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jeudi 5 mars 2009

LE HUITIÈME JOUR DE LA CRÉATION


CONFÉRENCE
La Quinzaine Est-Ouest

Sur le livre de Jacques Neirynck :
« Le huitième jour de la création »

Une dénonciation de l’illusion technique par un scientifique
Entropologie
Par Jean-Luc Dion, ing., D. Sc.

Le 24 novembre 2008
Introduction
    Dans Le Devoir de la semaine dernière et ailleurs, on pouvait lire qu’un nouveau rapport des Nations Unies révélait que les émissions de gaz à effet de serre continuent de croitre : une croissance de 2,3% entre 2000 et 2006 [1]. Quelques jours plus tôt, un article de Louis-Gilles Francoeur nous apprenait que l’atrazine, un pesticide utilisé abondamment par les cultivateurs surtout dans la culture du maïs était responsable de graves dégénérescences chez les amphibiens (grenouilles et crapauds…). Cette espèce compte parmi les 16 000 espèces menacées connues [2]. On sait aussi d’après l’OCDE que « le golfe du Mexique comporte désormais une zone morte qui pourrait par moments atteindre 22 000 km2. L’infiltration d’engrais agricoles (de tout le centre des États-Unis), ensuite transportés jusque dans le golfe par des cours d’eau comme le Mississippi, est à l’origine de cette zone hypoxique (déficitaire en oxygène) » [3]. C’est sans parler de l’immense nuage brun toxique qui recouvre une grande partie de la Terre ! Sans oublier la fonte des glaciers et l’élévation du niveau de la mer qui inonde graduellement de vastes territoires habités par des millions de personnes.
    Des nouvelles comme celles-là, il y en a à profusion depuis des dizaines d’années et la situation ne cesse de s’aggraver. Pourtant, les moyens mis en œuvre pour contrôler ces catastrophes sont tout à fait dérisoires et plusieurs grands pays font tout pour les empêcher. Pourtant, il n’a fallu que quelques jours à ces mêmes gouvernements pour dégager des centaines de milliards de dollars pour venir en aide aux financiers avides et irresponsables qui sont à l’origine de la situation économique désastreuse dans une foule de pays.
Zones mortes du golfe du Mexique (en rouge)

Les ordures deviennent un cauchemar…  
    Le livre de Jacques Neirynck traite du terrible mécanisme qui a été mis en marche avec l’apparition de l’ère technique au 18e siècle, un mécanisme dont on a apparemment perdu le contrôle et qui nous entraîne rapidement vers des crises majeures à répétition et peut-être la disparition d’une grande partie de la vie sur Terre, sinon toute.

Sur l’auteur


« De la science à la politique, de la littérature aux arts, le professeur Jacques Neirynck est au cœur de toutes ces disciplines. Particulièrement engagé pour la cause de la formation et de la recherche… »
Presses polytechniques et universitaires romandes,
Lausanne, Suisse, 2005, ISBN 2-88074-633-7
Jacques Neirynck est né à Bruxelles en 1931. Suite à l'obtention de son diplôme d'ingénieur électricien à l'université de Louvain, de 1954 jusqu'à 1963, il enseigne à l'université de Kinshasa au Zaïre. En parallèle, il prépare une thèse de doctorat à Louvain, où il obtient le titre de Docteur en sciences appliquées en 1958.
De 1963 à 1972 il travaille dans la recherche chez Philips à Bruxelles. En 1972 il est nommé professeur en circuits et systèmes à l'EPFL. En 1982 M. Neirynck est élu « Fellow of the Institute of Electrical and Electronics Engineers ». Il été un des fondateurs d'Eurécom, en 1991, une « joint venture » entre la Suisse et la France en recherche et enseignement en systèmes de communication, située à Sophia Antipolis.
En parallèle, il a été un pionnier du mouvement consumériste en Europe, tant dans la presse spécialisée qu'à la radio ou à la télévision, notamment à la TSR. Il publia deux livres phares à ce sujet: « Le Consommateur piégé » en 1973 et « Le Consommateur averti » en 1979.
Il s'est engagé également sur le plan politique: il fut conseiller national de 1999 à 2003 (Suisse), même doyen d'âge, lors de l'ouverture de la première séance de la législature. Comme conseiller national il s'est tout particulièrement investi en faveur de la formation et de la recherche.
Il est l'auteur d'une centaine de publications scientifiques dont quatre ouvrages traduits en plusieurs langues. De plus, il assume la direction du « Traité d'électricité ».
Écrivain, il est auteur de plusieurs romans (« Le manuscrit du Saint-Sépulcre », « L'ange dans le placard », « La prophétie du Vatican ») et de livres de vulgarisation comme « Première épître aux techniciens » et « Le huitième jour de la création ». Il porte le sous-titre « Un mode d'emploi pour la technique ». [4]

Une citation de Claude Lévi-Strauss

Au début du livre, Neirynck place cette citation très pertinente du grand anthropologue Claude Lévi-Strauss, membre de l’Académie française né en 1908.
« Le monde a commencé sans l'homme, et il s'achèvera sans lui... Il apparaît lui-même comme une machine, peut-être plus perfectionnée que les autres, travaillant à la désagrégation d'un ordre originel et précipitant une matière puissamment organisée vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour définitive. Depuis qu'il a commencé à respirer et à se nourrir jusqu'à l'invention des engins atomiques et thermonucléaires, en passant par la découverte du feu - et sauf quand il se reproduit lui-même – L’homme n'a rien fait d'autre qu'allègrement dissocier des milliards de structures pour les réduire à un état où elles ne sont plus susceptibles d'intégration ... »
En somme, c’est ce que développe brillamment Neirynck, l’homme et tous les êtres vivants témoignent de l’extraordinaire capacité de la VIE et de l’INTELLIGENCE d’organiser la matière mais, en même temps, l’homme, par sa capacité d’organiser et de modifier son milieu, est en train de le détruire. Il y a là un problème fondamental qu’on ne semble pas près de résoudre, mais qu’il est devenu absolument urgent de solutionner…

Sur la préface de Jacques Ellul

L’auteur a eu la bonne idée de demander au polyvalent Jacques Ellul [5] d’écrire la préface de son livre.

Jacques Ellul, sociologue français (1912-1994)

« Le livre de Jacques Neirynck est un livre terrible. Il prend à bras le corps le nœud central de notre société, celui de la technoscience, et il l’examine avec rigueur et sans faiblesse. Il est parfaitement rigoureux, il avance dans une démonstration sans faille, on ne voit pas bien où pourrait se glisser une contestation. »

Il poursuit en disant que ce livre « n’est pas de l’ordre de la réflexion philosophique, car Jacques Neirynck n’aimerait pas les philosophes, qui feraient partie de ce qu’il appelle --la classe ou « caste » des bavards-- » [6]. Nous verrons que sa démonstration repose sur des réalités observables compréhensibles par tout être humain normal. Neirynck n’emploie pas de vocabulaire obscur et ne jongle pas avec les abstractions.
    Ellul met ce livre dans une classe à part parmi les livres sur la technique. Il en voit trois types : les livres « optimistes » qui écartent l’analyse critique et qui disent que la technique trouvera toujours des solutions à tous les problèmes dans une ère de croissance infinie : comme ceux de Alvin Toffler, Axel Kahn et autres. La seconde catégorie de livres sur la technique sont les études critiques sur divers types d’appareils de la société moderne (ordinateurs, téléviseurs…) dans le but principal de les améliorer : « Il faut supprimer les bavures ». Mais ils ne remettent pas en question les « avantages » de ces systèmes tout au contraire. D’après Ellul, il y a « … une troisième sorte de livres, rédigés par des scientifiques, qui cherchent à sortir de l’étroitesse de leur spécialité, et qui procèdent à une réflexion sur la technique, la science et leur rapport. Mais ce qu’ils veulent faire à ce moment, c’est une recherche philosophique. » La question qu’ils se posent est « Quelle philosophie, ou quelle éthique peut-on tirer de la ‘technoscience’? »
Jacques Ellul estime que « le livre de Jacques Neirynck est un livre rare, parce qu’il ne s’inscrit dans aucun des courants généraux de notre époque. C’est la réflexion d’un scientifique sur les probabilités d’évolution d’une société dominée, informée par la technique. Il ne cède jamais à la généralisation indue, il avance avec une méthode rigoureuse et ne se donne aucune facilité. » D’autres scientifiques ont lancé des avertissements sérieux sur les risques graves de l’évolution technique, mais aucun ne serait allé aussi loin que Neirynck dans la démonstration.
    De plus, l’auteur fait appel à une notion découlant de la 2e loi de la thermodynamique, l’entropie, une notion de physique qui mesure le désordre d’un « système » que des non scientifiques ont même appliquée à des phénomènes sociaux, souvent avec des résultats contestables. C’est un concept d’application délicate. Mais Neirynck l’applique admirablement au système « Terre » incluant tout ce qui vit. Ellul poursuit en écrivant : « … il découvre une sorte de permanence de croissance de l’entropie soit dans un système, soit dans l’ensemble. Dans un système social donné, il se peut qu’il y ait recommencement: «les institutions et les techniques de toute société humaine doivent permettre de répondre au défi résultant d’une pénurie qui surgit tôt ou tard par suite de la croissance inévitable de l’entropie». Arrivé au blocage, ou au désordre, il peut se produire dans un système social une sorte de saut qualitatif, dont le facteur déterminant sera une innovation technique apportant un nouvel ordre, et l’on recommence une histoire, à son tour vouée à l’entropie. Mais quand il y a une pareille résurgence, il faut se demander à quel prix elle a lieu: « on peut créer localement un système ordonné en accroissant l’entropie globale par dégradation de l’énergie... le processus créateur... n’est jamais que local, et correspond à une augmentation du désordre global. Ce désordre global ne fait jamais que croître. »
    L’auteur fait une analyse historique de la croissance de l’entropie ou du désordre. C’est ce que ses prédécesseurs n’ont pas fait en général. Selon lui, nous en sommes à la période décisive où l’augmentation de l’entropie, ou du désordre, causé par les humains ne peut plus avoir de compensation avec le mode de vie que nous connaissons et les méthodes appliquées jusqu’à maintenant. Il rappelle les innombrables échecs techniques du dernier quart de siècle que l’on s’empresse d’oublier. C’est un livre qui s’élève contre la culture de l’oubli qui fait partie de ce qu’il appelle « l’illusion technicienne »…
Finalement on y trouve quelques indications sur le type de civilisation à réaliser si l’Humanité veut survivre encore quelques milliers d’années. Et la clé en sera donnée plus loin…
Et pourquoi ce titre ? Parce que, en quelque sorte, toute l’évolution technique est le huitième jour de la création…
Notre modeste place dans l’Univers…
L’ouvrage est en trois parties
1. L'illusion technique
2. L'évolution technique
3. La création technique
    Avant de traiter de quelques points du livre, voyons brièvement quelques notions de base de la thermodynamique comme celles de chaleur, d’énergie, de travail, afin de dégager le plus simplement possible la notion d’entropie qui a une importance primordiale dans le livre de Neirynck. Il est important de se rappeler correctement ces notions pour bien apprécier cet ouvrage. J’essaierai ici de les décrire d’une façon aussi simple que possible et accessible à tous.

Notions de base de la thermodynamique

» Énergie : d’une façon générale, la capacité de faire un travail utile, de produire de la chaleur. Il y en a de nombreuses formes : mécanique, électromagnétique, nucléaire…
» Chaleur : la forme d’énergie la plus intuitive. Mais c’est aussi la forme d’énergie la plus dégradée.
» Travail : « On effectue un travail mécanique sur un objet lorsqu'on le déplace en lui appliquant une force. » Le moteur d’une voiture fait un travail mécanique pour la faire avancer, etc.
» Équivalence entre travail et chaleur : on sait qu’en poussant un objet sur une surface, celle-ci s’échauffe sous l’effet du frottement. Le travail fait sur l’objet en le déplaçant se transforme en chaleur (figure 1). Le travail est égal au produit (force x déplacement). On constate cet échauffement tout simplement en se frottant les mains ensemble.
Figure 1
Cette équivalence a été mesurée avec précision depuis longtemps. La méthode utilisée est illustrée dans la figure 2. Le travail fait sur un agitateur tournant dans un thermostat bien isolé provoque un dégagement de chaleur et une élévation de température mesurée.
L’équivalence mesurée est d’environ 4,18 joules/calorie.

Une calorie est la chaleur requise pour élever de 1 degré celsius la température de 1 gramme d’eau pure. D’autre part, pour élever de 1 mètre une masse de 1 kilogramme, il faut faire un travail d’environ 10 joules…


Figure 2
Le premier principe, ou première loi, de la thermodynamique est celui de la conservation de l’énergie, le classique « rien ne se perd, rien ne se crée ». Dans un système fermé l’énergie totale est constante. Il est illustré par la figure 3 où un piston peut glisser sans frottement dans un cylindre isolé où est allumé un combustible. La combustion dégage une chaleur Q qui échauffe le gaz. Celui-ci se dilate en poussant le piston qui fait alors un travail W. On constate que ce travail est toujours inférieur à l’énergie de combustion. La différence se trouve dans l’augmentation de l’énergie interne du gaz DU.


Figure 3
On peut alors écrire assez intuitivement :
Q = W + DU
» Notion de réversibilité : un système réversible peut reprendre son état initial après avoir subi des changements. La figure 4 montre un premier cas très simple, celui du ressort qu’on étire. Si on le relâche lentement après l’avoir étiré, il reprend sa position initiale. En pratique toutefois ce retour n’est pas parfait. La figure 5 montre un autre cas simple de quasi-réversibilité : un piston sans frottement comprime de l’air dans un cylindre « parfaitement isolé » et l’air s’échauffe. Si on laisse revenir lentement le piston, il reprendra pratiquement sa position initiale, et la température de l’air reviendra à sa valeur initiale à peu près. En pratique, aucun système n’est vraiment réversible…

Figure 4

Figure 5
» Notion d’irréversibilité : un système irréversible ne peut pas revenir à son état initial après avoir subi des changements. En pratique, du moins sur Terre, tout changement est irréversible. On peut illustrer ce fait inéluctable par des exemples très simples. Par exemple, Si on laisse tomber un caillou sur le sol, son énergie initiale se transforme en chaleur sous l’effet du choc, et on sait qu’il ne reviendra jamais à son point de départ de lui-même… C’est ainsi que l’érosion du sol est un phénomène irréversible : la Terre ne cesse jamais de se dégrader et les montagnes de s’aplanir… Un autre cas simple est illustré à la figure 6. Un réservoir supposé parfaitement isolé est séparé en deux parties par une membrane. À un instant initial, la partie de gauche contient de l’eau chaude à la température T1 et celle de droite de l’eau froide à la température T2. Dès cet instant, de la chaleur se transmet de gauche à droite; le compartiment de gauche se refroidit et celui de droite s’échauffe. Après un temps plus ou moins long, la température sera partout la même avec une valeur T3  comprise entre T1 et T2. 
Figure 6 

Nous savons bien par intuition, et par expérience, que le système ne reviendra jamais de lui-même à son état initial. Or, l’énergie totale du système n’a pas varié vu qu’il est fermé, bien isolé. Mais il s’est produit une dégradation de cette énergie qui se traduit par une augmentation du désordre. Physiquement, ce désordre se mesure par une grandeur appelée entropie : dans un tel système il se produit une augmentation de l’entropie au cours du temps, alors que l’énergie totale reste constante.
» L’entropie : physiquement, la variation d’entropie DS dans chaque partie du réservoir (1 et 2) dans un temps très court est définie comme le rapport de la chaleur échangée DQ sur la température :
Mais T1 diminue à T3, et T2 augmente à T3 . En faisant la somme des DS1 et DS2 de l’état initial à l’état final de température pendant un temps assez long, on trouve que la variation totale d’entropie DS = DS1 + DS2 est toujours supérieure à zéro : 
« Il y a toujours augmentation de l’entropie dans un système fermé »
Il est possible de revenir à l’état initial et faire diminuer l’entropie en ayant un mécanisme qui va prendre de l’énergie à l’extérieur et faire un travail sur le système qui va renvoyer de la chaleur à gauche : une thermopompe...
Mais, en faisant cela on fait augmenter l’entropie dans le système extérieur et l’entropie globale augmente. On n’en sort pas : dans un système fermé contenant des sous-systèmes, l’entropie totale de peut qu’augmenter ! C’est une fatalité…

Un aperçu du livre

Le livre compte 24 chapitres :
Première partie : L’illusion technique
La machine infernale.
L’illusion technique.
La loi de Kranzberg.
Deuxième partie : L’évolution technique
Entropie et entropologie.
Adam, casseur de cailloux.
Les systèmes techniques du Paléolithique.
La révolution néolithique et l’invention de la guerre.
Six inventions de l’État.
Le demi-miracle grec.
Le système technique des Romains – Un cas de pathologie entropologique.
L’invention de Dieu.
Les deux lignes de partage du Moyen âge.
La révolution scientifique – De la duplicité médiévale à la schizophrénie moderne.
La première révolution industrielle ou l’invention de l’usine.
La deuxième révolution industrielle ou l’invention de l’abondance.
La troisième révolution industrielle ou l’invention de l’inutile.
Troisième partie : La création technique
Le contrôle de l’évolution technique.
La revanche de Malthus.
La désacralisation de la science.
Les pénuries de la société d’abondance.
Un éloge de l’apprentissage.
L’inesthétique industrielle.
Le huitième jour de la création.
Le paradoxe de la technique.

Chapitre 1 : La machine infernale

Ce chapitre donne comme exemple du développement devenu incontrôlable de la technique, l’illusion technique, celui de l’énergie et des armes nucléaires. Ce sont des scientifiques et ingénieurs, souvent humanistes, tels que Becquerel, Pierre et Marie Curie, Niels Bohr, Paul Langevin, Heisenberg et bien d’autres qui en sont à l’origine. Mais bien vite, la « caste des bavards » a pris le contrôle de ces inventions, avec les résultats que nous constatons aujourd’hui : malgré les traités de non prolifération qui furent signés par les détenteurs d’armes nucléaires, il en existe assez pour détruire toute vie sur la surface de la Terre. Probablement de l’ordre de 16 000 mégatonnes de TNT en puissance destructive. Une bombe d’une mégatonne explosant à la verticale de l’île de Montréal tuerait instantanément la plupart des êtres vivants sur une surface comprise entre Repentigny, Vaudreuil, Saint-Jérôme et Beloeil.
Dans ce chapitre, il met particulièrement en évidence la nature totalement illusoire et paradoxale de la dissuasion nucléaire et ou de l’équilibre de la terreur.

Chapitre 2 : L’illusion technique

Essentiellement, dans ce chapitre, il donne plusieurs exemples de « l’illusion technique » qui domine le monde actuel, c’est-à-dire l’illusion que la science et les techniques telles qu’utilisées jusqu’à maintenant peuvent résoudre tous les problèmes de l’Humanité et de la Planète.
L’illusion de l’exploration spatiale et des voyages sur la Lune qui a englouti des sommes fabuleuses qui auraient pu servir plus efficacement à solutionner une foule de problèmes sur Terre, à commencer par celui du transport en commun aux É.U. et beaucoup d’autres plus pressants. Voici ma réflexion sur la question…
« Or, on sait que l'étoile la plus près de nous se trouve à environ 4 années-lumière (~4 x 1013 km). À vitesse constante de 50 000 km/h (5 x 104 km/h), il faudrait environ 87 000 années pour franchir cette distance ! Notons que cette vitesse est dérisoire comparée à la vitesse de la lumière dans le vide : 300 000 km/s = 1,08 x 109 km/h. Si le vaisseau spatial utilisé avait une masse modeste de 10 000 tonnes, il faudrait disposer d'une énergie minimale d'environ 2 x 1015 joules pour atteindre cette vitesse et ensuite freiner pour l'atterrissage : une énergie ÉNORME qui dépasse largement ce que les ressources terrestres peuvent fournir dans l'état actuel de nos connaissances… Et encore ! Cette étoile, Proxima Centauri, est relativement insignifiante parmi les étoiles de notre voisinage dans la Galaxie qui compte plusieurs milliards d'étoiles, et il n'y a aucune assurance qu'une éventuelle planète en orbite autour de cette étoile puisse avoir des conditions de vie humaines... Alors ! Que dire des voyages intergalactiques... » (J.L. Dion)
Que dire maintenant de l’illusion de la médecine technique qui fait augmenter sans limite les ressources financières consacrées à la santé sans vraiment rien régler du fait qu’on crée sans cesse le besoin de machines de plus en plus complexes et coûteuses. L’existence de ces machines fait que les médecins demandent de plus en plus d’examens, sans s’attarder à poser un diagnostic par une véritable communication avec le patient. Je le cite : « L’excès de moyens techniques dont disposent les médecins leur a permis de vaincre réellement quelques maladies infectieuses. Cette victoire partielle a créé le mythe dune médecine toute-puissante même à l’égard de maladies dégénératives ou à l’encontre de maladies d’origine sociale. Or, une grande partie des pathologies vient justement des contraintes imposées à l’humain par la société moderne. Dans ce dernier cas, la médecine joue le rôle d’un alibi qui dispense de s’attaquer au problème social. (…) En fait le malade peut souvent, au moins pendant les premières étapes de son mal, se soigner en changeant son mode de vie, pourvu que le médecin découvre l’origine du mal par un dialogue patient avec le malade, par une visite à domicile, par la connaissance du milieu familial. » Et il poursuit : « Toutes ces démarches de caractère humain sont écartées au bénéfice du rendement financier du cabiner médical, du service hospitalier, de l’assurance maladie, des firmes pharmaceutiques, de la consommation d’actes techniques de plus en plus nombreux. La médecine est mentalement malade de l’illusion technique ; les patients en sont physiquement malades… »
Plus loin il écrit encore : « L’illusion technique qui a sévi au 20e siècle (et qui se poursuit) prend donc le caractère d’un cyclone culturel, idéologique, voire religieux. Il n’est pas possible de lui opposer la réalité, la raison ou la science parce qu’elle feint d’être réaliste, rationnelle et scientifique. Le désir irrépressible des hommes pour le magique et le merveilleux s’est sournoisement infiltré dans cela même qui a pris la place de la magie traditionnelle… » Il fait un rapprochement avec des dogmes bien connus : « L’illusion technique s’est constitué en système dogmatique, tout comme jadis le marxisme politique et aujourd’hui le libéralisme. Aucun de ces modèles simplistes ne supporte la moindre critique ou la moindre objection qui est aussitôt rejetée comme irrationnelle… L’emploi du terme ‘scientifique’ a donc un caract`re purement formel, rituel et incantatoire. » Et c’est un scientifique qui écrit cela !

Chapitre 3 : La loi de Kranzberg

On dit souvent que la technique n’est ni bonne ni mauvaise, mais que c’est l’usage qu’on en fait qui l’est. « Face aux paradoxes de la technique, qui est à la fois bonne et mauvaise, positive et négative, nécessaire et nuisible, les productivistes et les objecteurs de croissance ne font rien d’autre que d’éliminer le paradoxe en négligeant la moitié de la réalité. Les premiers disent que la technique est bonne parce que cela justifie leurs actes ; les seconds prétendent que la technique est mauvaise mais ils n’agissent pas en conséquence… Melvin Kranzberg a mis tous ces avis dans le même panier en formulant sa loi : - La technique n’est ni positive, ni négative, ni neutre-… »
Dans ce chapitre il souligne le fait important que ce ne sont pas les scientifiques et les ingénieurs qui sont au pouvoir et qui décident de l’usage de techniques souvent néfastes. Je cite : « Le jugement de valeur est réservé aujourd’hui à une autre caste, celle de la parole, composée de tous ceux qui prennent la parole, le pouvoir de la parole et le pouvoir tout court: politiciens, dirigeants d’entreprises, dignitaires ecclésiastiques, syndicalistes, écrivains, journalistes, professeurs, avocats (sans parler du terrible pouvoir financier dont on voit les ravages dans le moment…) Il est remarquable que les acteurs principaux de la Seconde Guerre mondiale aient été presque tous des orateurs consommés : Churchill, Roosevelt, Hitler, Mussolini… »
Il traite de la dichotomie du pouvoir : « La dichotomie entre le pouvoir de fait des techniciens et le pouvoir institutionnel des bavards a quelque chose de rassurant pour l’opinion publique. Si les techniciens combinaient le pouvoir sur la matière, celui de l’argent et celui du droit, ils seraient en situation de dictature. Le politicien incompétent, le syndicaliste verbeux et l’écrivain décadent représentent bien mieux la majorité silencieuse que le mathématicien rigoureux ou l’ingénieur austère… Il n’en reste pas moins qu’il est paradoxal de confier des décisions majeures à des hommes qui n’en comprennent pas toute la portée… Bien sûr, cette magie est entourée d’un certain rituel qui la fonde et la conforte : le chef du gouvernement endosse parfois une salopette et coiffe un casque métallique pour visite un chantier au milieu d’une cohorte de courtisans ; sa présence charismatique bouleverse la nature des choses… » et, avec une ironie certaine, il ajoute : « son regard perçant découvre en une heure les solutions qui ont échappé aux ingénieurs durant une vie… »

Chapitre 4 : Entropie et entropologie

Dans ce chapitre il rappelle que l’énergie contenue dans l’Univers est une constante : c’est le premier principe de la thermodynamique comme nous l’avons vu. Ensuite, l’entropie de l’Univers croît continuellement. Il souligne que le temps que nous percevons comme une grandeur irréversible, est le concept qui représente le plus intuitivement cette dégradation continuelle de la qualité de l’énergie : le vase qui s’est brisé ne se recollera pas spontanément… »
Il démontre aussi simplement comment divers systèmes que nous utilisons comme les centrales produisant de l’énergie électrique, les usines métallurgiques et autres dégradent irréversiblement l’énergie, avec des effets secondaires sur la Nature qui sont désastreux.
Neirynck nous amène aussi à constater que : « Il est impossible de nettoyer quelque chose sans salir autre chose… » ; et le corollaire : « Il est possible de tout salir sans rien nettoyer » ! Un exemple très simple en est le lavage de la vaisselle : l’eau de lavage propage la pollution à moins d’être traité dans une station d’épuration qui ne fait que réduire la pollution dans une certaine mesure. Et c’est l’exemple le moins calamiteux…
Dans ce chapitre, il traite aussi de la vie comme d’une exception locale à la croissance de l’entropie : « Il est clair qu’un embryon, puis un bébé, construit un système incroyablement compliqué, hautement ordonné. Mais il ne peut réussir qu’en absorbant continuellement de la nourriture et en produisant des déchets. De même, une blessure qui n’est pas trop grave se guérit spontanément : le système biologique comble la fissure de la peau en produisant de nouvelles cellules, mais il ne peut le faire qu’au détriment de ressources en nourriture, c’est-à-dire en énergie libre… »
Dans les chapitres suivants de la 2e partie, il traite de la place de l’Humanité dans l’Univers et de son évolution, de l’interaction forte entre la culture et la technique. « Il n’est pas possible d’avoir une relation saine avec la technique si on ne comprend pas qu’elle est matériellement extérieure à l’homme et qu’elle a cependant façonné son corps et son esprit, si tant est que l’on puisse distinguer l’un de l’autre. Ce mécanisme complexe, qui nous a engendrés, continue de nous transformer sans que nous fassions jusqu’à présent quoi que ce soit pour le contrôler. Ce mécanisme complexe dépend d’un principe simple, la croissance de l’entropie, qui en fournit une explication globale. »
Au chapitre 11 sur « l’invention de Dieu », où l’on trouve la justification du titre du livre, Neirynck souligne les particularités du judaïsme et du christianisme en notant particulièrement que « Le christianisme est une religion de salut qui abolit la mort… »
Au chapitre 14, la première Révolution industrielle est décrite comme une mutation phénoménale. Il explique la raison de son apparition en Occident plutôt qu’ailleurs. Il décrit les blocages qui ont empêché son apparition en Chine et dans les pays islamiques. Les humains commencent à utiliser de plus en plus rapidement leur capital en ressources non renouvelables : charbon et minerais.
De 1850 à 1940, c’est la 2e révolution industrielle qui crée l’abondance. Neirynck montre dans le chapitre 15 comment la succession des inventions a permis une nouvelle croissance énorme de consommation de l’énergie qui a créé l’abondance dans les sociétés maitrisant la technique. Mais, tout cela évidemment accompagné d’une dilapidation sans précédent de ressources non renouvelables, particulièrement le pétrole et d’une croissance non moins énorme de l’entropie, ainsi que du désordre général.
Au chapitre 16, c’est la troisième révolution industrielle ou l’invention de l’inutile. Nous sommes en plein dedans… Tout s’accélère ; le gaspillage est généralisé ; les écarts entre riches et pauvres s’accentuent et des milliards d’êtres humains manquent de l’essentiel, particulièrement d’eau potable, malgré le progrès technique. Il écrit : « À l’horizon de 2020 se profile la prochaine ligne de partage, la pénurie physique de pétrole et le défi de la survie d’un système technique, atteint d’une véritable boulimie d’énergie. »

Chapitre 17 et suivants : Le contrôle de l’évolution technique

Au chapitre 17, l’auteur décrit l’évolution technique des sociétés et les lignes de partage ou de blocage rencontrées par la figure ci-dessous qui représente une île (la Terre) où arrivent des naufragés (figure 7). Ils débarquent sur une plage et un territoire où l’abondance extraordinaire des ressources leur permet de mener une vie relativement facile sans rien inventer sinon quelques outils primitifs : c’est le paléolithique inférieur… Graduellement, la population augmente, les ressources se raréfient et on se déplace toujours plus loin sur l’île en épuisant les ressources. 
Or, après quelques milliers d’années sans rien inventer, la vie devient plus difficile et la situation critique force l’invention : c’est une première ligne de partage. La nécessité permet une évolution relativement rapide des techniques et de la culture : c’est l’Empire romain qui a été traité au chapitre 10. Or, « L’Empire n’était qu’une immense machine à nourrir la ville. Pour faire fonctionner cette machine, il fallait des fonctionnaires, des marins et des soldats, qui devaient eux aussi se nourrir aux dépens de l’Empire. Cette énorme machine administrative fonctionnait avec le rendement décroissant dans le temps qui est de règle… Dans ce système, où le parasitisme constitue la seule forme de promotion sociale, les charges fiscales ne cessèrent d’augmenter pour atteindre 100% à la fin de l’Empire…avec des mesures les plus extrêmes pour collecter les impôts : confiscation, torture, etc. »
On connaît la relative stagnation qui a fait suite pendant plus d’un millénaire en passant par le Moyen Âge. 
C’est la nécessité et les pénuries, encore une fois, qui furent à l’origine d’un nouveau déblocage : la première révolution industrielle au 18e siècle.
Présentement, nous sommes dans le 3e système industriel et nous arrivons à une nouvelle ligne de partage qui s’annonce terriblement difficile à franchir pour diverses raisons, autant matérielles que morales. Les naufragés de Neirynck, après avoir franchi douloureusement la dernière ligne de partage se sont aperçu que de l’autre côté était leur première territoire, entièrement dévasté…
Figure 7

Conclusion

Comme les naufragés de « l’île de l’évolution » de Neirynck, franchirons-nous la ligne de partage pour nous apercevoir que le monde est devenu invivable par notre faute ?
« Nous sommes engagés dans une impasse évolutive, symbolisée par le slogan politique de la «condamnation à la croissance». Un tel système ne peut finir que par s'effondrer sur une planète aux ressources limitées, tout comme l'Empire romain s'est écroulé après avoir gâché toutes les ressources de la Méditerranée. Mais il y a une différence: notre système englobe toute la planète et il n'est pas possible après son écroulement de recommencer un Moyen Âge ailleurs puisqu'il n'y a plus d'ailleurs, puisque nous sommes maintenant dans un système fermé. »
Y a-t-il une solution ? Oui, on peut prolonger la survie de la vie sur Terre, mais au prix d’une réforme radicale de la façon de penser et d’agir. L’auteur en donne quelques indications au chapitre 17 :
« Éviter la croissance désordonnée de l’entropie peut se faire, en visant deux objectifs :
· « N’utiliser comme énergie que le flux solaire incident. Le capital d’énergie sous forme de charbon, de pétrole et ou de matériaux fissiles doit en principe être réservé à la construction d’installations destinées à capter le flux solaire.
· N’utiliser les matières premières qu’avec la plus extrême parcimonie. Il faut recourir au recyclage systématique des matériaux rares comme les métaux, et à leur substitution par des matériaux plus abondants et plus élaborés, comme les céramiques. »
Mais, saurons-nous suivre ces conseils ? Voilà la question !...
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[1] Le Devoir, 18 novembre 2008, p. A3.
[2] Le Devoir, 7 novembre 2008, p. B5.
[3] L'Observateur OCDE
[4] Source : http://adele.epfl.ch/page59941.html
[5] Jacques Ellul (1912 - 1994) est un professeur d'histoire du droit, penseur, historien, théologien protestant et sociologue français. Il est, aux côtés de Jürgen Habermas et Martin Heidegger, un des principaux penseurs du phénomène technique au XXe siècle.
[6] À la page 31 du livre, Neirynck écrit : « Le jugement de valeur est réservé aujourd’hui à une autre caste, celle de la parole, composée de tous ceux qui prennent la parole, le pouvoir de la parole et le pouvoir tout court : politiciens, dirigeants d’entreprises, dignitaires ecclésiastiques, syndicalistes, écrivains, journalistes, professeurs, avocats. Il est remarquable que les acteurs principaux de la Seconde Guerre mondiale aient été presque tous des orateurs consommés… » Ce terme de « caste des bavards » revient dans quelques passages du livre.
Révision terminée le 11 décembre 2008
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dimanche 1 février 2009

Islamisme et Sionisme dos-à-dos (2)

Quelques autres renseignements sur l'Islamisme et le Sionisme comparés...

« Dans un pays plongé dans la bêtise guerrière et tout entier tendu vers la politique des bombes, Michael Warschawski (un Israélien) fait figure de salutaire exception. Militant anti-sioniste de toujours, l’homme n’a de cesse de dénoncer l’horreur des bombardements sur Gaza et d’exiger qu’Israël laisse une chance à la paix. Une voix précieuse, qui a gentiment accepté de répondre à quelques questions.»

Lire l'article : clic

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Sur le site de l'UJFP :

« Fondée à Paris lors de la fête de Pessah en 5754 (avril 1994), l'Union Juive Française pour la Paix affirme :

- Le conflit entre Israéliens et Palestiniens ne peut être résolu qu'en mettant un terme à la domination d'un peuple par un autre, et en mettant en oeuvre le droit à l'autodétermination pour le peuple palestinien, y compris le droit de créer son propre état indépendant. Le retrait d'Israël des territoires occupés depuis 1967 constitue une étape nécessaire à l'accomplissement de l'autodétermination palestinienne. Le droit à l'autodétermination est déjà, bien entendu, clairement établi pour le peuple israélien. (...) (UJFP) affirme :

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Lisons maintenant l'article de Madame Wafa Sultan sur l'affaire de Gaza

La célèbre sociologue d'origine syrienne, Wafa Sultan, vient de publier l'un des points de vue le plus cinglants concernant la situation à Gaza. Elle plonge aux origines de l'islam pour expliquer le conflit entre deux conceptions diamétralement opposées : la culture de la vie contre la culture de la mort et du martyre. Elle s'appuie sur des exemples de l'histoire récente pour dénoncer une religion, une culture et une idéologie barbares...

Puisqu'il m'importe peu de satisfaire les uns, de défendre les autres ou d'éviter la colère des troisièmes, je peux dire que le Hamas n'est qu'une sécrétion islamique terroriste dont le comportement irresponsable à l'égard de sa population l'empêche de se hisser au niveau d'une responsabilité gouvernementale.

Mais ceci est conforme à l'habitude, puisque, à travers l'histoire de l'islam, jamais une bande de criminels islamistes n'a respecté ses administrés. (...) Je ne prétends pas défendre Israël, puisque les Juifs ne m'ont pas demandé mon avis quant à leur terre promise. S'ils me demandent mon avis, je leur conseille de brûler leurs livres sacrés, de quitter la région et de sauver leur peau. Car les musulmans constituent une nation rigide exempte de cerveau. Et c'est contagieux. Tous ceux qui les fréquentent perdent la cervelle…

Avant la création de l'État d'Israël, l'histoire n'a jamais mentionné une guerre impliquant les Juifs, ni qu'un Juif ait commandé une armée ou mené une conquête. Mais les musulmans sont des combattants, des conquérants et leur histoire ne manque pas d'exemples et de récits de conquêtes, de morts, de tueries, de razzias… Pour les musulmans, tuer est un loisir. Et s'ils ne trouvent pas un ennemi à tuer, ils s'entretuent entre eux.

Il est impossible pour une nation qui éduque ses enfants sur la mort et le martyre, pour plaire à son créateur, d'enseigner en même temps l'amour de la vie. La vie a-t-elle une valeur pour une société qui inculque à ses enfants qu'ils doivent tuer ou être tués pour aller au Paradis ?

Si on me demandait mon avis

Depuis le début de l'opération israélienne contre Gaza, je suis bombardée de courriers électroniques venant de lecteurs musulmans qui me demandent mon avis sur ce qui se déroule à Gaza. Je ne suis pas concernée par ce qui s'y passe, mais je suis intéressée par les motivations qui animent ceux qui m'écrivent.

Je suis convaincue que ce qui les motive n'est pas la condamnation de l'horreur, ni la condamnation de la mort qui sévit à Gaza. Car, si la motivation était réellement la condamnation de la mort, ces mêmes lecteurs se seraient manifestés à d'autres occasions où la vie était menacée. Ceux qui condamnent le massacre de Gaza, par défense de la vie en tant de valeur, doivent m'interroger sur mon avis à chaque fois que cette vie-valeur était menacée.

Plus de 200.000 musulmans Algériens ont été massacrés par d'autres musulmans Algériens ces quinze dernières années, sans qu'aucun musulman ne s'en émeuve. Des femmes Algériennes violées par les islamistes ont témoigné et raconté que leurs violeurs priaient Allah et imploraient son Prophète avant qu'ils ne violent leurs victimes. Mais personne ne m'a demandé mon avis. Plus de 20.000 citoyens syriens musulmans avaient été massacrés par les autorités (Hamas en 1983) sans qu'aucun musulman ne réagisse et sans qu'aucun ne me demande mon avis sur ces massacres étatiques.

Des musulmans se sont fait exploser dans des hôtels jordaniens tuant des musulmans innocents qui célébraient des mariages, symboles de la vie-valeur, sans qu'aucune manifestation ne soit organisée à travers le monde, et sans qu'on ne me demande mon avis. En Égypte, des islamistes ont récemment attaqué un village copte et ont massacré 21 paysans, sans qu'un seul musulman ne dénonce ce crime.

Saddam Hussein a enterré vivants plus de 300.000 chiites et kurdes, et en a gazé beaucoup plus, sans qu'un seul musulman n'ose réagir et dénonce ces crimes. Au plus fort des bombardements de Gaza, une femme musulmane, fidèle et pieuse, s'est fait exploser en Irak dans une mosquée chiite, tuant une trentaine d'innocents, sans que les médias ou les musulmans ne s'en émeuvent. Il y a quelques mois, le Hamas avait aussi tué onze personnes d'une même famille palestinienne, accusés d'appartenir au Fatah, sans que des manifestations ne soient organisées en Europe ou dans le monde arabe, et sans qu'aucun lecteur ne m'écrive et ne m'envoie ses protestations.

Ainsi, la vie n'a pas de valeur pour le musulman.

Sinon, il aurait dénoncé toute atteinte à la vie, quelle qu'en soit la victime. Les Palestiniens et leurs soutiens dénoncent les massacres de Gaza, non pas par amour de la vie, mais pour dénoncer l'identité des tueurs. Si le tueur était musulman, appartenant au Hamas ou au Fatah, aucune manifestation n'aurait eu lieu. CNN a diffusé un documentaire sur Gaza montrant une femme palestinienne qui se lamente et crie : mais qu'ont fait nos enfants pour être tués comme ça ? Qui sait. Peutêtre s'agit-il de la même palestinienne qui se réjouissait il y a deux ans quand l'un de ses fils s'était fait exploser dans un restaurant de Tel-Aviv et qui disait souhaiter que ses autres enfants suivent le même exemple et deviennent martyrs ?

Mais quand l'idéologie et l'endoctrinement sont d'une telle bassesse, il devient normal que cette palestinienne perde toute notion de la valeur de la vie. Sinon, elle pleurerait ses enfants de la même façon, qu'ils se tuent dans un attentat suicide à Tel-Aviv ou sous les bombes israéliennes. Car, la mort est la même, qu'elle qu'en soient les circonstances, et elle doit être rejetée. Au contraire, la vie mérite d'être vécue et pleurée. Dans ce cas, comment puis-je me solidariser avec une femme qui lance les youyous de jouissance quand l'un de ses enfants se fait exploser contre les juifs, alors qu'elle pleure quand les juifs tuent ses autres enfants ? Mais l'idéologie enseigne aux musulmans que tuer ou être tué permet au fidèle de gagner le paradis. Dans ce cas, pourquoi pleurer les Gazaouis alors qu'ils n'ont pas bougé le petit doigt pour les Irakiens, les Algériens, les Égyptiens ou les Syriens pourtant musulmans ?

Qui prend des risques, sinon les petits ?

Borhane, un jeune palestinien de 14 ans, a perdu il y a une dizaine d'années ses bras, ses jambes et la vue dans l'explosion d'une mine en Cisjordanie. La communauté palestinienne aux États-Unis s'est mobilisée pour lui venir en aide et financer son hospitalisation dans l'espoir de sauver ce qui pouvait l'être. Lors d'un dîner de bienfaisance organisé à son profit en Californie, la plus riche palestinienne des États-Unis s'est présentée en grande fourrure, et a qualifié Borhane de héros. Elle s'est adressée à ce bout de chair immobile et inerte : Borhane, tu es notre héros. Le pays a besoin de toi. Tu dois retourner dans le pays pour empêcher les Sionistes de le confisquer…

L'hypocrisie de la palestinienne la plus riche des États-Unis l'empêche d'envoyer ses propres enfants défendre la Palestine contre les Sionistes. Exactement à l'image des chefs du Hamas qui demandent les sacrifices à Gaza, mais restent à l'abri à Damas et à Beyrouth. La guerre contre Gaza est certes une horreur. Mais elle a le mérite de dévoiler une hypocrisie inégalée dans l'histoire récente de l'humanité.

Frères musulmans

Une hypocrisie qui distingue les Frères Musulmans syriens qui annoncent abandonner leurs activités d'opposition, pour resserrer les rangs contre les sionistes. Mais ces Frères musulmans ont-ils le droit d'oublier les crimes du régime commis contre les leurs à Hama, Homs et Alep ? Avant de se réconcilier avec le régime pour lutter contre les sionistes, ces Frères musulmans ont-ils dénoncé les crimes commis par leurs alliés et partenaires (dans la confrérie) en Algérie et en Irak ? Ont-ils dénoncé la mort de centaines de milliers de chiites en Irak sur le pont des oulémas à Bagdad, pulvérisé par l'un des vôtres conformément aux enseignements de votre religion de la paix et de la miséricorde ?

Avez-vous une seule fois dénoncé les exactions contre les chrétiens en Irak ? Ou contre les coptes en Égypte ? Votre hypocrisie nous empêche de croire vos sentiments à l'égard des enfants de Gaza, puisque vous êtes responsables du pire.

Essayons d'imaginer ce que le Hamas aurait fait du Fatah, et des autres, s'il possédait la technologie et les armes d'Israël ? Essayons d'imaginer ce que l'Iran aurait fait des sunnites de la région, s'il détenait les armes modernes que possède Israël ? Ce serait sans doute le massacre garanti.

La guerre du mal contre le mal

J'ai récemment rencontré un religieux hindou en marge d'une conférence consacrée à la guerre contre le terrorisme. Il m'a dit : « Toutes les guerres se sont déroulées entre le bien et le mal. Sauf la prochaine, elle doit se dérouler entre le mal et le mal ». N'ayant pas compris ses propos, je lui ai demandé des explications.

Il m'a dit : « Je suis contre la présence américaine en Irak et en Afghanistan. Si les États-Unis veulent gagner la guerre contre les islamistes, ils doivent se retirer et laisser les deux pôles du mal s'entretuer. Les sunnites et les chiites étant nourris sur la haine, vont se battre et se neutraliser ». Tirant la conclusion de ces mots remplis de sagesse, on peut dire qu'Israël contribue aujourd'hui, inconsciemment, au succès de l'islam.

En s'attaquant à Gaza, Israël pousse les musulmans à se solidariser et à surpasser leurs divergences. Et septembre noir en Jordanie est encore dans tous les esprits (…). Les exactions dont sont capables les arabes et les musulmans dépassent toute imagination. Un char jordanien avait écrasé un palestinien, puis le conducteur du char est descendu de son blindé et a bourré la bouche de sa victime avec un journal… Un comportement qu'aucun militaire israélien n'a eu à Gaza.

Pendant les massacres de Hama en Syrie, des militants des Frères musulmans trempaient leurs mains dans le sang des victimes pour écrire sur les murs :"Allah Akbar, gloire à l'islam". Je n'ai jamais entendu qu'un juif ait écrit avec le sang d'un autre juif des slogans à la gloire du judaïsme. Je le dis avec un pincement au coeur : pour sauver l'humanité du terrorisme, il faut que le monde libre se retire et qu'il laisse les musulmans s'entretuer.

Souvenirs

Je me souviens quand j'étais étudiante à l'université d'Alep, et quand l'ancien ministre syrien de la Défense Mustapha Tlass était venu nous rencontrer. Dans un élan d'hypocrisie, Tlass nous avait dit qu'« Israël craint la mort et la perte d'un de ses soldats lui fait peur et mal. Mais nous, nous avons beaucoup d'hommes et nos hommes ne craignent pas la mort ». Là réside la différence entre les deux conceptions et les deux camps. Le témoignage de Tlass semble avoir inspiré les dirigeants du Hamas aujourd'hui. Ainsi, l'extermination de tous les enfants de Gaza importe peu aux dirigeants islamistes et du Hamas, la vie n'ayant aucune valeur pour eux. Ils se réjouissent simplement de la mort de quelques soldats israéliens.

Pour les islamistes, l'objectif de la vie est de tuer ou de se faire tuer pour gagner le paradis. La vie n'a donc aucune valeur. Si le Prophète Mohammed savait que le Juif allait voler un jour à bord des F-16, il n'aurait pas commandé à ses disciples de tuer les juifs jusqu'au jour dernier. Mais ses disciples doivent modifier cette idéologie par pitié pour les générations futures, et pour sauver leur descendance et lui préparer une vie meilleure, loin de l'idéologisation de la mort.

Les musulmans doivent commencer par se changer
pour prétendre changer la vie.

Ils doivent rejeter la culture de la mort enseignée et véhiculée par leurs livres. C'est seulement quand ils y parviendront qu'ils n'auront plus d'ennemis. Car, celui qui apprend à aimer son fils plus qu'à haïr son ennemi appréciera mieux la vie. Jamais la terre ne vaut la vie des personnes, et les Arabes sont le peuple qui a le moins besoin de la terre.

Mais paradoxalement, c'est le peuple qui déteste le plus la vie.

Quand est-ce que les Arabes comprendront-ils cette équation ? Quand commenceront-ils à aimer la vie ?

Traduit de l’arabe par Chawki Freïha

© MediArabe.info

Article original : http://www.aafaq.org/masahas.aspx?id_mas=2939

LIENS DIVERS
en rapport avec Mme Wafa Sultan :

Qui est-elle ? : http://fr.wikipedia.org/wiki/Wafa_Sultan

Vidéos : http://www.wideo.fr/video/iLyROoaft8s_.html

http://ca.youtube.com/watch?v=SP8XPJLc62g

Autres :

http://groups.google.fr/group/fr.soc.religion/browse_thread/thread/e369dbd68379d665

http://www.lemonde.fr/cgibin/

ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=940019

http://forum.doctissimo.fr/viepratique/Actualites/wafa-sultan-exemplaire-sujet_2637_1.htm

Janvier 2009

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On peut ainsi constater que rien n'est simple dans cette situation désastreuse et révoltante...

Il n'y a pas UNE vérité. Mais il y a des faits insupportables et des groupes armés qui n'ont vraiment aucun respect pour la vie.

SÉNÈQUE

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« Quand je cesserai de m'indigner,
j'aurai commencé ma vieillesse. »

André Gide
Extrait de Nouveaux prétextes

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