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lundi 6 avril 2009

Le Bulletin de la République - 14/10/2006

« LE BULLETIN DE LA RÉPUBLIQUE »
Voir : Et le pillage de notre sous-sol ?...
« Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire,
c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant
qui passe et de ne pas faire écho
aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »
Jean JAURÈS, homme politique et humaniste français

CONTENU

«» L'heure du choix... (1 ) - R. Philpot. Sur un livre prémonitoire de Jane Jacobs, urbaniste
«» L'heure du choix... (2) - R. Philpot. Quand les prévisions de Jane Jacobs se réalisent

«» L'éolien ne sauvera pas les régions ! - L'aut'courriel, 11 octobre 2006
«» La crise du bois et le pillage des forêts - L'aut'courriel, 12 octobre 2006
«» Et le pillage de notre sous-sol ?
«» Les pensées du jour
«» Liens utiles
 NOTE : plusieurs liens sont malheureusement périmés...


L’heure du choix entre la souveraineté du Québec
ou le déclin de Montréal !
(1)

Robin Philpot
Le Devoir - jeudi 12 octobre 2006
Commentant le livre de Jane Jacobs sur la souveraineté du Québec, l’architecte Joseph Baker a écrit dans The Gazette le 22 mars 1980 : « Si j’étais René Lévesque, j’achèterais tous les exemplaires du livre de Jane Jacobs et je le distribuerais gratuitement à l’ouest du boulevard Saint-Laurent. Aussi, je le traduirais et je retirerais le livre blanc. » C’était deux mois avant le référendum de 1980.

En quoi la pensée de Jane Jacobs, grande urbaniste décédée en avril 2006, est-elle si originale qu’elle amena cet éminent citoyen originaire de Westmount et futur président de l’Ordre des architectes du Québec à faire une telle proposition ? Aussi, sa pensée et son oeuvre sont-elles encore d’actualité en 2006 ?


Dans The Question Of Separatism - Quebec And The Struggle Over Sovereignty Association, Mme Jacobs affirme que la prospérité et l’essor de Montréal passent nécessairement par la souveraineté du Québec. Sans cette souveraineté politique, Montréal perdrait son rôle de métropole et serait appelé à devenir un satellite de Toronto, son économie étant inféodée à celle d’une « métropole canadienne ». Tout le Québec en serait perdant. Montréal jouerait le même rôle par rapport à Toronto que Lyon pour Paris, Glasgow pour Londres, Melbourne pour Sydney, bref, une ville qui reçoit la portion congrue que veut bien lui accorder la grande ville métropolitaine.
(...)
« Les Québécois semblent ignorer la nature du problème qui s’annonce et, compte tenu des idées reçues à ce sujet, il est possible qu’ils ne parviennent pas à la saisir. Toutefois, ils s’apercevront d’une chose : tout ne tourne pas rond.
« C’est pour cela que la question de la souveraineté ne s’évaporera pas de sitôt. [...] On peut s’attendre à ce que cette question revienne constamment au cours des prochaines années jusqu’au moment où elle sera réglée, soit lorsque le Canada aura accepté que le Québec devienne souverain ou lorsque les Québécois auront accepté le déclin de Montréal, en s’y résignant et en en acceptant les conséquences. »
Lire l'article complet : clic


Le Québec à l’heure du choix
- Quand les prévisions de Jane Jacobs se réalisent
(2)

Mirabel et la saga des aéroports de Montréal donnent sans doute l’image la plus saisissante de la régionalisation de Montréal et de son inféodation à Toronto.

Robin Philpot
Le Devoir - vendredi 13 octobre 2006
« À la fin des années 60, Pierre Trudeau a annoncé que Montréal serait « la porte d’entrée du trafic aérien au Canada et géant du transport à 60 minutes de vol de New York, trois heures de Nassau, six heures de Paris, Bruxelles ou Madrid ». Or, à la suite de décisions politiques du transporteur « national », avalisées par le gouvernement du Canada, Toronto, dont l’aéroport s’appelle Pearson, est devenu cette « porte d’entrée » tant vantée, et Montréal, dont l’aéroport s’appelle Trudeau — juste retour des choses —, est totalement insignifiant pour le transport aérien, n’étant qu’un satellite desservant la « métropole canadienne ».

Image saisissante, mais elle est aussi la pointe d’un iceberg. La liste des domaines où Montréal et tout le Québec doivent se plier aux impératifs et aux besoins de la métropole canadienne est longue et troublante. Elle va de la fuite des sièges sociaux au cinéma et à la culture en passant par la Bourse et les marchés financiers, les sciences biomédicales, l’énergie, l’agroalimentaire et autres
(...)
Quatre ans après le référendum de 1995, Montréal perd presque entièrement sa place boursière au nom d’une réorganisation qui lui laisse toutefois l’exclusivité des produits dérivés pendant dix ans. Six ans plus tard, vu le succès de Montréal dans ce domaine, Toronto tente coûte que coûte de mettre la main sur ce domaine « exclusif » de Montréal tout en menaçant de se lancer dans les produits dérivés si les dirigeants de Montréal ne mordent pas à l’hameçon qui leur est tendu.
(...)
« Jane Jacobs a bien résumé le problème en 1980 : ou bien le Québec sera souverain, ou bien les Québécois doivent se résigner au déclin de Montréal et à ses conséquences. »
(...)
Lire cet article important à : clic



L'aut'courriel
n° 203, 11 octobre 2006

L’éolien ne sauvera pas les régions !

Par Roméo Bouchard
Au début des années 2000, beaucoup, particulièrement dans l’Est du Québec, voyaient dans l’éolien une planche de salut pour les régions périphériques qui subissent à répétition les effets du pillage des ressources qui étaient leur gagne-pain et leur raison d’être : la pêche, la forêt, l’agriculture, les mines, l’énergie.

Suite au colloque de Rimouski, qui réunissait les promoteurs privés, les ministères des ressources et des régions, les municipalités et les groupes de citoyens confrontés sans préparation et sans préavis aux appels d’offres d’Hydro-Québec, aux projets de promoteurs et aux tractations privées des prospecteurs de vent, il devient évident que la filière choisie par le Gouvernement ne laissera en région que des miettes sinon des dégâts: quelques emplois manufacturiers, quelques emplois de maintenance, des «compensations volontaires» équivalentes à 2% des revenus anticipés des promoteurs, des servitudes et obligations coûteuses à long terme pour les municipalités et les agriculteurs, une dégradation des paysages et de la qualité de vie qui hypothéqueront l’avenir des régions-hôtes.

Les seuls qui vont profiter de ce nouvel Eldorado, ce sont les grandes compagnies privées comme Inmergex, Sky Power, Boralex, Northland Power, Transcanada, etc.

Tout cela parce que, en dépit de l’acquis de la nationalisation de l’électricité, le gouvernement actuel a décidé de revenir, pour l’éolien, au même modèle qui a fait la ruine des régions dans la gestion de la forêt, des pêches, de l’agriculture et des mines, c’est-à-dire concéder la ressource à des compagnies privées qui en tirent le meilleur sans se soucier d’assurer leur pérennité et leur prolongement dans l’économie locale.

Des projets communautaires, comme ceux en formation à Amqui, Saint-Noël, au Témiscouata ou au Lac-Saint-Jean témoignent d’une résistance admirable des populations qui se voient dépouiller d’une des dernières ressources qui leur reste : le vent !

Mais leurs chances de gagner la course demeurent minces et limitées. Les ministères concernées acceptent à reculons de leur aménager un semblant de créneau dans la filière (250 MW), mais toutes les règles du jeu ont été conçues pour les promoteurs privés.

En plus d’avoir préféré le privé à Hydro-Québec, les ministères concernés, comme dans le cas de l’industrie porcine, ont laissé aux municipalités et MRC la responsabilité odieuse d’improviser en toute hâte, sans outils et sans moyens, l’encadrement indispensable des projets pour éviter des dommages irréparables dans le milieu.

Le ministre Corbeil refuse qu’on qualifie le développement éolien d’anarchique, mais les orientations fonctionnelles et les outils d’encadrement pour les municipalités et les citoyens ne sont pas encore disponibles et ne le seront que quelques semaines avant la fin des appels d’offres pour 2000 MW. On a tout fait pour que les promoteurs privés aient le champ libre le plus possible.

Une seule conclusion s’impose : il faut reprendre la contrôle de l’opération, la confier à Hydro-Québec avec le mandat d’en faire un levier économique pour les régions périphériques en difficulté, en partenariat avec les communautés régionales concernées.
Roméo Bouchard et l’auteur de « Y a-t-il un avenir des régions ? » (Écosociété)


L'aut'courriel n° 204, 12 octobre 2006
LE BOIS...

La crise résulte du pillage des forêts
par les compagnies

Par Roméo Bouchard
La crise de l’industrie forestière est catastrophique pour les régions-ressources où vivent plus d’un million de Québécois. La forêt, tout comme l’agriculture, la pêche, les mines, l’énergie, les sites naturels, est à la fois le gagne-pain et la raison d’être des 6 régions périphériques en décroissance désignées comme régions-ressources.

Les politiciens et les industriels s’évertuent à fournir des explications à la crise qui détournent l’attention de leur responsabilité fondamentale dans la crise :

- l’effondrement des prix en raison de la chute des mises en chantier

- la concurrence des Chinois

- les pertes dues au conflit du bois d’oeuvre

- la hausse du dollar canadien

- le taux supposément élevé des droits de coupe

- le coût élevé de la fibre ligneuse

- la baisse de la demande de papier journal

- le caractère temporaire de la crise (18-24 moisi)

Ces facteurs «conjoncturels» ont bien sûr tous une influence, mais la vraie cause de la crise, c’est le pillage systématique de la forêt qui a résulté de la concession de nos forêts à des compagnies qui les ont naturellement exploitées de façon à en tirer le maximum de profit sans se soucier vraiment de l’avenir de la ressource et des régions dont c’était le gagne-pain et la raison d’être.

Étrangement, on ne parle plus de Desjardins, qu’on a traité de fou pendant des années, mais à qui les événements donnent raison sur toute la ligne.

C’est un non-sens de confier la gestion de la forêt à des compagnies de papier et de sciage, comme nos gouvernements québécois l’ont fait. C’était évident qu’ils allaient l’exploiter essentiellement en fonction de leurs intérêts industriels et commerciaux.

Effectivement, ils ont écrémé et saccagé la forêt pour leurs seuls besoins immédiats . Ils manquent maintenant de bois et il leur coûte de plus en plus cher pour aller chercher le bois de mauvaise qualité qui reste, à des distances de plus en plus grandes. C’est la cause principale du «coût élevé et non concurrentiel de la fibre».

Ils n’ont pas davantage profité des années de vaches grasses pour prévoir l’évolution du marché et de la concurrence et pour s’y adapter. Irresponsabilité sur toute la ligne.

Cette crise, comme celle de la pêche dans l’Est, celle de l’agriculture qui fait rage également, celle des villes minières et celle qu’on est en train de préparer dans les développements énergétiques en région, met le doigt sur les dommages d’un modèle d’exploitation des ressources naturelles qui est à la base de la faillite des régions-ressources.

Certes le contexte de la mondialisation et l’absence de décentralisation n’aident pas, mais à la base, rien ne changera si on ne reprend pas le contrôle de l’exploitation de nos ressources naturelles et de l’approvisionnement des entreprises privées de transformation.

Il faut bien sûr des mesures d’urgence pour les travailleurs et les communautés affectées, mais ce n’est pas à l’État de payer pour une modernisation, une rationalisation et une diversification que l’industrie a négligé de faire pendant qu’elle se remplissait les poches, et de toutes façons, cette aide ne remettra pas des arbres dans les forêts dévastées ni des moulins dans les villages victimes de la rationalisation.

Ce qu’il faut, c’est modifier de fond en comble notre régime de gestion et d’exploitation de la forêt, reconstruire la forêt et reconstruire une économie forestière basée sur une exploitation durable, écosystémique et multifonctionnelle comme l’a proposé la Commission Coulombe.

Ce qu’il faut, c’est abolir le régime de concession forestière et bâtir une nouvelle gestion de la forêt et des industries qui en découlent, en partenariat avec les communautés régionales dont c’est le gagne-pain et la raison d’être et qui sont les premiers dépositaires de l’expertise en cause.
Roméo Bouchard est l’auteur de « Y a-t-il un avenir pour les régions ?» (Écosociété).

ET LE PILLAGE DE NOTRE SOUS-SOL ?
Dans quelques Bulletins précédents, on a évoqué la très importante question du régime minier qui nous laisse des miettes insignifiantes (détails plus bas) alors que de grands intérêts étrangers réalisent des profits astronomiques à partir de minerais souvent exportés à l'état brut pour être transformé ailleurs en métaux précieux comme le nickel, le cuivre, le cobalt, le platine, le paladium, etc. C'est le cas des mines extrêmement riches exploitées par Falconbridge au Nouveau-Québec.

Cette compagnie qui vient d'être achetée par la multinationale XStrata (une prise de contrôle de plus de 20 milliards de dollars) exploite au Nouveau-Québec, tout en haut de la péninsule d'Ungava (Nunavik), des mines qui figurent parmi les plus riches au monde, mais que pratiquement personne ne connaît au Québec. L'action de la compagnie Falconbridge est passée de 11,71$ à 37,80$ de septembre 2003 à février 2006 d'après le rapport annuel de la compagnie dont le revenu fut de 10 milliards de dollars en 2005, pour un revenu net de 872 millions de dollars (clic, clic).


Nous savons tous que la province d'Alberta non seulement n'a plus dette, mais qu'elle a maintenant des surplus annuels de
plusieurs milliards de dollars, essentiellement à cause des dividendes normaux produits par sa principale ressource naturelle, le pétrole. Mais les Albertains s'occupent de leurs affaires et ne se laissent pas « manger la laine sur le dos » comme nous...

Or, les principales ressources naturelles du Québec qui sont le bois, les minéraux et l'eau rapportent des montants tout à fait dérisoires par comparaison, du fait que notre comportement, plus exactement celui de notre gouvernement, est à l'opposé de celui des Albertains.

Sur le site internet du Gouvernement du Québec (clic), les renseignements sont bien minces sur nos ressources minières. On peut lire ces brefs paragraphes :
« Le Québec est remarquable par la richesse de son vaste territoire encore peu exploité. Il compte environ 30 mines, 158 entreprises d'exploration et une quinzaine d'industries de première transformation. Une trentaine de substances diverses y sont exploitées, dont les plus importantes sont l'or, le fer, le titane, l'amiante, le cuivre, le zinc et l'argent. À peine 40 % du potentiel minéral du sous-sol québécois est actuellement connu.
En 1999, la valeur des expéditions minérales du Québec a atteint quelque 3,6 milliards de dollars. On dénombre près de 18 000 emplois directs dans l'industrie minière, dont les investissements atteignent un milliard de dollars.
Au Québec, plus de 90 % du sous-sol est constitué de roches précambriennes, un ensemble géologique fort réputé pour ses gisements d'or, de fer, de cuivre et de nickel. Depuis qu'elle a pris son véritable essor en 1920, l'industrie minière québécoise a su maintenir une croissance continue.»
Mais il n'est pas facile de trouver des renseignements sur ce que nous rapportent ces « expéditions minérales »...

En faisant une recherche avec redevances et mines on peut trouver cet extrait révélateur de la réalité dans le Journal des débats de l'Assemblée Nationale du 11 février 1998 :
(...)
M. Gautrin:
: Merci, M. le Président. Alors, je comprends que, dans vos redevances, vous avez eu une grosse croissance dans les ressources forestières, vous en avez beaucoup, mais je vais parler des autres cas, si vous me permettez. Dans les ressources minières, si mes chiffres sont exacts, vous avez eu, en droits, 16 000 000 $ en 1996-1997 et vous avez eu une chute, dans les ressources minières prévues... pour 10 200 000 $. Est-ce que c'est exact?
(...)
M. Gautrin:
Donc, elles seraient à 13 700 000 $ (en 1997-1998) comparé à 16 000 000 $ (en 1996-1997)...
M. Boutin (Raymond): D'accord.
Commentaire : On peut penser que ces chiffres tout à fait ridicules reflètent toujours la réalité actuelle... De plus, ces quelques petits millions sont loin de payer pour tous les services fournis par nos ministères à l'industrie minière. Par exemple, en 1997, d'après cette même édition du Journal des débats, le Centre de recherches minérales du Québec dépensait à lui seul 10 millions de dollars pour venir en aide à cette pauvre industrie minière étrangère...

Et pourtant, cette situation typiquement coloniale laisse à peu près tout le monde indifférent !!!

Quand on parle de cette situation aberrante à la plupart des gens, même instruits, on recueille le plus souvent le silence et un regard vide... Beaucoup trop dérangeant !

Il est grand temps que notre nouveau chef de l'Opposition officielle dise autre chose que des banalités et formule de grands projets pour Québec de demain, des projets solides qui vont rallier une solide majorité, des projets réalisables seulement si le Québec dispose de TOUS les outils requis qui sont détenus par un État indépendant. Ces projets sont conformes à la plupart des articles du programme du Parti Québécois et il importe de les étoffer, non de les écarter comme on peut le craindre... On ne peut plus se permettre de gérer une « province » dans le misérabilisme et le « quémandage ». Il faut de l'audace, toujours de l'audace, et beaucoup de travail !

Sans de tels projets de ré-appropriation et de développement le Québec n'ira nulle part. C'est assez évident.


Les pensées du jour

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« Chi pecora si fa, il lupo se la mangia. »
[ Qui se fait mouton, le loup le mange. ]
o--- Antonio VIGNALI, 1557
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Le pouvoir « canadian » marque fortement
son occupation du territoire québécois,
particulièrement dans notre capitale
en encerclant les lieux du pouvoir québécois
par un barrage de drapeaux rouges insolents.
De la Gare du Palais aux Plaines d'Abraham
en passant par toutes les installations du port
qui enserrent le lieu même de naissance du pays québécois.
La terrasse du Château et les lieux avoisinants en sont couverts.
Le tout surplombé par le grand « red maple » dominant la Citadelle.
Oui! Quiconque observe cela du Grand Fleuve ne peut que
conclure à l'occupation du pays québécois par d'autres...»


o--- Un Québécois anonyme


« On ne paie jamais trop cher le privilège
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jeudi 5 mars 2009

LE HUITIÈME JOUR DE LA CRÉATION


CONFÉRENCE
La Quinzaine Est-Ouest

Sur le livre de Jacques Neirynck :
« Le huitième jour de la création »

Une dénonciation de l’illusion technique par un scientifique
Entropologie
Par Jean-Luc Dion, ing., D. Sc.

Le 24 novembre 2008
Introduction
    Dans Le Devoir de la semaine dernière et ailleurs, on pouvait lire qu’un nouveau rapport des Nations Unies révélait que les émissions de gaz à effet de serre continuent de croitre : une croissance de 2,3% entre 2000 et 2006 [1]. Quelques jours plus tôt, un article de Louis-Gilles Francoeur nous apprenait que l’atrazine, un pesticide utilisé abondamment par les cultivateurs surtout dans la culture du maïs était responsable de graves dégénérescences chez les amphibiens (grenouilles et crapauds…). Cette espèce compte parmi les 16 000 espèces menacées connues [2]. On sait aussi d’après l’OCDE que « le golfe du Mexique comporte désormais une zone morte qui pourrait par moments atteindre 22 000 km2. L’infiltration d’engrais agricoles (de tout le centre des États-Unis), ensuite transportés jusque dans le golfe par des cours d’eau comme le Mississippi, est à l’origine de cette zone hypoxique (déficitaire en oxygène) » [3]. C’est sans parler de l’immense nuage brun toxique qui recouvre une grande partie de la Terre ! Sans oublier la fonte des glaciers et l’élévation du niveau de la mer qui inonde graduellement de vastes territoires habités par des millions de personnes.
    Des nouvelles comme celles-là, il y en a à profusion depuis des dizaines d’années et la situation ne cesse de s’aggraver. Pourtant, les moyens mis en œuvre pour contrôler ces catastrophes sont tout à fait dérisoires et plusieurs grands pays font tout pour les empêcher. Pourtant, il n’a fallu que quelques jours à ces mêmes gouvernements pour dégager des centaines de milliards de dollars pour venir en aide aux financiers avides et irresponsables qui sont à l’origine de la situation économique désastreuse dans une foule de pays.
Zones mortes du golfe du Mexique (en rouge)

Les ordures deviennent un cauchemar…  
    Le livre de Jacques Neirynck traite du terrible mécanisme qui a été mis en marche avec l’apparition de l’ère technique au 18e siècle, un mécanisme dont on a apparemment perdu le contrôle et qui nous entraîne rapidement vers des crises majeures à répétition et peut-être la disparition d’une grande partie de la vie sur Terre, sinon toute.

Sur l’auteur


« De la science à la politique, de la littérature aux arts, le professeur Jacques Neirynck est au cœur de toutes ces disciplines. Particulièrement engagé pour la cause de la formation et de la recherche… »
Presses polytechniques et universitaires romandes,
Lausanne, Suisse, 2005, ISBN 2-88074-633-7
Jacques Neirynck est né à Bruxelles en 1931. Suite à l'obtention de son diplôme d'ingénieur électricien à l'université de Louvain, de 1954 jusqu'à 1963, il enseigne à l'université de Kinshasa au Zaïre. En parallèle, il prépare une thèse de doctorat à Louvain, où il obtient le titre de Docteur en sciences appliquées en 1958.
De 1963 à 1972 il travaille dans la recherche chez Philips à Bruxelles. En 1972 il est nommé professeur en circuits et systèmes à l'EPFL. En 1982 M. Neirynck est élu « Fellow of the Institute of Electrical and Electronics Engineers ». Il été un des fondateurs d'Eurécom, en 1991, une « joint venture » entre la Suisse et la France en recherche et enseignement en systèmes de communication, située à Sophia Antipolis.
En parallèle, il a été un pionnier du mouvement consumériste en Europe, tant dans la presse spécialisée qu'à la radio ou à la télévision, notamment à la TSR. Il publia deux livres phares à ce sujet: « Le Consommateur piégé » en 1973 et « Le Consommateur averti » en 1979.
Il s'est engagé également sur le plan politique: il fut conseiller national de 1999 à 2003 (Suisse), même doyen d'âge, lors de l'ouverture de la première séance de la législature. Comme conseiller national il s'est tout particulièrement investi en faveur de la formation et de la recherche.
Il est l'auteur d'une centaine de publications scientifiques dont quatre ouvrages traduits en plusieurs langues. De plus, il assume la direction du « Traité d'électricité ».
Écrivain, il est auteur de plusieurs romansLe manuscrit du Saint-Sépulcre », « L'ange dans le placard », « La prophétie du Vatican ») et de livres de vulgarisation comme « Première épître aux techniciens » et « Le huitième jour de la création ». Il porte le sous-titre « Un mode d'emploi pour la technique ». [4]

Une citation de Claude Lévi-Strauss

Au début du livre, Neirynck place cette citation très pertinente du grand anthropologue Claude Lévi-Strauss, membre de l’Académie française né en 1908.
« Le monde a commencé sans l'homme, et il s'achèvera sans lui... Il apparaît lui-même comme une machine, peut-être plus perfectionnée que les autres, travaillant à la désagrégation d'un ordre originel et précipitant une matière puissamment organisée vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour définitive. Depuis qu'il a commencé à respirer et à se nourrir jusqu'à l'invention des engins atomiques et thermonucléaires, en passant par la découverte du feu - et sauf quand il se reproduit lui-même – L’homme n'a rien fait d'autre qu'allègrement dissocier des milliards de structures pour les réduire à un état où elles ne sont plus susceptibles d'intégration ... »
En somme, c’est ce que développe brillamment Neirynck, l’homme et tous les êtres vivants témoignent de l’extraordinaire capacité de la VIE et de l’INTELLIGENCE d’organiser la matière mais, en même temps, l’homme, par sa capacité d’organiser et de modifier son milieu, est en train de le détruire. Il y a là un problème fondamental qu’on ne semble pas près de résoudre, mais qu’il est devenu absolument urgent de solutionner…

Sur la préface de Jacques Ellul

L’auteur a eu la bonne idée de demander au polyvalent Jacques Ellul [5] d’écrire la préface de son livre.

Jacques Ellul, sociologue français (1912-1994)

« Le livre de Jacques Neirynck est un livre terrible. Il prend à bras le corps le nœud central de notre société, celui de la technoscience, et il l’examine avec rigueur et sans faiblesse. Il est parfaitement rigoureux, il avance dans une démonstration sans faille, on ne voit pas bien où pourrait se glisser une contestation. »

Il poursuit en disant que ce livre « n’est pas de l’ordre de la réflexion philosophique, car Jacques Neirynck n’aimerait pas les philosophes, qui feraient partie de ce qu’il appelle --la classe ou « caste » des bavards-- » [6]. Nous verrons que sa démonstration repose sur des réalités observables compréhensibles par tout être humain normal. Neirynck n’emploie pas de vocabulaire obscur et ne jongle pas avec les abstractions.
    Ellul met ce livre dans une classe à part parmi les livres sur la technique. Il en voit trois types : les livres « optimistes » qui écartent l’analyse critique et qui disent que la technique trouvera toujours des solutions à tous les problèmes dans une ère de croissance infinie : comme ceux de Alvin Toffler, Axel Kahn et autres. La seconde catégorie de livres sur la technique sont les études critiques sur divers types d’appareils de la société moderne (ordinateurs, téléviseurs…) dans le but principal de les améliorer : « Il faut supprimer les bavures ». Mais ils ne remettent pas en question les « avantages » de ces systèmes tout au contraire. D’après Ellul, il y a « … une troisième sorte de livres, rédigés par des scientifiques, qui cherchent à sortir de l’étroitesse de leur spécialité, et qui procèdent à une réflexion sur la technique, la science et leur rapport. Mais ce qu’ils veulent faire à ce moment, c’est une recherche philosophique. » La question qu’ils se posent est « Quelle philosophie, ou quelle éthique peut-on tirer de la ‘technoscience’? »
Jacques Ellul estime que « le livre de Jacques Neirynck est un livre rare, parce qu’il ne s’inscrit dans aucun des courants généraux de notre époque. C’est la réflexion d’un scientifique sur les probabilités d’évolution d’une société dominée, informée par la technique. Il ne cède jamais à la généralisation indue, il avance avec une méthode rigoureuse et ne se donne aucune facilité. » D’autres scientifiques ont lancé des avertissements sérieux sur les risques graves de l’évolution technique, mais aucun ne serait allé aussi loin que Neirynck dans la démonstration.
    De plus, l’auteur fait appel à une notion découlant de la 2e loi de la thermodynamique, l’entropie, une notion de physique qui mesure le désordre d’un « système » que des non scientifiques ont même appliquée à des phénomènes sociaux, souvent avec des résultats contestables. C’est un concept d’application délicate. Mais Neirynck l’applique admirablement au système « Terre » incluant tout ce qui vit. Ellul poursuit en écrivant : « … il découvre une sorte de permanence de croissance de l’entropie soit dans un système, soit dans l’ensemble. Dans un système social donné, il se peut qu’il y ait recommencement: «les institutions et les techniques de toute société humaine doivent permettre de répondre au défi résultant d’une pénurie qui surgit tôt ou tard par suite de la croissance inévitable de l’entropie». Arrivé au blocage, ou au désordre, il peut se produire dans un système social une sorte de saut qualitatif, dont le facteur déterminant sera une innovation technique apportant un nouvel ordre, et l’on recommence une histoire, à son tour vouée à l’entropie. Mais quand il y a une pareille résurgence, il faut se demander à quel prix elle a lieu: « on peut créer localement un système ordonné en accroissant l’entropie globale par dégradation de l’énergie... le processus créateur... n’est jamais que local, et correspond à une augmentation du désordre global. Ce désordre global ne fait jamais que croître. »
    L’auteur fait une analyse historique de la croissance de l’entropie ou du désordre. C’est ce que ses prédécesseurs n’ont pas fait en général. Selon lui, nous en sommes à la période décisive où l’augmentation de l’entropie, ou du désordre, causé par les humains ne peut plus avoir de compensation avec le mode de vie que nous connaissons et les méthodes appliquées jusqu’à maintenant. Il rappelle les innombrables échecs techniques du dernier quart de siècle que l’on s’empresse d’oublier. C’est un livre qui s’élève contre la culture de l’oubli qui fait partie de ce qu’il appelle « l’illusion technicienne »…
Finalement on y trouve quelques indications sur le type de civilisation à réaliser si l’Humanité veut survivre encore quelques milliers d’années. Et la clé en sera donnée plus loin…
Et pourquoi ce titre ? Parce que, en quelque sorte, toute l’évolution technique est le huitième jour de la création…
Notre modeste place dans l’Univers…
L’ouvrage est en trois parties
1. L'illusion technique
2. L'évolution technique
3. La création technique
    Avant de traiter de quelques points du livre, voyons brièvement quelques notions de base de la thermodynamique comme celles de chaleur, d’énergie, de travail, afin de dégager le plus simplement possible la notion d’entropie qui a une importance primordiale dans le livre de Neirynck. Il est important de se rappeler correctement ces notions pour bien apprécier cet ouvrage. J’essaierai ici de les décrire d’une façon aussi simple que possible et accessible à tous.

Notions de base de la thermodynamique

» Énergie : d’une façon générale, la capacité de faire un travail utile, de produire de la chaleur. Il y en a de nombreuses formes : mécanique, électromagnétique, nucléaire…
» Chaleur : la forme d’énergie la plus intuitive. Mais c’est aussi la forme d’énergie la plus dégradée.
» Travail : « On effectue un travail mécanique sur un objet lorsqu'on le déplace en lui appliquant une force. » Le moteur d’une voiture fait un travail mécanique pour la faire avancer, etc.
» Équivalence entre travail et chaleur : on sait qu’en poussant un objet sur une surface, celle-ci s’échauffe sous l’effet du frottement. Le travail fait sur l’objet en le déplaçant se transforme en chaleur (figure 1). Le travail est égal au produit (force x déplacement). On constate cet échauffement tout simplement en se frottant les mains ensemble.
Figure 1
Cette équivalence a été mesurée avec précision depuis longtemps. La méthode utilisée est illustrée dans la figure 2. Le travail fait sur un agitateur tournant dans un thermostat bien isolé provoque un dégagement de chaleur et une élévation de température mesurée.
L’équivalence mesurée est d’environ 4,18 joules/calorie.

Une calorie est la chaleur requise pour élever de 1 degré celsius la température de 1 gramme d’eau pure. D’autre part, pour élever de 1 mètre une masse de 1 kilogramme, il faut faire un travail d’environ 10 joules…


Figure 2
Le premier principe, ou première loi, de la thermodynamique est celui de la conservation de l’énergie, le classique « rien ne se perd, rien ne se crée ». Dans un système fermé l’énergie totale est constante. Il est illustré par la figure 3 où un piston peut glisser sans frottement dans un cylindre isolé où est allumé un combustible. La combustion dégage une chaleur Q qui échauffe le gaz. Celui-ci se dilate en poussant le piston qui fait alors un travail W. On constate que ce travail est toujours inférieur à l’énergie de combustion. La différence se trouve dans l’augmentation de l’énergie interne du gaz DU.


Figure 3
On peut alors écrire assez intuitivement :
Q = W + DU
» Notion de réversibilité : un système réversible peut reprendre son état initial après avoir subi des changements. La figure 4 montre un premier cas très simple, celui du ressort qu’on étire. Si on le relâche lentement après l’avoir étiré, il reprend sa position initiale. En pratique toutefois ce retour n’est pas parfait. La figure 5 montre un autre cas simple de quasi-réversibilité : un piston sans frottement comprime de l’air dans un cylindre « parfaitement isolé » et l’air s’échauffe. Si on laisse revenir lentement le piston, il reprendra pratiquement sa position initiale, et la température de l’air reviendra à sa valeur initiale à peu près. En pratique, aucun système n’est vraiment réversible…

Figure 4

Figure 5
» Notion d’irréversibilité : un système irréversible ne peut pas revenir à son état initial après avoir subi des changements. En pratique, du moins sur Terre, tout changement est irréversible. On peut illustrer ce fait inéluctable par des exemples très simples. Par exemple, Si on laisse tomber un caillou sur le sol, son énergie initiale se transforme en chaleur sous l’effet du choc, et on sait qu’il ne reviendra jamais à son point de départ de lui-même… C’est ainsi que l’érosion du sol est un phénomène irréversible : la Terre ne cesse jamais de se dégrader et les montagnes de s’aplanir… Un autre cas simple est illustré à la figure 6. Un réservoir supposé parfaitement isolé est séparé en deux parties par une membrane. À un instant initial, la partie de gauche contient de l’eau chaude à la température T1 et celle de droite de l’eau froide à la température T2. Dès cet instant, de la chaleur se transmet de gauche à droite; le compartiment de gauche se refroidit et celui de droite s’échauffe. Après un temps plus ou moins long, la température sera partout la même avec une valeur T3  comprise entre T1 et T2
Figure 6 

Nous savons bien par intuition, et par expérience, que le système ne reviendra jamais de lui-même à son état initial. Or, l’énergie totale du système n’a pas varié vu qu’il est fermé, bien isolé. Mais il s’est produit une dégradation de cette énergie qui se traduit par une augmentation du désordre. Physiquement, ce désordre se mesure par une grandeur appelée entropie : dans un tel système il se produit une augmentation de l’entropie au cours du temps, alors que l’énergie totale reste constante.
» L’entropie : physiquement, la variation d’entropie DS dans chaque partie du réservoir (1 et 2) dans un temps très court est définie comme le rapport de la chaleur échangée DQ sur la température :
Mais T1 diminue à T3, et T2 augmente à T3 . En faisant la somme des DS1 et DS2 de l’état initial à l’état final de température pendant un temps assez long, on trouve que la variation totale d’entropie DS = DS1 + DS2 est toujours supérieure à zéro
« Il y a toujours augmentation de l’entropie dans un système fermé »
Il est possible de revenir à l’état initial et faire diminuer l’entropie en ayant un mécanisme qui va prendre de l’énergie à l’extérieur et faire un travail sur le système qui va renvoyer de la chaleur à gauche : une thermopompe...
Mais, en faisant cela on fait augmenter l’entropie dans le système extérieur et l’entropie globale augmente. On n’en sort pas : dans un système fermé contenant des sous-systèmes, l’entropie totale de peut qu’augmenter ! C’est une fatalité…

Un aperçu du livre

Le livre compte 24 chapitres :
Première partie : L’illusion technique
La machine infernale.
L’illusion technique.
La loi de Kranzberg.
Deuxième partie : L’évolution technique
Entropie et entropologie.
Adam, casseur de cailloux.
Les systèmes techniques du Paléolithique.
La révolution néolithique et l’invention de la guerre.
Six inventions de l’État.
Le demi-miracle grec.
Le système technique des Romains – Un cas de pathologie entropologique.
L’invention de Dieu.
Les deux lignes de partage du Moyen âge.
La révolution scientifique – De la duplicité médiévale à la schizophrénie moderne.
La première révolution industrielle ou l’invention de l’usine.
La deuxième révolution industrielle ou l’invention de l’abondance.
La troisième révolution industrielle ou l’invention de l’inutile.
Troisième partie : La création technique
Le contrôle de l’évolution technique.
La revanche de Malthus.
La désacralisation de la science.
Les pénuries de la société d’abondance.
Un éloge de l’apprentissage.
L’inesthétique industrielle.
Le huitième jour de la création.
Le paradoxe de la technique.

Chapitre 1 : La machine infernale

Ce chapitre donne comme exemple du développement devenu incontrôlable de la technique, l’illusion technique, celui de l’énergie et des armes nucléaires. Ce sont des scientifiques et ingénieurs, souvent humanistes, tels que Becquerel, Pierre et Marie Curie, Niels Bohr, Paul Langevin, Heisenberg et bien d’autres qui en sont à l’origine. Mais bien vite, la « caste des bavards » a pris le contrôle de ces inventions, avec les résultats que nous constatons aujourd’hui : malgré les traités de non prolifération qui furent signés par les détenteurs d’armes nucléaires, il en existe assez pour détruire toute vie sur la surface de la Terre. Probablement de l’ordre de 16 000 mégatonnes de TNT en puissance destructive. Une bombe d’une mégatonne explosant à la verticale de l’île de Montréal tuerait instantanément la plupart des êtres vivants sur une surface comprise entre Repentigny, Vaudreuil, Saint-Jérôme et Beloeil.
Dans ce chapitre, il met particulièrement en évidence la nature totalement illusoire et paradoxale de la dissuasion nucléaire et ou de l’équilibre de la terreur.

Chapitre 2 : L’illusion technique

Essentiellement, dans ce chapitre, il donne plusieurs exemples de « l’illusion technique » qui domine le monde actuel, c’est-à-dire l’illusion que la science et les techniques telles qu’utilisées jusqu’à maintenant peuvent résoudre tous les problèmes de l’Humanité et de la Planète.
L’illusion de l’exploration spatiale et des voyages sur la Lune qui a englouti des sommes fabuleuses qui auraient pu servir plus efficacement à solutionner une foule de problèmes sur Terre, à commencer par celui du transport en commun aux É.U. et beaucoup d’autres plus pressants. Voici ma réflexion sur la question…
« Or, on sait que l'étoile la plus près de nous se trouve à environ 4 années-lumière (~4 x 1013 km). À vitesse constante de 50 000 km/h (5 x 104 km/h), il faudrait environ 87 000 années pour franchir cette distance ! Notons que cette vitesse est dérisoire comparée à la vitesse de la lumière dans le vide : 300 000 km/s = 1,08 x 109 km/h. Si le vaisseau spatial utilisé avait une masse modeste de 10 000 tonnes, il faudrait disposer d'une énergie minimale d'environ 2 x 1015 joules pour atteindre cette vitesse et ensuite freiner pour l'atterrissage : une énergie ÉNORME qui dépasse largement ce que les ressources terrestres peuvent fournir dans l'état actuel de nos connaissances… Et encore ! Cette étoile, Proxima Centauri, est relativement insignifiante parmi les étoiles de notre voisinage dans la Galaxie qui compte plusieurs milliards d'étoiles, et il n'y a aucune assurance qu'une éventuelle planète en orbite autour de cette étoile puisse avoir des conditions de vie humaines... Alors ! Que dire des voyages intergalactiques... » (J.L. Dion)
Que dire maintenant de l’illusion de la médecine technique qui fait augmenter sans limite les ressources financières consacrées à la santé sans vraiment rien régler du fait qu’on crée sans cesse le besoin de machines de plus en plus complexes et coûteuses. L’existence de ces machines fait que les médecins demandent de plus en plus d’examens, sans s’attarder à poser un diagnostic par une véritable communication avec le patient. Je le cite : « L’excès de moyens techniques dont disposent les médecins leur a permis de vaincre réellement quelques maladies infectieuses. Cette victoire partielle a créé le mythe dune médecine toute-puissante même à l’égard de maladies dégénératives ou à l’encontre de maladies d’origine sociale. Or, une grande partie des pathologies vient justement des contraintes imposées à l’humain par la société moderne. Dans ce dernier cas, la médecine joue le rôle d’un alibi qui dispense de s’attaquer au problème social. (…) En fait le malade peut souvent, au moins pendant les premières étapes de son mal, se soigner en changeant son mode de vie, pourvu que le médecin découvre l’origine du mal par un dialogue patient avec le malade, par une visite à domicile, par la connaissance du milieu familial. » Et il poursuit : « Toutes ces démarches de caractère humain sont écartées au bénéfice du rendement financier du cabiner médical, du service hospitalier, de l’assurance maladie, des firmes pharmaceutiques, de la consommation d’actes techniques de plus en plus nombreux. La médecine est mentalement malade de l’illusion technique ; les patients en sont physiquement malades… »
Plus loin il écrit encore : « L’illusion technique qui a sévi au 20e siècle (et qui se poursuit) prend donc le caractère d’un cyclone culturel, idéologique, voire religieux. Il n’est pas possible de lui opposer la réalité, la raison ou la science parce qu’elle feint d’être réaliste, rationnelle et scientifique. Le désir irrépressible des hommes pour le magique et le merveilleux s’est sournoisement infiltré dans cela même qui a pris la place de la magie traditionnelle… » Il fait un rapprochement avec des dogmes bien connus : « L’illusion technique s’est constitué en système dogmatique, tout comme jadis le marxisme politique et aujourd’hui le libéralisme. Aucun de ces modèles simplistes ne supporte la moindre critique ou la moindre objection qui est aussitôt rejetée comme irrationnelle… L’emploi du terme ‘scientifique’ a donc un caract`re purement formel, rituel et incantatoire. » Et c’est un scientifique qui écrit cela !

Chapitre 3 : La loi de Kranzberg

On dit souvent que la technique n’est ni bonne ni mauvaise, mais que c’est l’usage qu’on en fait qui l’est. « Face aux paradoxes de la technique, qui est à la fois bonne et mauvaise, positive et négative, nécessaire et nuisible, les productivistes et les objecteurs de croissance ne font rien d’autre que d’éliminer le paradoxe en négligeant la moitié de la réalité. Les premiers disent que la technique est bonne parce que cela justifie leurs actes ; les seconds prétendent que la technique est mauvaise mais ils n’agissent pas en conséquence… Melvin Kranzberg a mis tous ces avis dans le même panier en formulant sa loi : - La technique n’est ni positive, ni négative, ni neutre-… »
Dans ce chapitre il souligne le fait important que ce ne sont pas les scientifiques et les ingénieurs qui sont au pouvoir et qui décident de l’usage de techniques souvent néfastes. Je cite : « Le jugement de valeur est réservé aujourd’hui à une autre caste, celle de la parole, composée de tous ceux qui prennent la parole, le pouvoir de la parole et le pouvoir tout court: politiciens, dirigeants d’entreprises, dignitaires ecclésiastiques, syndicalistes, écrivains, journalistes, professeurs, avocats (sans parler du terrible pouvoir financier dont on voit les ravages dans le moment…) Il est remarquable que les acteurs principaux de la Seconde Guerre mondiale aient été presque tous des orateurs consommés : Churchill, Roosevelt, Hitler, Mussolini… »
Il traite de la dichotomie du pouvoir : « La dichotomie entre le pouvoir de fait des techniciens et le pouvoir institutionnel des bavards a quelque chose de rassurant pour l’opinion publique. Si les techniciens combinaient le pouvoir sur la matière, celui de l’argent et celui du droit, ils seraient en situation de dictature. Le politicien incompétent, le syndicaliste verbeux et l’écrivain décadent représentent bien mieux la majorité silencieuse que le mathématicien rigoureux ou l’ingénieur austère… Il n’en reste pas moins qu’il est paradoxal de confier des décisions majeures à des hommes qui n’en comprennent pas toute la portée… Bien sûr, cette magie est entourée d’un certain rituel qui la fonde et la conforte : le chef du gouvernement endosse parfois une salopette et coiffe un casque métallique pour visite un chantier au milieu d’une cohorte de courtisans ; sa présence charismatique bouleverse la nature des choses… » et, avec une ironie certaine, il ajoute : « son regard perçant découvre en une heure les solutions qui ont échappé aux ingénieurs durant une vie… »

Chapitre 4 : Entropie et entropologie

Dans ce chapitre il rappelle que l’énergie contenue dans l’Univers est une constante : c’est le premier principe de la thermodynamique comme nous l’avons vu. Ensuite, l’entropie de l’Univers croît continuellement. Il souligne que le temps que nous percevons comme une grandeur irréversible, est le concept qui représente le plus intuitivement cette dégradation continuelle de la qualité de l’énergie : le vase qui s’est brisé ne se recollera pas spontanément… »
Il démontre aussi simplement comment divers systèmes que nous utilisons comme les centrales produisant de l’énergie électrique, les usines métallurgiques et autres dégradent irréversiblement l’énergie, avec des effets secondaires sur la Nature qui sont désastreux.
Neirynck nous amène aussi à constater que : « Il est impossible de nettoyer quelque chose sans salir autre chose… » ; et le corollaire : « Il est possible de tout salir sans rien nettoyer » ! Un exemple très simple en est le lavage de la vaisselle : l’eau de lavage propage la pollution à moins d’être traité dans une station d’épuration qui ne fait que réduire la pollution dans une certaine mesure. Et c’est l’exemple le moins calamiteux…
Dans ce chapitre, il traite aussi de la vie comme d’une exception locale à la croissance de l’entropie : « Il est clair qu’un embryon, puis un bébé, construit un système incroyablement compliqué, hautement ordonné. Mais il ne peut réussir qu’en absorbant continuellement de la nourriture et en produisant des déchets. De même, une blessure qui n’est pas trop grave se guérit spontanément : le système biologique comble la fissure de la peau en produisant de nouvelles cellules, mais il ne peut le faire qu’au détriment de ressources en nourriture, c’est-à-dire en énergie libre… »
Dans les chapitres suivants de la 2e partie, il traite de la place de l’Humanité dans l’Univers et de son évolution, de l’interaction forte entre la culture et la technique. « Il n’est pas possible d’avoir une relation saine avec la technique si on ne comprend pas qu’elle est matériellement extérieure à l’homme et qu’elle a cependant façonné son corps et son esprit, si tant est que l’on puisse distinguer l’un de l’autre. Ce mécanisme complexe, qui nous a engendrés, continue de nous transformer sans que nous fassions jusqu’à présent quoi que ce soit pour le contrôler. Ce mécanisme complexe dépend d’un principe simple, la croissance de l’entropie, qui en fournit une explication globale. »
Au chapitre 11 sur « l’invention de Dieu », où l’on trouve la justification du titre du livre, Neirynck souligne les particularités du judaïsme et du christianisme en notant particulièrement que « Le christianisme est une religion de salut qui abolit la mort… »
Au chapitre 14, la première Révolution industrielle est décrite comme une mutation phénoménale. Il explique la raison de son apparition en Occident plutôt qu’ailleurs. Il décrit les blocages qui ont empêché son apparition en Chine et dans les pays islamiques. Les humains commencent à utiliser de plus en plus rapidement leur capital en ressources non renouvelables : charbon et minerais.
De 1850 à 1940, c’est la 2e révolution industrielle qui crée l’abondance. Neirynck montre dans le chapitre 15 comment la succession des inventions a permis une nouvelle croissance énorme de consommation de l’énergie qui a créé l’abondance dans les sociétés maitrisant la technique. Mais, tout cela évidemment accompagné d’une dilapidation sans précédent de ressources non renouvelables, particulièrement le pétrole et d’une croissance non moins énorme de l’entropie, ainsi que du désordre général.
Au chapitre 16, c’est la troisième révolution industrielle ou l’invention de l’inutile. Nous sommes en plein dedans… Tout s’accélère ; le gaspillage est généralisé ; les écarts entre riches et pauvres s’accentuent et des milliards d’êtres humains manquent de l’essentiel, particulièrement d’eau potable, malgré le progrès technique. Il écrit : « À l’horizon de 2020 se profile la prochaine ligne de partage, la pénurie physique de pétrole et le défi de la survie d’un système technique, atteint d’une véritable boulimie d’énergie. »

Chapitre 17 et suivants : Le contrôle de l’évolution technique

Au chapitre 17, l’auteur décrit l’évolution technique des sociétés et les lignes de partage ou de blocage rencontrées par la figure ci-dessous qui représente une île (la Terre) où arrivent des naufragés (figure 7). Ils débarquent sur une plage et un territoire où l’abondance extraordinaire des ressources leur permet de mener une vie relativement facile sans rien inventer sinon quelques outils primitifs : c’est le paléolithique inférieur… Graduellement, la population augmente, les ressources se raréfient et on se déplace toujours plus loin sur l’île en épuisant les ressources. 
Or, après quelques milliers d’années sans rien inventer, la vie devient plus difficile et la situation critique force l’invention : c’est une première ligne de partage. La nécessité permet une évolution relativement rapide des techniques et de la culture : c’est l’Empire romain qui a été traité au chapitre 10. Or, « L’Empire n’était qu’une immense machine à nourrir la ville. Pour faire fonctionner cette machine, il fallait des fonctionnaires, des marins et des soldats, qui devaient eux aussi se nourrir aux dépens de l’Empire. Cette énorme machine administrative fonctionnait avec le rendement décroissant dans le temps qui est de règle… Dans ce système, où le parasitisme constitue la seule forme de promotion sociale, les charges fiscales ne cessèrent d’augmenter pour atteindre 100% à la fin de l’Empire…avec des mesures les plus extrêmes pour collecter les impôts : confiscation, torture, etc. »
On connaît la relative stagnation qui a fait suite pendant plus d’un millénaire en passant par le Moyen Âge. 
C’est la nécessité et les pénuries, encore une fois, qui furent à l’origine d’un nouveau déblocage : la première révolution industrielle au 18e siècle.
Présentement, nous sommes dans le 3e système industriel et nous arrivons à une nouvelle ligne de partage qui s’annonce terriblement difficile à franchir pour diverses raisons, autant matérielles que morales. Les naufragés de Neirynck, après avoir franchi douloureusement la dernière ligne de partage se sont aperçu que de l’autre côté était leur première territoire, entièrement dévasté…
Figure 7

Conclusion

Comme les naufragés de « l’île de l’évolution » de Neirynck, franchirons-nous la ligne de partage pour nous apercevoir que le monde est devenu invivable par notre faute ?
« Nous sommes engagés dans une impasse évolutive, symbolisée par le slogan politique de la «condamnation à la croissance». Un tel système ne peut finir que par s'effondrer sur une planète aux ressources limitées, tout comme l'Empire romain s'est écroulé après avoir gâché toutes les ressources de la Méditerranée. Mais il y a une différence: notre système englobe toute la planète et il n'est pas possible après son écroulement de recommencer un Moyen Âge ailleurs puisqu'il n'y a plus d'ailleurs, puisque nous sommes maintenant dans un système fermé. »
Y a-t-il une solution ? Oui, on peut prolonger la survie de la vie sur Terre, mais au prix d’une réforme radicale de la façon de penser et d’agir. L’auteur en donne quelques indications au chapitre 17 :
« Éviter la croissance désordonnée de l’entropie peut se faire, en visant deux objectifs :
· « N’utiliser comme énergie que le flux solaire incident. Le capital d’énergie sous forme de charbon, de pétrole et ou de matériaux fissiles doit en principe être réservé à la construction d’installations destinées à capter le flux solaire.
· N’utiliser les matières premières qu’avec la plus extrême parcimonie. Il faut recourir au recyclage systématique des matériaux rares comme les métaux, et à leur substitution par des matériaux plus abondants et plus élaborés, comme les céramiques. »
Mais, saurons-nous suivre ces conseils ? Voilà la question !...
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[1] Le Devoir, 18 novembre 2008, p. A3.
[2] Le Devoir, 7 novembre 2008, p. B5.
[3] L'Observateur OCDE
[4] Source : http://adele.epfl.ch/page59941.html
[5] Jacques Ellul (1912 - 1994) est un professeur d'histoire du droit, penseur, historien, théologien protestant et sociologue français. Il est, aux côtés de Jürgen Habermas et Martin Heidegger, un des principaux penseurs du phénomène technique au XXe siècle.
[6] À la page 31 du livre, Neirynck écrit : « Le jugement de valeur est réservé aujourd’hui à une autre caste, celle de la parole, composée de tous ceux qui prennent la parole, le pouvoir de la parole et le pouvoir tout court : politiciens, dirigeants d’entreprises, dignitaires ecclésiastiques, syndicalistes, écrivains, journalistes, professeurs, avocats. Il est remarquable que les acteurs principaux de la Seconde Guerre mondiale aient été presque tous des orateurs consommés… » Ce terme de « caste des bavards » revient dans quelques passages du livre.
Révision terminée le 11 décembre 2008
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