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samedi 6 avril 2013

L'INCONSCIENCE QUI TUE



Le Québec a ressuscité ce que P.E. Trudeau avait enterré !

Le non-sens des villes à statut bilingue

Charles Castonguay
Statisticien

L’Aut'Journal
Avril 2013, no 318


La notion de municipalité à statut bilingue n’a plus de sens. Cette disposition de la loi 101 en est venue à s’opposer au français en tant que langue commune, précisément là où sa vitalité est le plus faible.

Quel cheminement a pu conduire à pareille incohérence ? Cela commence avec le concept de district bilingue. C’était la « pierre angulaire » de la politique préconisée en 1967 par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, ou Commission Laurendeau-Dunton.

Par cette mesure, les commissaires voulaient conduire tous les paliers de gouvernement - fédéral, provincial et municipal - à garantir à certaines minorités une gamme complète de services dans leur langue : « [cette] action modifiera sensiblement dans un les conditions de vie de la minorité [là] où la minorité officielle est assez importante pour justifier le genre de réorientation linguistique qui nous paraît souhaitable ».

La mesure visait tout particulièrement à renforcer celles des minorités francophones hors Québec qui étaient encore suffisamment viables. « Le district bilingue [...] établira un équilibre : la minorité de langue française saura quelle obtient, dans une région donnée de l’Ontario ou du Nouveau-Brunswick, l’équivalent de ce qu’on accorde, dans le Québec, à la minorité de langue anglaise. »

Vouloir ainsi que l’Ontario devienne en quelque sorte aussi français que le Québec est anglais était certes légitime.

Mais Trudeau tenait mordicus à établir également des districts bilingues au Québec, ce qui n’allait pas de soi.

Car la réalité n’est en rien symétrique. C’est le français qui a besoin de soutien, au Québec comme dans le reste du Canada.

Trudeau s’en moque. Il fait adopter en 1969 sa Loi sur les langues officielles qui prévoit de créer des districts bilingues partout où une minorité de langue officielle compte pour 10 % ou plus de la population. Un premier Conseil consultatif des districts bilingues recommande en 1971 de proclamer, entre autres, tout le Québec district bilingue.

Le Québec prend mal ça. Sa propre Commission d’enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques, ou Commission Gendron, est en voie de confirmer que c’est le français et non l’anglais qui a besoin de protection sur son territoire. La Commission Gendron recommande par conséquent en 1972 de faire plutôt du français la langue commune dans l’ensemble du Québec

Qu’à cela ne tienne, Ottawa met sur pied un second conseil consultatif qui, en 1975, propose la création de nombreux districts bilingues au Québec et ailleurs au Canada. Il conseille cependant de n’établir aucun district bilingue dans la région de Montréal, étant donné la « pression » que l’anglais exerce dans la métropole.

Un examen des données du recensement de 1971 révèle toutefois l’incohérence fondamentale de cette position. Tout comme à Montréal, l’assimilation à l’anglais affaiblit la population francophone dans chacun des districts bilingues que le Conseil propose de créer ailleurs au Québec

En même temps, un ressac francophobe contre certains districts bilingues prévus en Ontario commence à poindre. Trudeau enterre finalement en 1977 la pierre angulaire de la politique élaborée par la Commission Laurendeau-Dunton.

Par un curieux revirement, le concept se réincarne aussitôt dans la Charte de la langue française, ou loi 101, sous la forme de municipalité québécoise à statut bilingue ! La Charte a pourtant bien comme but premier de faire du français la langue commune sur l’ensemble du territoire du Québec, comme l’avait recommandé la Commission Gendron.

Dans le fond, il n’y avait pas ici d’incohérence. En permettant à certaines municipalités de s’identifier en français et en anglais, la Charte version 1977 voulait assurer une visibilité à l’anglais dans un paysage linguistique qu’elle entendait par ailleurs franciser en profondeur par un affichage commercial en français seulement.

Aujourd’hui, toutefois, cette vision d’un paysage fermement francisé se trouve réduite en miettes. L’actuel projet de loi 14 reconduit d’ailleurs l’affichage commercial bilingue, façon Cours suprême, et même les (noms) de commerce où l’anglais prédomine effrontément

La dénomination bilingue pour les municipalités à forte proportion d’anglophones n’a donc plus son sens initial. Tout au contraire : dans un paysage saturé d’anglais, qu’une municipalité s’affiche en français et en anglais vient désormais inhiber l’acceptation du français comme langue commune.

Dévoyé par l’idéologie trudeauiste triomphante, le statut bilingue conduit en effet à revendiquer maintenant l’usage de l’anglais en toute circonstance, y compris pour un geste aussi élémentaire qu’acheter un billet d’autobus. Et vlan ! pour le français langue véhiculaire - c’est-à-dire, langue commune de la vie publique.

A tour de rôle, chaque commissaire aux langues officielles canadiennes ne manque pas de conforter cette résistance. « La Loi sur les langues officielles n’oblige pas tous les Canadiens à devenir bilingues; nous répète-t-on. Elle a pour but, au contraire, à protéger l unilinguisme parmi les minorités de langue officielle. » Cela veut dire, au Québec, protéger l’unilinguisme anglais.

C’était le but en particulier du concept révolu de district bilingue. Par un cheminement pervers, c’est devenu la principale raison d’être des municipalités bilingues. 

L'anglicisation galopante
Des statistiques humiliantes


D’une part, le dernier recensement confirme que celles-ci demeurent plus que jamais des foyers d’anglicisation, notamment dans le « West Island » à Montréal et le « West Quebec » dans l’Outaouais. Cela s’observe le mieux parmi les jeunes adultes âgés en 2011 de 25 à 44 ans. Ils ont en grande majorité commencé leur scolarisation après l’adoption des lois 22 et 101 et sont, d’autre part, à un âge où les compétences et comportements linguistiques sont parvenus à maturité.


Loin de reculer depuis 1971, l’anglicisation des jeunes adultes de langue maternelle française a progressé dans le « West Island ». Dans l’ensemble des douze villes à statut bilingue dans l’île de Montréal, 21 % de ces francophones déclarent parler, au moment du recensement de 2011, l’anglais comme langue principale à la maison. Une honte.

En contrepartie, le taux de francisation des anglophones est d’un gros 1%. Parmi les allophones, le taux d’anglicisation s’élève à 32%, comparé à une francisation de 7%.

Quant aux compétences linguistiques des jeunes adultes dans les mêmes villes, seulement 5% des francophones et 8% des allophones se déclarent incapables de converser en anglais, alors que 19 % des anglophones et 29 % des allophones ignorent le français.

La situation est semblable dans Pierrefonds-Roxboro, arrondissement à statut bilingue de la ville de Montréal.

Dans les 21 municipalités à statut bilingue du « West Quebec », situées surtout à l’ouest et au nord de la ville de Gatineau, le français se porte également mal. En 2011, 14% des jeunes adultes francophones ont l’anglais comme langue d’usage à la maison, contre 2% de francisés parmi les anglophones.

En milieu rural, c’est pire. Dans les 18 municipalités bilingues à l’extérieur de la région métropolitaine de Gatineau, on compte 27% de francophones anglicisés contre 1% d’anglophones francisés. Dans le « Far West » du Québec, c’est- à-dire dans les 15 municipalités outaouaises à statut bilingue du Pontiac, pas moins du tiers des jeunes adultes francophones sont de langue d’usage anglaise. Désespérant

Quant à l’unilinguisme, dans l’ensemble des 21 municipalités seulement 10% des francophones ne connaissent que le français, tandis que 51% des anglophones ne peuvent parler que l’anglais. Dans le Pontiac, 2% des francophones sont unilingues, contre 63 % des anglophones.

Quel que soit le pourcentage d’anglophones fixé pour reconnaître à une municipalité un statut bilingue, ces municipalités du « West Island » et du « West Quebec » seraient du nombre. L’incohérence ne tient donc pas au seuil requis. C’est l’emmanchure en soi qui n’a plus aucun bon sens.

Le projet de loi 14 ne rétablit pas l’affichage commercial en français seulement. Il n’empêche en outre aucune municipalité de prodiguer des services en anglais à ses résidants anglophones.

Qu’on abolisse donc ce statut bilingue néfaste au français. Face aux statistiques linguistiques de 2011, qu’on s’empresse d’inviter les municipalités en cause à se définir plutôt comme solidaires du projet de société que le Québec s’est donné en 1977. Autrement dit, à se doter d’une politique linguistique visant à promouvoir l’usage du français comme langue publique commune sur leur territoire.

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« Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. 
Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. 
Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments 
dépendent des décisions politiques. 
L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit 
et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. 
Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales. »
Bertolt Brecht, poète et dramaturge allemand (1898/1956)

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dimanche 17 mars 2013

DÉPART TURBULENT POUR FRANÇOIS


Un départ turbulent pour le Pape François...

Monseigneur Bergoglio et les années de plomb

FRANCE 24 l'actualité internationale en direct  16 mars 2013
Si l'élection du pape François flatte l'orgueil national argentin, c’est la consternation pour les défenseurs des droits de l'Homme. Certains l'accusent de complicité avec la dictature militaire. Au point qu’il fut convoqué par un juge en 2010.

« Je ne peux pas y croire. Je suis emplie d’angoisse et de colère, je ne sais pas quoi faire. Il y est arrivé. Orlando me l’avait dit il y a des années : 'Il veut devenir pape'.» Celle qui parle ainsi se nomme Graciela Yorio, sœur d’Orlando Yorio, un prêtre jésuite emprisonné et torturé durant la dictature militaire. En 2000, son frère est mort persuadé que son supérieur hiérarchique de l’époque, Jorge Mario Bergoglio, avait au mieux laissé faire.
(...)
«
Documents à l’appui, Horacio Verbitsky montre comment la hiérarchie catholique avait mis au point des canaux de communication pour "accompagner le processus de réorganisation nationale" avec la junte militaire, les généraux s’engageant à informer la commission épiscopale en cas d’arrestation de membres de l’Église. Aussi, pour le célèbre journaliste d’investigation marqué à gauche, il est impossible que Jorge Mario Bergoglio n’ai pas donné son feu vert à ces arrestations.»
Le père Bergoglio s’est-il débarrassé de prêtres subversifs ?
En Argentine, le rôle et l’attitude de celui qui fut Provincial de la Compagnie de Jésus à Buenos Aires pendant la "sale guerre" (1976-1983, 30 000 disparus, 1,5 million d'exilés) restent un sujet controversé.(...)
Le cardinal convoqué par la justice
Jorge Mario Bergoglio a répondu à maintes occasions à ces accusations. Notamment dans l'ouvrage "El Jesuita", paru en 2010, qui lui est consacré. Dans le chapitre portant sur l’affaire des deux jésuites arrêtés en 1976, il affirme qu’il a fait tout ce qu’il était possible à l’époque pour un responsable de son rang et de son âge (il avait alors 40 ans) pour sortir des griffes de la répression militaire Orlando Yorio et Francisco Jalics. "Je me souviens leur avoir dit de venir vivre à la résidence provinciale de la Compagnie. Mais ils sont restés dans leur quartier et ont été arrétés pendant une opération de ratissage", raconte l’ancien archevêque de Buenos Aires, qui ajoute être persuadé que les deux prêtres n’étaient pas impliqués dans des organisations terroristes d’extrême gauche mais "que les relations qu’ils entretenaient avec certains curés dans les bidonvilles les exposaient alors à la paranoïa des militaires et à la chasse aux sorcières".
(...)

De son côté, le site officiel des jésuites allemands a opportunément publié le témoignage d’un des deux missionnaires jésuites, Francisco Jalics, qui avait mis en cause le rôle du cardinal Bergoglio pendant la sale guerre (voir ci-dessous).


Ce dernier, retiré dans un monastère dans le sud de l’Allemagne depuis la fin des années 1970, affirme dans ce communiqué "être en paix" avec le nouveau pape. "Je ne peux me prononcer sur le rôle du père Bergoglio dans ces événements. J'ai quitté l'Argentine après notre libération. Plus tard, nous avons eu l'occasion de discuter des événements avec le père Bergoglio qui était entretemps devenu archevêque de Buenos Aires. Nous avons ensemble célébré une messe publique et nous nous sommes enlacés solennellement."
Communiqué du Père Jalics :

Erklärung von Pater Franz Jalics SJ

Traduction : Réverso, Google, corrigée par J.L. Dion

Déclaration du Père Franz SJ Jalics
J'ai vécu à Buenos Aires à partir de 1957. En 1974, poussé par le désir intérieur de vivre l'Évangile et la sensibilisation à la terrible pauvreté d'alors, et avec la permission de l'archevêque Aramburu et du Père Provincial, puis de Jorge Mario Bergoglio, j'ai partagé avec un camarade dans une «favela», bidonville de la ville. De là, nous avons continué notre enseignement à l'Université.Dans l'ancienne situation de guerre
civile, pendant une à deux années, environ 30.000 personnes des guérillas de gauche, ainsi que des civils innocents, ont été tués par la junte militaire. Nous en avons eu deux dans les bidonvilles. Nous n'avions pas de contact avec la junte ni avec la guérilla. Par le manque d'information et la désinformation délibérée de cette époque, notre position au sein de l'église était également équivoque. 
En ce moment, nous avons perdu le contact avec un de nos collaborateurs laïcs qui avait rejoint la guérilla. Neuf mois plus tard, il a été capturé par les soldats de la junte et interrogé. ils ont découvert qu'il avait été en contact avec nous. Soupçonnés de liens avec les guérilleros, nous avons été arrêtés. Après un interrogatoire de cinq jours, l'officier qui a mené l'enquête a déclaré en ces termes: « Pères, vous n'étiez pas à blâmer. Je ferai en sorte que vous puissiez retourner dans les bidonvilles.» Malgré cet engagement, d'une façon inexplicable nous avons été gardés pendant cinq mois les yeux bandés et menottées. Je ne peux pas commenter le rôle du P. Bergoglio dans ces évènements.

Après notre libération, j'ai quitté l'Argentine. Plusieurs année après, j'ai eu l'occasion de rencontrer le P. Bergoglio
pour discuter des événements qui avait entre-temps été nommé archevêque de Buenos Aires. Ensuite, nous avons célébré la messe en public et nous nous sommes embrassés solennellement. Je suis réconcilié avec les évènements et c'est à mon tour d'y mettre un point final.Je souhaite les bénédictions de Dieu au Pape François pour sa nomination.P. Franz Jalics SJ15 Mars 2013

Prison à vie pour un prêtre collaborateur de la dictature

RFI  -  par Monique Mas, Article publié le 10/10/2007

Le point de vue de la gauche anti-cléricale :

Bergoglio/François : pape des pauvres ou ami de la dictature

Archive pour implication Jorge Marion Bergoglio junte militaire argentine

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« On va toujours trop loin pour les gens qui vont nulle part »
Pierre Falardeau
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« Quand nous défendons le français chez nous,
ce sont toutes les langues du monde que nous défendons
contre l'hégémonie d'une seule. »
Pierre Bourgault
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« Aucun peuple digne de ce nom dans le monde
n'a jamais craché sur son indépendance.
   Le peuple québécois serait-il si différent des autres ?
   Son état de peuple annexé et soumis serait-il définitif ?»
Jean-Luc Dion
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lundi 11 mars 2013

LES ENJEUX DE L'HISTOIRE


Dans Le Devoir du 9 mars 2013

À lire attentivement pour connaitre les enjeus très sérieux qui sont en cause.


Revalorisation de
l’enseignement de l’histoire du Québec 

- Une action légitime, nécessaire et urgente

Composée de nombreuses associations œuvrant dans divers domaines, la Coalition pour l’histoire n’est pas un « clan », mais un regroupement sans affiliation politique d’hommes et de femmes soucieux du bien commun, qui croient à l’importance pour les jeunes Québécois d’avoir accès à un enseignement de l’histoire de qualité, particulièrement de l’histoire du Québec.
Les dizaines de milliers de Québécoises et de Québécois et les centaines de professeurs d’histoire qui sont membres de nos associations ne sont pas des comploteurs qui veulent « endoctriner les jeunes » au service d’une cause politique. Pas plus que les 6 300 signataires d’une pétition déposée à l’Assemblée nationale du Québec en février 2012 demandant au gouvernement de revaloriser l’enseignement de l’histoire du Québec. Pas plus que les 52 % de Québécois (59 % des francophones) qui, selon un sondage réalisé par Léger Marketing en mars 2012, se disent insatisfaits de l’enseignement de l’histoire du Québec dans le réseau scolaire.
Pas plus que les 50 personnalités, dont Claude Béland, Lucien Bouchard, Fernand Daoust, Rock Demers, René Derouin, Richard Desjardins, Joseph Facal, Denise Filiatrault, Micheline Lachance, Jean-Paul L’Allier, Bernard Landry, Alexis Martin, Jacques Parizeau, Pierre Karl Péladeau, Hélène Pelletier-Baillargeon, Yann Perreau, Denise Robert et Julie Snyder, qui ont lancé un appel public en ce sens en mai dernier.

Une préoccupation légitime

L’exigence touchant la revalorisation de l’enseignement de l’histoire, particulièrement de l’histoire du Québec, dans notre système d’éducation, ne tombe pas du ciel. Elle repose sur trois études rigoureuses, menées par la Coalition pour l’histoire entre 2010 et 2012, qui démontrent que cet enseignement souffre indéniablement de graves lacunes : insuffisance de la formation des futurs enseignants d’histoire au secondaire, effacement des événements majeurs et des figures marquantes de notre histoire nationale dans les programmes (de l’avis même de 63 % des enseignants d’histoire au secondaire), quasi-disparition de l’offre de cours en histoire du Québec au niveau collégial (moins de 5 % des étudiants suivent un cours d’histoire du Québec), histoire politique du Québec de plus en plus négligée dans l’enseignement et la recherche universitaire.
Au vu de cette réalité, n’est-il pas légitime de s’inquiéter quand on croit que l’enseignement de l’histoire, de l’histoire culturelle, économique et sociale, bien sûr, mais aussi et tout autant de l’histoire politique, est une condition de la vitalité démocratique d’une nation ? Il n’y a pas de honte à enseigner l’histoire de sa nation. Bien sûr de façon non partisane. Bien entendu en exposant les diverses interprétations. Évidemment en développant la pensée critique chez les jeunes.
Sans connaissance adéquate de notre histoire nationale, de notre héritage collectif, comment les jeunes générations peuvent-elles exercer en toute connaissance de cause leurs droits et devoirs de citoyens ? Comment les enfants des nouveaux arrivants peuvent-ils s’intégrer pleinement à leur société d’accueil ?

Une action nécessaire et urgente

Dans son programme adopté à son congrès de 2011, le Parti québécois a repris à son compte les principales propositions de la Coalition pour l’histoire. Nous aurions souhaité que tous les partis en fassent autant. La première ministre, Mme Pauline Marois, s’est engagée publiquement, avant, pendant et après la dernière campagne électorale, à agir pour revaloriser l’enseignement de l’histoire du Québec dans nos écoles, cégeps et universités. Six mois après son élection, n’est-il pas temps que le nouveau gouvernement, manifestant une volonté et un courage politiques assumés, pose des gestes concrets pour atteindre cet objectif dans les meilleurs délais ?
S’agissant du programme au secondaire, il faut réparer le gâchis du programme de 2006 qui avait été énormément critiqué.
Critiqué pour sa structure : rappelons que pour un même contenu, le cours de 3e secondaire est chronologique alors que celui de 4e secondaire est thématique, ce qui donne lieu à de nombreuses redites et répétitions dont se plaignent les enseignants et les élèves. Nous croyons qu’il faudrait rétablir la structure chronologique et ainsi approfondir les contenus.
Critiqué aussi pour son contenu, qualifié par plusieurs d’« histoire javellisée » : des événements aussi fondamentaux que la fondation de la Nouvelle-France, la Conquête, les Rébellions, les conscriptions, la Révolution tranquille, les référendums sur l’avenir politique du Québec étaient soit minimisés, soit dépouillés de leur sens politique.
Nous comprenons tout à fait qu’une réforme du programme d’histoire au secondaire ne peut être concoctée sur un coin de table ou en catimini. C’est un dossier sensible, qui nécessite de larges consultations. Mais les objectifs du présent gouvernement doivent être clairs et précis. S’il souhaite que les grands événements de notre histoire politique soient mieux enseignés, le gouvernement doit agir en conséquence. Confier ce mandat à ceux qui ont été à l’origine du fiasco de 2006 ne nous mènera nulle part. La ministre ne doit pas perdre la maîtrise du processus, garder le cap sur les engagements de son parti et répondre ainsi aux attentes de la population.

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Éric Bédard, historien et professeur (TELUQ)
Robert Comeau, historien et porte-parole de la Coalition pour l’histoire
Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx
Gilles Laporte, historien et
                        président du Mouvement national des Québécoises et Québécois

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Voir aussi :

Enseignement de l’histoire : où est le problème?
Entrevue avec Éric Bédard

Mathieu Bock-Côté - 10 mars 2013

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