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dimanche 25 août 2019

LA PETITE RHODÉSIE

Quel progrès avons-nous réalisé ?


ÉDITORIAL  -  LE JOUR
26 février 1975

LA PETITE RHODÉSIE
Yves Michaud

L'obstination du gouvernement et l'entêtement vaniteux du ministre de l'Éducation de vouloir introduire dans la loi 22 un système inapplicable de tests linguistiques ont connu un juste dénouement la semaine dernière.
En annonçant la suppression des tests, M. Cloutier a parlé de réponse intelligente (sic) à une vive contestation. Il eut été souhaitable cependant, que le ministre et ses conseillers fassent preuve de la même intelligence au moment de la discussion de la loi. À cette époque, sauf le ministre, il n'y avait pas âme qui vive au Québec pour se porter à la défense des tests linguistiques.
Avec d'autres, au moment du dépôt de la loi 22, nous avions prévu deux choses : la création spontanée de mini-Berlitz dans divers coins de la métropole pour qualifier les non-francophones à l'inscription à l'école anglaise de même que le refus des anglophones d’atténuer le principe du soi-disant libre choix des parents en matière d'enseignement.
Ce qui devait arriver, arriva. Des classes clandestines ou parallèles ont été instituées en un temp record par le lobby anglophone afin de drainer vers le secteur anglais le plus grand nombre possible d'enfants d'immigrants tandis que la minorité rhodésienne partit en croisade, dans la presse anglophone et dans les stations privées de radio qui lui appartiennent pour défendre ses injustes privilèges et un ensemble de droits, acquis au détriment de la majorité francophone du Québec. À cet égard, les propos tenus par les auditeurs au marathon du poste de radio CJAD de Montréal sont à faire dresser les cheveux sur la tête. Il n'était même pas nécessaire, au reste, que le député libéral George Springate donnât le botté cl 'envoi Le Protestant School Board of Greater Montreal (PSBG I) en tête et tous les anglicisateurs à sa suite étaient déjà sur le sentier de la guerre.
Car, au-delà des beaux principes et des vertueux sentiments, ce que la minorité rhodésienne du Québec défend avec rage et acharnement, c'est ni plus ni moins que son droit à l'assimilation du plus grand nombre de Québécois, francophones ou pas. La question linguistique au Québec est inintelligible sans la claire conscience du système ingénieux et efficace d'anglicisation mis sur pied par la minorité dominante avec la haute complicité des gouvernements qui nous dirigent.
Les données sont simples : le secteur anglais de la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM) compte vingt-cinq pour cent (25%) d’anglophones québécois et le reste est formé d'enfants qui donnent au secteur à la fois sa raison d'être et sa garantie de survie. Le PSBGM, pour sa part, s'est toujours refusé à dévoiler les statistiques de sa clientèle scolaire sur la base des langues maternelles, sans doute pour cacher une situation similaire à celle de la CECM.  Quoi qu’il en soit, pour maintenir leurs positions et assurer leur viabilité, les secteurs anglophones, tant à la CECM qu'au PSBGM, ont besoin chaque année du sang neuf des enfants d'immigrants et ils prendront tous les moyens à leur disposition pour s'assurer que la source ne se tarira pas. ,
Ces moyens ne manquent pas. Les Anglais du Québec sont la minorité la plus riche et la plus puissante du Canada. Ils disposent de ressources financières et de pouvoirs de contrainte scandaleusement disproportionnés avec leur importance numérique. Leurs représentants sont peu nombreux au parlement québécois mais ayant investi et contrôlant à toutes fins utiles les plus importants centres de décision économique au Québec, ils peuvent se permettre d'envoyer des figurants au parlement régional des Québécois.
Leurs complices francophones suffisent amplement à la tâche. M. François Cloutier, ministre de l'Éducation et père de cet avorton législatif qui s’appelle la loi 22, bat la marche. Dans la foulée des démissionnaires et des démocrates d'opérette qui se sont toujours couchés devant la minorité dominante du Québec, le ministre a déclaré en fin de semaine qu'il n'était absolument pas question de retenir la suggestion du Conseil supérieur de l'Éducation à l'effet que seuls les élèves de langue maternelle anglaise aient accès à l'école anglaise, les autres étant dirigés vers le secteur français. « Le gouvernement n'est pas prêt à abolir toute liberté de choix », dit M. Cloutier sur un ton d'indignation composée, « d'autant que l'école française ne satisfait pas toujours aux aspirations des francophones eux-mêmes ».
Pour justifier le passage des francophones au secteur anglais et l'assimilation par celui-ci des enfants d'immigrants, le ministre de l'Éducation pousse l'indécence jusqu’à décrier le système d’enseignement dont il est le responsable au premier titre. Nous retenons avec peine l'envie de dire des gros mots devant un tel comportement de valet et de porteur d'eau. Lorsqu'on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage... D'aucuns, dans le passé, orthodoxes de l'agenouillement et commis de la minorité rhodésienne, ont obéi avec inconscience aux ordres du pouvoir anglophone. M. Cloutier, lui, ajoute le cynisme à la bassesse. « D'autant que l'école française ne satisfait pas toujours aux aspirations des francophones... » Il y a dans cet euphémisme un rappel d'impuissance et un mépris de nous-mêmes qui nous ramènent aux jours les plus sombres de la grande noirceur québécoise.
M. Cloutier et ses pareils s'apercevront un jour, et plus tôt qu'ils ne l'appréhendent, qu'ils sont en rupture de continuité historique. Le Québec réel n'est pas l'image qu'ils s'en font, diminué, rapetissé, né pour un petit pain, éternelle colonie d'intérêts qui ne sont pas les nôtres.
Les forces de la vie sont à l'œuvre. Pour l'heure, elles sont en situation de résistance mais elles finiront par avoir le dessus sur tous Ceux-là qui les empêchent de respirer à l'air libre et de bâtir ici un modèle de société qui soit autre chose qu'une petite Rhodésie.
Yves Michaud

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mercredi 7 août 2019

DIABOLISER ? POURQUOI PAS !


Une lettre au quotidien Le Devoir qu'on n'a pas osé publier car elle contredisait les mensonges et la haine propagés par l'ancien  premier ministre Philippe Couillard, suivi par une bande d'énervés...

16 octobre 2018
M. Robert Dutrisac, éditorialiste
Le Devoir  -  Montréal


Lettre d'opinion  -  TITRE :  Diaboliser ? Pourquoi pas !


Monsieur Dutrisac,


Dans un texte publié le 16 octobre dans vos page, « Pour la laïcité, et je n’en démordrai pas » (clic), l'ancien ministre Bernard Drainville relève avec raison la gravité de ce qui a été écrit dans un précédent éditorial: « Le PQ a commis une grave erreur en insistant sur le caractère identitaire de sa charte des « valeurs québécoises », tentant d’exploiter les sentiments chauvins et xénophobes d’une frange réactionnaire de la population sous le couvert d’une défense de nobles principes républicains.»


En effet, on cherchera en vain dans le texte du projet de loi 60 de 2013 (*) ce qui peut justifier votre affirmation péremptoire, sans réplique, qui est conforme aux propos de ceux, tel Philippe Couillard, qui ont consciemment torpillé et diabolisé ce projet aux yeux de ceux qui ne le liraient pas, et c'est malheureusement la majorité. Ainsi, au lieu de débattre démocratiquement et d'améliorer si possible une démarche qui s'imposait normalement, on l'a sabotée et on se retrouve ainsi dans la même situation nébuleuse après cinq longues années perdues.


Pour ceux qui ne l'ont jamais lu et qui parlent à tort et à travers de ce projet de loi, il importe d'en rappeler le titre que ses opposants ont même déformé dans le but de susciter de fausses accusations de xénophobie envers la majorité: « Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement.» 

Dans les notes explicatives du projet, on ajoute que « Le projet de loi a aussi pour objet de préciser, dans la Charte des droits et libertés de la personne, que les droits et libertés fondamentaux qui y sont prévus s’exercent dans le respect des valeurs que constituent l’égalité entre les femmes et les hommes, la primauté du français ainsi que la séparation des religions et de l’État, la neutralité religieuse et le caractère laïque de celui-ci, tout en tenant compte des éléments emblématiques ou toponymiques du patrimoine culturel du Québec qui témoignent de son parcours historique...» 


Il ne s'agit donc pas d'une charte des « valeurs québécoises » susceptible de soulever des groupes qui rejettent les valeurs communes de la majorité, mais bien d'un projet pour rapprocher tous les Québécois de bon sens, d'où qu'ils viennent. On trouve facilement le texte du projet sur le site du Secrétariat aux institutions démocratiques et à la participation citoyenne (*)


Alors ! N'est-il pas assez abusif de parler de stimulation des sentiments chauvins et xénophobes d’une frange réactionnaire de la population ?


Sincèrement,


        Jean-Luc Dion


Jean-Luc Dion
Ingénieur et professeur retraité
Département de Génie électrique et Génie informatique
Université du Québec à Trois-Rivières

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NOTE
Cette lettre, transmise par courriel le 16, n’était pas encore publiée dans l’édition du 18 octobre.
Et elle ne le sera probablement jamais car trop vraie…
On verra bien!
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En effet, elle ne fut jamais publiée. 
Sans doute pour ne pas faire honte à l'éditorialiste qui avait déjà été humilié par la mise au point très juste de Bernard Drainville...

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 L'excellent chroniqueur Joseph Facal a eu la même réaction...

 
Déjà abordée par Richard Martineau, l’affaire est assez grave pour que j’y revienne.

Samedi dernier, un éditorial de Robert Dutrisac dans Le Devoir avançait que la charte des valeurs du gouvernement Marois tentait « d’exploiter les sentiments chauvins et xénophobes d’une frange réactionnaire de la population (...) ».
C’est inqualifiable.

N’importe quoi

Quand on lance une accu­sation aussi grave, on doit l’accompagner d’une démonstration étoffée. Ici, le vide absolu.

Reprenons nos esprits : la charte ne voulait pas interdire à quiconque, y compris à un employé de l’État, de croire à la religion de son choix.

Elle posait que l’État doit être neutre en matière religieuse. Conséquemment, elle estimait nécessaire que ceux qui représentent l’État fassent preuve de réserve en matière de foi pendant les heures de travail.

En dehors du travail, cette personne fréquentera les lieux de culte et arborera les signes religieux qu’elle veut.

Où est l’exploitation de « sentiments chauvins et réactionnaires » ?

Par ailleurs, tous les sondages indiquaient qu’une majorité de francophones appuyait cette charte.

On n’est pas obligé d’être d’accord avec une opinion parce qu’elle est majoritaire, mais cela fait quelques millions de personnes que l’on associe grossièrement au chauvinisme et à la xénophobie.

De tels propos n’auraient pas étonné sous la plume de certains chroniqueurs du Devoir.

Le problème est qu’il s’agissait d’un éditorial, donc de la position officielle de la maison.

Si c’est le cas, je confesse que je serais attristé, mais pas étonné.
Suis-je le seul à noter que ce journal se cherche un positionnement depuis longtemps?
Suis-je le seul à noter que hormis les Rioux, David et Cornellier, on y retrouve en quantité abondante tous les poncifs de la rectitude politique pseudo-progressiste ?
Suis-je le seul à noter, dans les articles signés par les jeunes journalistes, le consternant retour du mot « province », techniquement correct, mais dont ils ne mesurent pas, car ils n’ont aucune mémoire politique, la triste régression dont il est porteur ?

Cette évolution serait, remarquez, le droit le plus strict des artisans du journal, mais elle me semble trancher avec une certaine idée du Québec longtemps défendue par cette institution­­­.

Odieux

Dans une tentative ratée de rétropédalage, M. Dutrisac ajoute que la charte faisait passer pour des « valeurs québécoises » et pour un enjeu « identitaire » cette valeur « universelle » que serait la laïcité.
Cette opposition est totalement factice.

Le cheminement du Québec vers la laïcité, débuté grosso modo avec la Révolution tranquille, est en phase avec la sécularisation croissante des sociétés occidentales.
Il n’y a donc aucun problème à dire d’une valeur à vocation universelle qu’elle est aussi une valeur « québécoise », et donc une composante de notre « identité » collective, à laquelle on s’attend que se conforment ceux qui choisissent de devenir des Québécois­­­.

Certes, le PQ a eu tort de vouloir en faire un enjeu électoral. Mais c’est un autre débat, qui n’a rien à voir avec l’odieuse et gratuite accusation proférée.



 

mardi 6 août 2019

LA PLEINE RESPONSABILITÉ

Publié dans Facebook : https://www.facebook.com/jeanluc.dion

Actuellement, nous Québécois nous sentons plutôt --irresponsables-- car nous n'avons JAMAIS été PLEINEMENT responsables de notre gestion nationale depuis plus de 400 ans : nous nous reposions essentiellement sur d'autres pour les choses vraiment importantes : nous n'avons pas l'expérience de la responsabilité complète, l'état normal d'une nation. C'est pourtant ce qui a motivé l'accession à l'indépendance de quelque 150 pays depuis 1945.

La découverte et la pratique de la responsabilité nationale doit normalement donner une impulsion sans précédent et libérer des ressources insoupçonnées chez une foule de compatriotes, nous permettant d'accéder à la normalité et à la maitrise de toutes nos ressources, dans tous les domaines.


C'est certainement un grand défi pour nous tous.


Si nous ne savons pas le relever, c'est la «louisianisation» qui nous attend, INÉLUCTABLEMENT, et ce sera plus ou moins long et douloureux. Tout simplement !


Mais, comme je crois que nous sommes des hommes et des femmes normaux, nous allons normalement nous retrousser les manches et nous mettre au travail pour devenir pleinement maitres chez nous et prendre notre place dans le monde. 


Cessons d'être enfermés dans le Canada !

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mardi 23 juillet 2019

LES BIEN-PENSANTS

Serge CANTIN (*)
Tribune libre de Vigile
lundi 2 juin 2008

(*) Professeur au département de philosophie, Université du Québec à Trois-Rivières

   Comment peut-on s’étonner du contenu du rapport de la Commission sur les accommodements raisonnables ? Tout n’était-il pas joué à l’avance, comme dans un mauvais boulevard ? Qu’un Jacques Beauchemin se soit finalement dissocié du rapport, cela aussi était prévisible pour qui connaît un tant soit peu le milieu intellectuel québécois. 
 
   Mais qu’est-ce que mon ami Beauchemin est allé faire dans cette galère, lui l’auteur de L’histoire en trop, lui qui avait pourtant participé comme moi, il y a quelques années, au colloque (initié et organisé par Le Devoir) sur « la nation québécoise  », où le souverainiste Bouchard et le fédéraliste Taylor s’étaient entendus comme larrons en foire, tous les deux communiant à la même foi civique, l’un et l’autre en possession tranquille de la vérité multiculturelle du monde, en regard de laquelle la parole du citoyen d’Hérouxville (ou du téléspectateur de TVA ou de TQS) n’a droit qu’au mépris. 
 
Je me permets ici de reproduire, pour étayer ce jugement rapide, quelques extraits du texte que j’ai rédigé pour l’ouvrage auquel donna lieu le colloque en question : « Pour sortir de la survivance », dans Penser la nation québécoise, Éditions Québec Amérique, 2000 :
« Comment nos clercs universitaires en sont-ils arrivés là, à se voir et à nous voir avec les yeux des autres ? Comment ont-ils pu, sous prétexte d’ouverture aux autres, adopter le point de vue des autres sur nous-mêmes ? […]
Mine de rien, le nouveau credo de la nation québécoise ouverte et plurielle, multi- ou transculturelle, mine le projet qu’il prétend servir, en le privant peu à peu de sa raison d’être. Paradoxe terminal de l’histoire de notre peuple, il risque de sonner son requiem.
Car il implique que nous disparaissions par altruisme, que nous renoncions, au nom de la démocratie, au principe même de la démocratie, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à se gouverner.
De ce piège, qui est en train lentement de se refermer sur nous, beaucoup de Québécois dits « de souche » ont conscience, qui ne sont pourtant pas des penseurs professionnels de la nation québécoise. Alors, d’où vient que ces derniers ne le voient pas ; d’où vient qu’ils ne voient rien venir ?
Qu’est-ce qui les rend aussi intellectuellement absents au « phénomène de la vulnérabilité mortelle du Québec », pour reprendre la formule de Pierre Vadeboncoeur dans Gouverner ou disparaître ?
C’est qu’à force de ne vivre qu’avec ses semblables, dans sa tour d’ivoire universitaire, l’intellectuel finit par perdre, sans même s’en rendre compte, le sens commun dont parle Descartes au début du Discours de la méthode, ce sens commun qui est aussi le sens politique par excellence [...]
Que reste-t-il, dès lors, à notre penseur de haut vol pour penser la « nation québécoise » ? Il lui reste la logique qui, laissée à elle-même, privée de son lien avec le monde et avec l’expérience historique, se trouve non seulement à la merci de toutes les idéologies de passage, de la dernière mode intellectuelle venue, du dernier modèle à plaquer sur la réalité (il faudra bien que l’on fasse un jour l’histoire de cette colonisation de la pensée québécoise), mais surtout extrêmement vulnérable à la sophistique antinationaliste et à toutes les manœuvres qui visent à affaiblir la nation francophone en nourrissant chez ses membres la honte et le mépris de leur propre histoire collective.
Il n’en fut pas toujours ainsi pourtant.
Les grands intellectuels de la génération précédente (les Dumont, Miron, Vadeboncoeur, Perrault, Rioux, etc.) ne se sont jamais voulus au-dessus de la mêlée, jamais désolidarisés de l’aventure collective. La conscience malheureuse des Canadiens français, ils l’avaient assumée comme la leur propre (« À tous je me lie jusqu’à l’état de détritus s’il le faut », disait Miron le Magnifique). La fatigue culturelle de leur peuple, ils l’avaient d’abord reconnue en eux-mêmes, comme Hubert Aquin, avec une impitoyable lucidité […]
Fernand Dumont avait coutume de répéter qu’il était nationaliste par nécessité, et qu’il ne l’aurait sans doute jamais été s’il avait appartenu à une grande nation, sûre d’elle-même et de son avenir. Chez lui, le nationalisme était non une fin en soi mais ce moyen indispensable auquel avait dû recourir la petite nation française d’Amérique d’abord pour survivre, puis pour essayer ensuite de sortir de la survivance où elle végète depuis plus de deux siècles. Car il y a un prix à la survivance.
Un prix très élevé. Qu’on ne le dise pas, ou qu’on ne le dise plus, en dit long sur la profondeur de notre fracture sociale et sur la censure qu’exercent les privilégiés de la culture. Pardonneront-ils jamais à Fernand Dumont d’avoir enfreint cette censure en posant crûment la question : « Une nation comme la nôtre vaut-elle la peine d’être continuée ? »
Être nationaliste aujourd’hui au Québec, c’est répondre oui à cette question avec l’espoir qu’un jour nos enfants n’aient plus à se la poser, qu’ils n’aient plus à être nationalistes, mais qu’ils puissent être enfin tout simplement de leur nation. Être nationaliste, cela veut dire, pour moi, demeurer fidèle à ce néonationalisme issu de la Révolution tranquille et qui se trouve aujourd’hui de plus en plus remis en question par les souverainistes eux-mêmes, obnubilés par la nouvelle orthodoxie des identités ouvertes, plurielles, métissées, postmodernes, orthodoxie dont de nombreux universitaires se font les complices, quand ce ne n’est pas les théoriciens.

Serge Cantin

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