeux bandés, par des sentiers raboteux et des passages tortueux, jusqu'à la porte d'une maison. Le prêtre y appliqua la clé, qui fit grincer la serrure, et ouvrit un battant qui parut très massif au maçon. Ils entrèrent, la porte fut fermée et verrouillée et notre homme fut mené par un couloir sonore et une salle spacieuse à l'intérieur de la maison. Là, le bandage ôté, il se trouva dans un patio faiblement éclairé par une seule lampe.

    Au centre, on voyait le bassin à sec d'une vieille fontaine mauresque, sous laquelle le prêtre lui demanda de bâtir une petite voûte avec les briques et le ciment qui étaient préparés à son intention. Il travailla toute la nuit, mais ne put achever son oeuvre. Peu avant l'aube, le prêtre lui mit une pièce d'or dans la main et l'ayant de nouveau bandé, le reconduisit à sa demeure.

—Consens-tu à revenir achever ton travail? lui demanda-t-il.

—Volontiers, señor padre, à condition que je sois aussi bien payé.

—Eh bien, demain à minuit je t'appellerai de nouveau. C'est ce qu'il fit et la voûte fut achevée.

—Maintenant, lui dit le prêtre, il faut que tu m'aides à transporter les corps que je dois ensevelir dans cette voûte.

    À ces mots, notre pauvre maçon sentit ses cheveux se hérisser sur sa tête: il suivit le prêtre, d'un pas chancelant, dans une pièce écartée de la maison, s'attendant à un affreux spectacle; mais quel ne fut pas son soulagement lorsqu'il aperçut, à la place, trois ou quatre jarres imposantes dans un coin. Elles étaient manifestement bourrées d'argent et c'est à grand-peine que le prêtre et lui purent les pousser et les loger dans leur tombe. La voûte fut fermée alors et toutes traces d'ouvrage effacées. Le maçon eut de nouveau les yeux bandés et fut reconduit par un chemin différent de celui qu'ils avaient pris. Après avoir longtemps erré dans un inextricable entrelacs de ruelles et de sentiers, ils s'arrêtèrent. Le prêtre lui mit deux pièces d'or dans la main et lui dit: «Reste ici jusqu'au moment où tu entendras les matines sonner à la cathédrale. Si tu oses te découvrir les yeux avant, un malheur t'attend.» Et sur ces mots, il le quitta. Le maçon attendit fidèlement; il trompa le temps en soupesant le deux pièces et en les faisant tinter l'une contre l'autre. Lorsque la cloche du matin fit retentir son premier carillon, il découvrit ses yeux et vit qu'il était sur les bords du Génil; il se hâta de rentrer chez lui et, sur le salaire de ses deux nuits de travail, fit bombance avec sa famille pendant une bonne quinzaine—après quoi, il se retrouva pauvre comme devant.

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    Il continua à vivre comme naguère, travaillant peu, priant beaucoup, observant dimanches et fêtes de saints, année après année, tant et si bien que sa famille devint aussi famélique et déguenillée qu'une tribu de gitans. Un soir, comme il était assis à la porte de sa masure, il fut accosté par un vieillard aussi riche que pingre, que l'on savait possesseur de plusieurs immeubles et propriétaire exigeant. Le bourgeois observa notre homme dessous ses sourcils broussailleux et inquisiteurs.

On me dit, mon ami, que tu es bien pauvre. —Pas moyen de le nier, sefior, cela saute aux yeux.

—Je présume donc que tu serais heureux d'avoir du travail et que tu le ferais pour pas cher.

Pour moins cher, señor, que n'importe quel maçon de Grenade.

—C'est ce qu'il me faut. J'ai une vieille maison qui tombe en ruines et qui me coûte plus d'argent qu'elle ne vaut pour la réparer, car personne ne veut y vivre; c'est pourquoi je dois m'arranger pour la retaper au plus bas prix possible.

Le maçon fut donc conduit à une grande maison abandonnée qui semblait sur le point de crouler. Il passa par diverses salles vides et entra dans une cour où son regard fut aussitôt arrêté par une vieille fontaine mauresque. Il s'arrêta un moment car le souvenir de ce lieu lui revenait comme un rêve.

—S'il vous plait, fit-il, qui donc occupait cette maison? —Peste soit de lui! s'écria le propriétaire. C'était un vieux prêtre avare qui ne se préoccupait que de lui. On le disait immensément riche, et, comme il n'avait pas de parents, on pensait qu'il laisserait tous ses trésors à l'Église. Il est mort subitement et les curés et les moines sont venus en foule pour prendre possession de ses richesses; mais ils n'ont trouvé que quelques ducats au fond d'une bourse de cuir. Le plus mauvais lot m'était réservé, car depuis sa mort, le vieux grigou continue à occuper ma maison sans me payer de loyer et il n'y a pas moyen de faire un procès à un mort. Les gens prétendent qu'ils entendent toute la nuit le tintement de l'or dans la chambre où il dormait, comme s'il recomptait son argent, et parfois des plaintes et des gémissements dans la cour. Vraies ou fausses, ces histoires portent préjudice à ma maison et personne ne veut y mettre les pieds.

—Ne m'en dites pas plus, répondit le maçon avec un accent plein de fermeté; laissez-moi vivre dans votre maison sans payer, jusqu'à ce que vous trouviez un meilleur locataire et je m'engage à la réparer et à apaiser l'âme en peine qui la trouble. Je suis pauvre et bon chrétien et le Diable en personne ne me ferait pas peur, quand bien même il m'apparaîtrait sous la forme d'un gros sac d'argent.

    La proposition du brave maçon fut acceptée volontiers; il s'installa avec sa famille dans la maison et remplit tous ses engagements. Peu à peu, l'immeuble fut restauré et si l'argent y tinta, ce ne fut plus la nuit dans la chambre du prêtre défunt, mais le jour dans la poche du maçon vivant. En un mot, il fit rapidement fortune, à la stupéfaction de tous ses voisins, et devint un des hommes les plus riches de Grenade. Il fit des dons importants à l'église, sans doute pour apaiser sa conscience, et ne révéla le secret de la voûte que sur son lit de mort, à son fils et héritier. 








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dimanche 24 janvier 2021

AU-DELÀ DES BELLES PAROLES...

Texte envoyé au quotidien Le Devoir et non publié

Page « Idées »
Montréal

   La rectitude politique qui empêche de dire les choses comme elles sont a sans doute agi contre sa publication, car c'est trop simple et clair... 

Sujet : Texte de Gérard Bouchard du 26 novembre.

Au-delà des belles paroles…

    Dans son texte du 26 novembre 2020 dans Le Devoir, sur le déplorable état de notre langue au Québec, « Le français a besoin d’un redressement radical », monsieur Gérard Bouchard écrit ceci qui est très juste : « Sur le plan civique, une langue commune permet d’unir la diversité, d’établir un rapprochement entre les cultures, de permettre à chaque citoyen de s’intégrer pleinement, de jouir de tous ses droits et de participer à la vie démocratique. Au Québec, cette langue ne peut pas être autre chose que le français. » Certes « Le français a besoin d’un redressement radical » !

    Mais, s’il est louable de l’affirmer, il est beaucoup plus important de préciser les mesures essentielles permettant d’en faire une réalité. Ce qui n’est pas le cas actuellement dans ce qu’on lit et entend…

   Or, l'irresponsabilité et l’incurie de pratiquement tous les gouvernements successifs depuis 1977 ont permis à l'État québécois de pratiquer un bilinguisme intégral, illégal et dévastateur dans presque tous ses services. Ainsi, le message très clair envoyé à tous et particulièrement aux immigrants est qu'il n'est pas nécessaire de connaitre et parler le français au Québec.

   On a vu clairement le résultat désastreux s’amplifier au cours des décennies, particulièrement dans la région métropolitaine, comme de nombreuses statistiques récentes le démontrent. La grande majorité des quelque 50 000 immigrants arrivés chaque année au Québec depuis des dizaines d'années sont allés spontanément et massivement du côté de la minorité d'origine britannique qui représente moins de 7% de la population selon les statistiques fédérales, et leurs enfants ont fait gonfler les cégeps et universités anglophones.

   C'est ainsi que la population étudiante des cégeps et des 3 universités anglophones a grandi hors de proportion et qu'il y a maintenant plus de francophones d'origine au cégep Dawson que de véritables anglophones. Ces universités reçoivent actuellement environ 28% des subventions de fonctionnement de l'État québécois, ce qui représente environ 4 fois ce qu'elles devraient recevoir en toute équité par rapport aux francophones du Québec. Pire, on apprenait récemment que notre gouvernement prévoit investir environ 750 millions de dollars pour agrandir Dawson, agrandir l'Université McGill, et donc accélérer un phénomène déjà présent d'anglicisation des étudiants » ! Et qu'il céderait le site de l'ancien hôpital Royal Victoria à l'université McGill ! Ce qui est une pure aberration dans les circonstances actuelles. Le goût du suicide serait-il viral comme le covid-19 !

    Or, il s'impose que le Québec soit aussi francophone que l'Ontario ou la Colombie Britannique sont anglophones. C'est cela qu'il faut réaliser simplement et pacifiquement car toutes les autres approches sont de funestes illusions enveloppées de verbiage stérile. C'est une question de vie ou de mort culturelle. Ce n'est certainement pas en engageant une cinquantaine de nouveaux inspecteurs de l'Office de la Langue française, comme le gouvernement viendrait de le faire, que le Québec pourra fonctionner normalement en français...

    Comme on peut le lire dans la conclusion de l’article récent de Frédéric Lacroix dans L’Action Nationale : « Si nous choisissons collectivement de continuer à nous fermer les yeux et à ne pas agir, l'anglais va s'établir, probablement définitivement, comme langue commune à Montréal.»

    Il n'y a vraiment qu'un seul moyen efficace dans l’immédiat pour que le Québec soit un territoire et un État francophones qu'on respecte dans l’avenir, considérant que le français est la seule langue officielle et que la réalité le nie. Il s’agit essentiellement d’appliquer la charte de la Langue française comme elle doit l’être. Cela se traduit par la proposition suivante qui est une solution équitable et logique qu’il faut avoir le courage élémentaire d’appliquer:

  • La Charte de la Langue française s’exercera dorénavant comme elle doit l'être et l'État québécois communiquera exclusivement en français avec tous les citoyens, tous les organismes et toutes les entreprises du Québec dans tous les domaines. Cela implique que tous les formulaires soient rédigés en français pour le territoire québécois.

    Considérant que le Québec n’a jamais signé la constitution imposée par le Canada, il n’a donc pas à la considérer, ni les jugements de cour qui ne doivent donc pas être reconnus, ce qui est une grave erreur. Éventuellement, sur une base de respect mutuel, le Québec et le Canada pourront signer des accords de réciprocité dans divers domaines, dont l'éducation pour les groupes minoritaires, respectivement anglophones et francophones.

    En ce qui concerne le financement de ces minorités dans le respect mutuel de nos deux nations, dans un esprit de réciprocité profondément respectueuse, on pourra appliquer la règle suivante à partir d’une période maximale de deux années, laquelle nos fonctionnaires pourront facilement et rapidement appliquer avec les puissants moyens informatiques dont ils disposent.

  • Dorénavant, le Québec financera les institutions d'enseignement de la minorité de langue anglaise dont les arrière-grands-parents étaient anglophones ou issus de pays anglophones dans la même proportion moyenne que le Canada anglais (excluant le Nouveau-Brunswick) financera les institutions d'enseignement de la minorité de langue française dont les arrière-grands-parents étaient francophones ou issus de pays francophones.   

À défaut de réaliser cette dernière, on appliquera l’approche suivante :

  • Dorénavant, le Québec financera les institutions d'enseignement de la minorité de langue anglaise dans la même proportion moyenne que le Canada anglais finance les institutions d'enseignement de la minorité francophone.

   Dans un esprit de saine réciprocité entre le Québec et le Canada, il semble donc impératif de mettre en œuvre une de ces dernières propositions.

Jean-Luc Dion

Ingénieur et professeur retraité
Département de Génie électrique et Génie informatique
Université du Québec à Trois-Rivières

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