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dimanche 22 août 2010

AVEUGLEMENT VOLONTAIRE ET ALIÉNATION CULTURELLE


...UN TANDEM DÉSASTREUX
Jean-Luc Dion


(Texte de la conférence prononcée à la réunion du 24 mai 2010 devant les membres du Cercle Est-Ouest à Trois-Rivières, Québec.)


Avant propos

Au risque de passer pour un « extrémiste », j’ai choisi de donner à ma présentation le titre quelque peu provocateur ci-dessus…[1] C’est en examinant un certain nombre de faits observés touchant notre comportement collectif comme Québécois de langue française qu’on peut se poser diverses questions sur nos convictions embrouillées. Quelques comparaisons avec le comportement de nos voisins servent à illustrer le propos. Pourquoi avons-nous collectivement certains travers qui sont impensables au Canada (anglais), aux États-Unis, en Allemagne, etc. ?

L’examen de ces travers persistants peut sans doute porter certains au pessimisme quant à notre avenir, mais n’importe-t-il pas de bien connaitre la réalité pour espérer une réaction salutaire et des décisions éclairées qui nous feront progresser ?

Introduction

Il me faut préciser au départ que j’ai une ancêtre britannique, que j’ai su lire et parler anglais très jeune et que j’ai bien failli être obnubilé par la culture anglo-américaine. Toutefois, à l’été de mes vingt ans j’ai travaillé pendant plusieurs mois en Ontario où j’ai commencé à prendre conscience du Canada réel et de la situation des « Canadiens français » comme on se désignait alors. Ce fut une révélation pour le jeune homme que j’étais. J’ai ensuite travaillé comme ingénieur à Montréal pour une grande entreprise canadienne où tout le travail se faisait alors en anglais.

C’est à partir de là qu’a commencé ma réflexion sur l’état et l’avenir du peuple français d’Amérique, un peuple d’origine française, bien sûr, mais qui a intégré au cours de l’histoire de nombreux ancêtres d’origines très diverses, comme l’a relevé l’historien Denis Vaugeois dans son étude « Le Québec, un creuset méconnu » [2]. L’étude de quelques autres langues étrangères et des séjours dans divers pays m’ont aussi aidé à faire des comparaisons, à me poser des questions, et surtout à chercher des réponses.

J’ai pensé assembler ces quelques réflexions en constatant l'état déliquescent et la confusion identitaire au Québec qui deviennent très inquiétants pour notre avenir dans la mesure où nous espérons qu’il soit celui d’un peuple de langue française libre et dynamique en Amérique. Elles m’ont été inspirées en intégrant une pensée du journaliste et essayiste Jean-Claude Guillebaud qui a prononcé une conférence à Trois-Rivières il y a quelques mois :
Une société qui, collectivement, - ne croit plus -, perd ipso facto toute foi en elle-même. Une société dont le cynisme et le quant-à-soi généralisés dévalorisent les institutions, à commencer par l'État, n'est plus capable de rassembler l'énergie requise pour faire face. Une société du chacun pour soi, où la précarité aggravée, le chômage de masse et la ségrégation sociale démolissent ce qu'il reste de l'esprit public, devient rapidement une proie sans défense. Quand elle se réveille en sursaut de sa torpeur, c'est pour basculer dans la peur irraisonnée de l'autre, et dans un ressentiment à la fois brouillon et exterminateur. Nous y sommes…[3]
 Cette présentation s'articulera également sur divers aspects de notre réalité nationale et de ses illusions qui nous posent un sérieux problème, comme l'a souligné à maintes reprises un de nos plus grands penseurs, Pierre Vadeboncoeur, récemment disparu:
« Une importante partie des Québécois est en profond désaccord avec la politique patiemment assimilatrice du Canada à notre égard. Une force centrifuge persistante anime ce Québec contre le fédéralisme et les deux grands partis qui le représentent... Les fédéralistes francophones ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont les instruments d’un génocide tranquille. La politique fédéraliste conduit à ce résultat. Système feutré, très anglais par sa prudence.»[4]
Toutefois, on peut observer un glissement insidieux dans la majorité de langue française qui a un double effet : une partie de la majorité est inconsciente de ce qui se passe fondamentalement; une autre partie ne veut rien savoir, ne se pose pas de questions et veut vivre strictement dans le présent; une autre attend les évènements et ne se mouille pas; et une dernière, pas encore majoritaire, sait que l’indépendance est l’état normal d’une nation. En un mot, on subit ce qu’on peut appeler l’«aveuglement volontaire» ou l’« illusion consentie ». Il faut bien l’admettre, ce recul s’est produit sous l’effet d’une propagande incessante du gouvernement canadien et de ses agents au Québec qui s’est illustrée par le « scandale des commandites » où des centaines de millions de dollars ont été dilapidés pour nous laver le cerveau.

En fait, au sein même des élites de la majorité, dans les domaines de la politique, de l’économie, des loisirs et de l’enseignement, on peut détecter un abandon inquiétant des principes, des réactions normales, pour ne pas dire des « croyances » et de la vigilance qui sont essentielles au progrès normal d’une nation. Pour bien s’en rendre compte, il faut bien sûr se comparer à des peuples qui vivent pleinement leur indépendance et leurs responsabilités à l’échelle mondiale.

Malgré des progrès certains sur divers plans au Québec, les évènements plus ou moins difficiles vécus au cours des cinquante dernières années n’ont pas toujours contribué à corriger, souvent bien au contraire, certains comportements qui relèvent de l'aliénation culturelle et qui sont symptomatiques d’une grave crise de croyance, la croyance en soi, cette croyance tellement essentielle d’après Jean-Claude Guillebaud dans « La force de conviction ». Dès le départ, il faut bien préciser que l’oubli ou négation de soi dans l’aliénation culturelle n’est aucunement apparenté à la saine ouverture vers les autres, à la connaissance des langues étrangères et aux amitiés internationales. Bien sûr, la croyance dont il s’agit n’est pas nécessairement religieuse.

Pensons à notre comportement dans l’affaire des « accommodements dits raisonnables ». Pensons à nos divisions et à notre misérable impuissance devant les innombrables attaques de la Cour suprême du Canada contre la Charte de la Langue française, des attaques qui l’ont réduite comme une peau de chagrin. Pensons à la volonté toute récente de cette même Cour d’invalider la loi 104 du Québec visant à colmater une brèche légale qui permettait l’accès à l’école de la minorité anglaise à des francophones et à des immigrés qui doivent aller à l’école de langue française. Pensons à la réaction timorée de nos penseurs…

Souffrons-nous collectivement d’aveuglement volontaire ?… Il faudrait peut-être se poser sérieusement la question devant les nombreux faits qui l’indiquent.

Sur l’« aveuglement volontaire », on peut lire ceci dans AgoraVox :
« Devant la peur d’être rejeté par un groupe dominant ou agresseur possédant le pouvoir et l’argent, un grand nombre de personnes, vont trouver plus confortable de modifier leur façon de voir les choses. Le sujet se met à penser de façon entièrement conforme au groupe dominant. La personne cesse de se poser des questions, de lutter, et se soumet. C’est le mécanisme de l’identification à l’agresseur, qui est décrit en psychanalyse. On retrouve ce mécanisme dans le Syndrome de Stockholm. » [5]
Une définition du problème

Au départ il convient de donner une brève définition de l’aliénation culturelle… D’emblée, on pourrait dire que c’est la valorisation excessive d’une culture étrangère et de ses productions aux dépens de celles de sa propre culture. C’est aussi placer une langue étrangère au-dessus de la sienne, au point d’abandonner celle-ci. En ce qui nous concerne, il s’agit évidemment de l’« anglosphère » et de l’anglais. On pourrait sans doute dire que cet état est lié à un complexe d’infériorité dont les causes sont connues, un complexe toujours vivant. Il est important de se rappeler que le peuple français d’Amérique n’a jamais pu s’autodéterminer pleinement et assumer les responsabilités de l’autodétermination à partir de 1608 jusqu’à aujourd’hui. Et la peur de devoir assumer ces responsabilités nous a profondément divisés aux référendums de 1980 et de 1995… Pour en revenir à la définition de l’aliénation culturelle :

Le Petit Robert reprend la définition philosophique suivante de Hegel et de Marx sous le mot allemand
« Entfremdung »  (éloignement) : « État de l’individu qui, par suite des conditions extérieures (économiques, politiques, religieuses), cesse de s’appartenir, est traité comme une chose, devient esclave des choses et des conquêtes même de l’humanité qui se retournent contre lui. »
Le groupe des espérantistes, c’est-à-dire ceux qui préconisent la connaissance de l’espéranto comme langue de communication internationale dans le respect des langues nationales, est particulièrement sensible aux méfaits de l’aliénation culturelle. Incidemment, sait-on qu’il y a actuellement environ 6700 langues répertoriées dans le monde dont le tiers se trouve en Asie, et dont seulement 200 sont écrites ? Sur un de leurs sites internet, SAT Amikaro, on peut lire :
« L’aliénation culturelle est en marche. Elle consiste à amener les natifs non anglophones (au moins 92% de l’humanité) à penser dans une langue qui n’est pas la leur (en l’occurrence l’anglais, la langue de « l’Empire »). L’aliénation, c’est l’état d’un individu devenu ou rendu inapte à se connaître lui-même.
L’aliénation le prive de ses racines, de son passé, de la mémoire et du patrimoine culturels de l’entité à laquelle il appartient. Faire en sorte que l’individu devienne comme étranger à lui-même et tombe dans un état de dépendance, c’est lui offrir deux chaises et l’inviter à s’asseoir entre les deux. L’aliénation hypothèque son avenir et plus encore celui des générations qui, trop tard, découvriront un bien triste héritage après la disparition des coupables. » [6],[7]
Le schéma de cette forme d’aliénation est bien connu depuis qu’Albert Memmi, le célèbre auteur tunisien de la décolonisation, l’a exposé dans son Portrait du colonisé. Il la définissait comme une admiration excessive pour le colonisateur ou « l’Empire », sa civilisation et sa culture, sa langue, et le refus de soi jusqu’à détester ce qui se rapporte à sa propre culture, détester les siens considérés comme arriérés, « ringards » i.e. démodés, etc. [8]

Dans Portrait du colonisé, Memmi écrivait :
« Il n'y a pas de doute qu'un groupe humain qui veut se libérer doit mener également un combat contre lui-même. J'ai retrouvé ce combat interne chez les colonisés, comme chez les Juifs, comme chez les Noirs.» [9]
Il aurait peut-être pu ajouter : « comme chez les Québécois »… L’aliéné culturel, qui est la plupart du temps ignorant de son histoire et de ses héros, sera souvent épris des pires productions culturelles de l’Empire telles que la chanson populaire tapageuse qu’il ne comprend même pas la plupart du temps. Il admirera les héros de l’Empire qu’il ne connait pas vraiment et ne comprend pas. En cela il sera aidé par une radio et une télévision qui accordent une place tout à fait démesurée aux productions et aux faits de l’Empire.

Celui ou celle qui est sous l’emprise de ce dérèglement pensera spontanément à nommer les choses dans la langue de l’Empire. S’il participe à la création ou à l’organisation d’un spectacle, il choisira maladivement un contenu musical et un titre dans la langue de L’Empire, etc., etc.

En se comportant ainsi, l’aliéné culturel se rend ridicule et méprisable aux yeux des étrangers qui ont souvent une bien meilleure connaissance de sa langue et de sa culture que lui-même…

Quel est le rôle de nos « élites » dans cette situation ? Nos élites, c’est-à-dire ceux qui ont été formés plus ou moins aux dépens de tous les citoyens pour assurer le progrès de la nation, seraient-elles, dans une dangereuse proportion, prises au piège de la dépersonnalisation et de l’aliénation culturelle quand on voit leur comportement dans certains dossiers importants ? Pensons, par exemple, à nos pénibles divisions devant les poussées de l’unitarisme canadien envahissant, devant les avancées du « multiculturalisme », clairement conçu pour contrer l’essor du Québec de langue française et son accès au monde extérieur.

Georges Bernanos a ainsi écrit :
« La haine qu'on se porte à soi-même est probablement celle entre toutes pour laquelle il n'est pas de pardon. »
Curieusement, cette citation se trouve en tête d’un article qui traite des origines juives d’Adolf Hitler ! [10]

Nous, Québécois et francophones d’Amérique, ne sommes pas les seuls affectés, bien sûr : il suffit de constater les ravages de l’anglomanie dans l’Europe francophone [11]. Mais nous le sommes particulièrement, vu notre situation dans cette Amérique massivement anglophone, et ne jouissant pas d’un État indépendant sur lequel nous pouvons nous appuyer en toute confiance.

Dans le journal suisse Le Temps, on lisait récemment ceci qui pourrait se transposer au Québec depuis une cinquantaine d’années :
« Comme le montre le débat français sur l’identité nationale, il y a une crise en Europe autour des valeurs, le sens de la communauté et ce qui nous relie. On peut s’en réjouir ou le regretter, mais le fait est que, comme l’écrivait le philosophe Marcel Gauchet, « le déclin de la religion se paie en difficulté d’être soi. C’est une société psychiquement épuisante. » [12]
On rejoint ici le constat de Guillebaud sur lequel nous reviendrons, car l’important rejet de nos repères religieux catholiques depuis une couple de générations a laissé un grand nombre de nos compatriotes dans un état de carence spirituelle. En effet, les croyances religieuses assuraient une certaine sécurité à notre société, dans le sens décrit par Nietzsche dans « Par delà le bien et le mal » : « la religion, la signification religieuse de la vie sont un rayon de soleil pour ces hommes toujours accablés et leur rend supportable même leur propre aspect… et à se résigner à l’ordre réel qui lui fait la vie si dure… » [13]. En effet, nos anciennes croyances et les rites si rassurants ont été le plus souvent remplacées par le vide ou par les « grand’messes » de musique « Rock » et autres gesticulations plus ou moins hystériques en foule. Et plusieurs de nos compatriotes ont conséquemment une terrible difficulté à savoir qui ils sont…

Des faits qui soulèvent des questions

L’observation du comportement individuel et collectif d’une forte proportion de Québécois dits « de souche » ou assimilés est révélatrice dans diverses situations courantes, au travail, dans les réunions d’affaires et autres, dans les loisirs, quand ils se trouvent en présence de personnes de langue étrangère qui parlent français plus ou moins facilement. On observe souvent et depuis longtemps ce qui serait considéré comme bizarre par les citoyens éclairés de nombreux pays occidentaux, particulièrement par ceux de tradition anglo-saxonne et protestante. Dans ces réunions, on observe que nos gens se mettent à parler anglais spontanément, même si ces autres personnes connaissent mieux le français que l’anglais… C’est notamment le cas quand une seule personne dans un groupe, même nombreux, est anglophone. On ne verra essentiellement jamais l’inverse se produire en Ontario, par exemple.

Pourtant, le français est la seule langue officielle du Québec depuis plus de trente ans et on s’évertue à DIRE dans certains milieux que c’est la langue commune des Québécois, la langue avec laquelle il est normal de communiquer. Mais on se contente trop souvent de le dire, sans agir en conséquence… Pour ma part, étant ce qu’on appelle un « parfait bilingue », c’est une règle que j’applique depuis plus de 40 ans dans mes relations professionnelles au Québec : les échanges se font en français, mais je parlerai volontiers anglais avec des anglo-Québécois qui parlent français et qui nous respectent.

Danick Trottier, étudiant en musicologie à l'UQAM, écrivait dans Le Devoir il y a déjà 10 ans, en citant le fameux « Refus global » [14] :
« - Peur des préjugés - de l'opinion publique -des persécutions - de la réprobation générale - ... peur de soi (Refus global), [15] et nous pourrions ajouter: peur de son ombre et peur d'avoir peur... Ces paroles nous semblent anachroniques, nous pensions bien avoir résolu ces problèmes! Et pourtant, elles sont toujours présentes dans la mémoire collective québécoise et résonnent de manière viscérale au plus profond de nous-mêmes. »
Et il poursuit :
« Oui, mes amis, une souffrance psychologique s'est substituée à la souffrance physique de nos ancêtres. Prenez comme preuve tous les suicides et la détresse tant psychologique que spirituelle de notre jeunesse. Cette angoisse politique et sociale intrinsèque au Québec se retrouve en chacun de nous et nul ne peut en faire abstraction car elle se transmet de manière atavique. (…)

Ne faut-il pas remplacer le « refus global » par la responsabilité totale ?...»
Le comportement avec des étrangers

Que dire de la difficulté qu’éprouvent très souvent des étrangers francophones et francophiles à se faire répondre en français par des Québécois francophones, surtout à Montréal ! Beaucoup de cas sont rapportés chaque année qui ne sont que le dessus du panier… Par exemple, dans une lettre au Devoir du 24 août 2009 intitulée - L'anglo de Saint-Pierre, Ean Higgins, un journaliste australien qui venait de terminer un cours intensif de français à Montréal, écrit :
« Que dois-je faire pour persuader les Québécois francophones de parler en français lorsque je m'adresse à eux ? »
Il poursuit en écrivant :
« Même si c'est, dans la plupart des cas, une politesse, il devient gênant pour un Anglo qui vient de finir un cours de français de plus haut niveau, quand il essaye d'utiliser la langue nationale du Québec, de constater qu'un francophone lui réponde en anglais.

Je suis tout à fait d'accord avec ceux qui dénoncent le fait qu'il existe plusieurs entreprises sur le Plateau Mont-Royal, à Montréal, où on ne peut pas être servi en français, car le propriétaire ou les employés ne le parlent pas. Mais il est ironique qu'un anglophone soit dérangé par cet illogisme. »
Et dire que beaucoup de francophones ne le sont pas…!

Monsieur Higgins continue ainsi :
« Pour échapper à mon agacement, j'ai développé quelques tactiques. L'une d'entre elles est très simple: je continue mon boniment en français, quoi qu'il arrive. Par exemple, l'autre jour, je suis allé au bureau de la Régie de l'assurance maladie du Québec, afin de renouveler ma carte, après avoir vécu trente ans en Australie. J'ai commencé à parler en français, mais la dame m'a répondu en anglais. J'ai fait semblant de n'avoir entendu que du français. C'était une petite victoire: elle a finalement daigné me parler dans la langue nationale. »
En effet, hélas ! Beaucoup de Québécois ont pratiquement honte de parler français avec des gens qui ont un accent qui semble étranger : cela s’observe couramment à Montréal. C’est le paradoxe du français au Québec. Une forte proportion de compatriotes a une relation « amour-haine » avec sa langue maternelle qui cause un comportement souvent aberrant.

Cela viendrait-il du fait qu’ils la parlent mal, qu’ils ne la maitrisent pas ? Pourtant, le plus souvent, ces mêmes personnes parlent encore plus mal anglais. Serait-ce l’humiliation devant un non francophone qui s’exprime mieux qu’eux ? Serait-ce une manifestation de francophobie maladive ? En effet, on sait que les préjugés anti-français sont entretenus de diverses façons chez beaucoup de gens qui ne connaissent rien de la France réelle et des pays francophones…

L’ambivalence paralysante

Les sondages d’opinion au Québec révèlent depuis fort longtemps des opinions contradictoires assez troublantes chez les mêmes personnes. Par exemple, dans celui rapporté par Rima Elkouri dans La Presse du 14 mai dernier :

« Une majorité de Québécois francophones (61%) serait d’accord pour que l’accès à l’école anglaise soit élargi, selon un sondage publié lundi dans The Gazette. Est-ce à dire que 61% des francophones ont la mémoire courte ? Ou que l’on peut vraiment faire dire tout et son contraire aux sondages ? »

En effet :
« Selon un récent sondage Ipsos-Bloc québécois, 90% des Québécois sont d’accord pour dire que le gouvernement canadien devrait respecter les dispositions de la loi 101 faisant du français la seule langue officielle au Québec.

Si les deux sondages disent vrai, une majorité de Québécois serait donc à la fois pour le respect de la loi 101 et pour le libre choix. Bref, à la fois pour et contre le respect de la Charte de la Langue française. »
N’est-ce pas un bel exemple de confusion ! À vouloir obstinément s’asseoir entre deux chaises on se retrouve inévitablement par terre…

Ces sondages qui ne sont pas les premiers du genre n’indiquent-ils pas, dans le premier cas, un manque de confiance en soi, un déficit de « croyance » aux ressources et à la pérennité de sa propre culture ? Le pourcentage de 61% de francophones prêts à angliciser leurs enfants n’est-il pas effarent quand on sait que l’école fréquentée détermine fondamentalement la langue et la culture qui seront adoptées par l’écolier, surtout si le milieu de travail est anglicisant ?

Dans le deuxième cas, ne s’agit-t-il pas d’« aveuglement volontaire », du fait que le gouvernement canadien a maintes fois démontré qu’il ne respectera pas la Charte de la Langue française et qu’il est prêt à tout pour la démembrer au nom de son multiculturalisme ?

La domination de l’anglais en radiotélévision

La domination de l’anglais dans les « médias » est un fait d’observation courante, que ce soit à la radio ou à la télévision. Bien sûr, il est assez normal en Amérique du Nord, à l’ère des satellites, d’avoir accès à une quantité considérable de canaux de télévision en anglais, et même en d’autres langues.

Mais, est-il normal que le nombre de stations de radio anglaises dans notre métropole dépasse pratiquement celui des stations qui diffusent en français ?

Est-il normal, est-il logiquement acceptable que la grande majorité des stations de radio dites de langue française diffusent à longueur de journée de la chanson anglo-américaine, très tapageuse de surcroît ? Une question accessoire est celle-ci : est-il acceptable que la radiotélévision soit régie par un organisme non québécois ?

Est-il normal que la radio d’État de langue française diffuse autant de chansons en anglais à cœur de jour, un phénomène qui s’est considérablement intensifié depuis quelques années ?

Par comparaison, les stations de langue anglaise au Québec ne diffusent essentiellement jamais de chansons en français ou autre langue. En se promenant au Canada anglais et aux États-Unis on observe la même chose en plus fort...

L’ambiance frelatée

Que dire maintenant de l’ambiance « musicale » anglo-américaine abrutissante entretenue dans à peu près tous les magasins, restaurants et boutiques du Québec, quand ce n’est pas dans les ateliers et garages ! Nous sommes tous exposés au tapage et aux bêlements « OOOH-OU-OH-OU-OH » déversés par les haut-parleurs pendant le magasinage ou en déjeunant au restaurant. Si l’on proteste auprès du personnel, on se fait répondre qu’on n’y peut rien ! Dans bien des cas, Il semble que cet abrutissement est imposé par une autorité supérieure ! Nous prend-on vraiment pour des imbéciles ?

Ce conditionnement malsain s’ajoute à celui de la radio populaire mentionné précédemment. Et encore, on n’a pas parlé du choix des films dans les cinémas et à la télévision ! Nous savons tous que de moins en moins de bons films non anglo-étatsuniens sont montrés en dehors des ciné-clubs… Par contre, une foule de films de troisième ordre de l’Empire sont imposés de l’extérieur dans nos cinémas, comme la musique dans les stations de radio. Cette situation entraine forcément l’aliénation culturelle des auditeurs qui ne connaissent plus les films français et autres, même s’ils sont très bons.

Perte de repères et références étrangères

Une conséquence évidente de ce martellement du cerveau, particulièrement chez les jeunes, est l’acquisition de références culturelles anglo-américaines et la perte des repères dans leur propre culture québécoise et française.

Ainsi, on voit de plus en plus de nos écoles qui organisent des spectacles musicaux et autres inspirés directement de l’Empire… Par exemple, on présentait au Séminaire de Trois-Rivières ces jours derniers, « l’opéra rock » « Jésus-Christ Superstar » Il s’agit d’un spectacle étatsunien de 1970 dont on a fait un film en 1973 [16].

Tout récemment, comme le rapportait Le Nouvelliste [17] du 4 mai, les Nicolétains ont pu « applaudir » le spectacle des élèves du Collège Notre-Dame-de-l’Assomption tiré d’un obscur film étatsunien de 1984 au merveilleux titre évocateur de « Footloose » (?!?) Se pourrait-il qu’on soit « lousse » du cerveau dans ce milieu ?

En cherchant un peu ailleurs, on trouverait sans doute d’autres cas patents qui s’apparent à de l’aliénation culturelle dans la mesure où leur nombre dépasse largement celui de productions inspirées du monde francophone : le problème se trouve dans les proportions, dans la place majeure occupée par ces influences essentiellement anglo-américaines. Il y a lieu de s’interroger sérieusement quand on constate que les enseignants et les directions d’école encouragent activement ces spectacles…

Pour fins de comparaison, il faudra chercher longtemps aux É.U. et au Canada pour trouver des écoles qui organisent des spectacles inspirés du monde non anglo-étatsunien…

Le monde des festivals

Dans le domaine des festivals, et nous n’en manquons pas, il est assez facile de faire des comparaisons à partir des programmes publiés.

On sait, par exemple, que le Festival d’été de Québec prend un virage de plus en plus anglais d’une année à l’autre. Il suffit de consulter le programme des évènements du 8 au 18 juillet prochain pour en être « édifiés »… En voici quelques-uns :
Bedouin Soundclash, John Butler Trio, LA – 33, Frank Vignola Quintet, Dream Theater, Iron Maiden, Great Lake Swimmers, Andrew Bird, Papagroove, Kid Koala Presents the Slew Live, The Heavy, Colin Moore, Roger Hodgson de Supertramp, Passion Pit, Caravan Palace, The Arcade Fire, etc., etc. [18]

Et ce n’est pas la moitié du programme ! Il faut aussi remarquer que plusieurs de ces illustres inconnus (du moins pour la plupart des francophones) vont donner deux ou trois représentations. À travers tous ces représentants de l’anglosphère, on arrive à trouver Enrico Macias, Sylvain Cossette, Yann Perreau, Loco Locass, et même Gilles Vigneault qui donneront une seule représentation chacun. Pour se donner bonne conscience, les organisateurs ont tout de même invité quelques artistes du Congo, de Catalogne, de Serbie et du Mali… On trouve même un Québécois qui va faire du « rock psychédélique égyptien » !

Un décompte du programme révèle que sur les 96 spectacles du festival, au moins 61 seront donnés par des artistes anglophones. Sur les 35 autres, une vingtaine seulement vient du monde francophone.

Que pouvons-nous penser de l’influence qu’aura ce festival sur l’esprit des jeunes Québécois d’une part et sur le regard que porteront les visiteurs étrangers sur la culture québécoise et française ? Se peut-il qu’il en résulte un renforcement de notre vitalité culturelle et de notre rayonnement dans le monde ???

Or, le gouvernement canadien vient d’augmenter généreusement sa subvention à ce festival, alors qu’il réduit à zéro celle qu’il donnait depuis des années au festival Les Francofolies de Montréal (8-19 juin). Il faut sans doute être paranoïaque pour voir dans cette réalité un lien avec les visées de l’unitarisme canadien…

Maintenant, aux fins de comparaison, on peut se poser la question de la place des artistes de la Francophonie et des autres mondes culturels dans les festivals de l’anglosphère. Autrement dit, dans ces derniers, la place du français et des langues autres que l’anglais se compare-t-elle à la place de l’anglais au Festival d’été de Québec ? Il est intéressant de chercher une réponse à cette question, et on la devine sans doute…

L’internet permet d’y répondre assez facilement car les milliers de festivals nord-américains de musique et autres y sont répertoriés [19]. Il faut toutefois beaucoup de patience pour y déceler les rares activités qui ne relèvent pas exclusivement du monde anglo-saxon…[20]

Par exemple, un des très rares festivals extérieurs qui s’expriment en français est le Festival francophone de Vancouver, un festival international, où la programmation est 100% en français…[21] Ailleurs, essentiellement que de l’anglais ! Mais, il se trouvera toujours de gentils anglophones et assimilés pour nous traiter de « racistes » enfermés sur nous-mêmes au Québec, dans la foulée d’Esther Delisle et de sa fameuse thèse[22]…

L’apologie du patois…

Il est certain que les divers peuples qui partagent une même langue se distinguent parfois par l’accent, parfois par certaines expressions tout en se comprenant très bien. C’est normal et ça donne de l’intérêt aux voyages.

Ce qui est anormal ici, c’est que certaines « élites » encouragent pratiquement le développement d’un dialecte qui s’écarte du français parlé dans le monde et qui nous coupe du monde. Après avoir fait un progrès considérable sur ce plan grâce à la radio et à la télévision où l’on a eu pendant longtemps le souci de parler une langue correcte, on sent un relâchement certain depuis une vingtaine d’années. Il semble que n’importe qui peut maintenant devenir animateur de radio et de télévision et parler n’importe comment ! De toute évidence, il n’y a plus de Miville Couture et de René Lecavalier [23],[24] qui servent de modèles et de précepteurs… Le fer de lance de cette entreprise de démolition de la langue est sans doute la prolifération des supposés « humoristes » et des spectacles d’« humour ».
« Le problème actuel de la langue française au Québec, selon Jacques Languirand, n'est pas tant la vogue des mots anglais, mais plutôt les structures qui s'anglicisent et la négligence dans le style. »[25]
Mais, justement, la langue enseignée et parlée ici par la majorité des gens instruits est le français et non un dialecte qui nous éloignerait de la norme internationale. On peut penser sans trop se tromper qu’il n’y a pas d’avenir pour une langue boiteuse parlée par un peuple qui n’aurait même pas le courage de prendre la place qui lui revient dans le monde.

Quand on a la chance de partager une grande langue internationale qui est un modèle de clarté et de précision et qui s’appuie sur une culture plus que millénaire, ne doit-il pas s’imposer d’en prendre un soin jaloux et de la respecter ? N’est-il pas inquiétant qu’un bon nombre de Québécois de langue française s’en fichent complètement ?

Voici ce qu’en pense la chroniqueuse Caroline Moréno qui ne mâche pas ses mots :
« (…) À quoi sert-il de posséder le français comme seule et unique langue officielle si personne n’en tient compte et que Montréal, la ville la plus populeuse du Québec, est anglaise ? Viendrait-il à l’esprit d’un individu de vivre dans une autre langue que le bulgare en Bulgarie ? Dans cette république d’un peu plus de 7 millions d’habitants, certains sans doute utilisent le grec ou le turc à la maison, d’autres connaissent possiblement quelques notions d’anglais ou de français, mais la langue commune à tous reste bel et bien le bulgare. C’est vrai que la Bulgarie, aussi petite soit-elle, est un pays avec tout ce que cela comporte : un territoire, une langue, un drapeau, un hymne national, un passeport, un Président, une armée, des athlètes olympiques, un siège à l’OTAN, un siège à l’ONU, etc.

Puisque le Québec qui est un pays mais qu’il n’est pas indépendant, tout ce qu’il fait pour préserver sa langue et par conséquent son identité, sa différence, sa richesse, sa beauté, est systématiquement réduit en bouillie par le Canada qui a le pouvoir d’amender les lois québécoises en se basant sur la constitution canadienne que le Québec n’a pas signée. On est en droit, à cet effet, de se demander si le fait de ne pas avoir signé cette constitution ne revient pas à l’avoir signée puisque, selon toute logique, le refus de signer devrait suffire à rendre irrecevables les jugements de la Cour suprême. »[26]
Le monde de l’éducation

Toute la société est affectée par ce climat, et le monde de l’éducation n’est pas sans en subir les conséquences de ce relâchement, quand ce n’est pas lui qui en est largement la cause... On peut croire que le manque de vigueur culturelle, de patriotisme et la confusion dans l’appartenance font des ravages.

Dans Le Soleil de Québec du 17 mai dernier on pouvait lire [27] :
« Élèves en difficulté: hausse «troublante» du nombre de cas »

« Selon les plus récents chiffres du ministère de l'Éducation transmis au Soleil, le nombre d'élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage - les fameux EHDAA, dans le jargon scolaire - a augmenté de 7% en 2008-2009, par rapport à l'année précédente, passant de 149 919 à 161 109 élèves. À titre de comparaison, il n'était que de 117 604 en 2001-2002, ce qui représente une hausse de 37% en sept ans. (…)

Au cours de la dernière année, l'augmentation du nombre d'élèves en difficulté a été plus importante à la maternelle (15%) qu'au primaire (10%) et au secondaire (5%). Depuis 2001-2002, ce sont toutefois les écoles secondaires qui ont encaissé une augmentation fulgurante de... 59%, comparativement à 20% au primaire et à 16% au secondaire, toujours sur une période de sept ans. (…)»
Ce phénomène ne peut être qu’amplifié par la fragmentation de notre système d’éducation et une dispersion désastreuse des ressources à tous les niveaux en de multiples sous-systèmes qui divisent les Québécois. Il faudrait aussi des améliorations radicales au niveau universitaire où les universités de la majorité sont les parents pauvres :
« Le défi d'augmenter la participation aux études supérieures vient ensuite. À l'heure actuelle, le Québec, avec moins de 20 % des jeunes de 18 à 25 ans inscrits à des études supérieures, serait l'avant-dernière des ‘provinces’ pour son taux de fréquentation universitaire, avance-t-il. (…) «Quand on se compare aux États-Unis, qui est un marché avec lequel on est en concurrence, on a 34 % de moins de PhD (doctorats) sur une base per capita et 50 % de moins de maîtrises. C'est énorme! Et ça, ça a une grande influence sur notre économie quand on sait que 70 % des gens qui ont un doctorat vont travailler à l'extérieur du milieu académique, dans la sphère socioéconomique.»[28]
N’y a-t-il pas là encore un manque de « croyance » dans nos capacités et dans l’importance tout à fait primordiale de l’éducation pour assurer l’avenir ?

Le phénomène des prénoms au Québec

Comme on le sait, partout dans le monde, le prénom est généralement une indication de l'appartenance culturelle et nationale. Si quelqu’un s’appelle Boris, père de Svetlana, de Moscou, il ne risque pas de passer pour un Espagnol. De même, Dietrich, le mari de Helga, n’est probablement pas né dans le sud de l’Italie, etc… Bien sûr, il y a toujours des exceptions, des fantaisies d’heureux parents énervés par une première naissance qui ont voulu appeler leur bébé « Spatule » (cas véridique) [29] pour une raison quelconque! Mais il y a un phénomène qui prend de l’ampleur au Québec depuis une vingtaine d’années surtout.

Personnellement, en 1998, j'avais déjà fait une petite étude statistique des prénoms donnés aux nouveaux-nés en 1997 à partir du site de la Régie des rentes du Québec.[30]

Les résultats étaient assez renversants et indiquaient clairement les progrès d’une forme d'aliénation culturelle chez de très nombreux Québécois de langue française. Le tableau suivant le démontre tristement. Certains beaux prénoms français sont nettement écrasés par les prénoms anglais correspondants.

D'autre part, il importe de savoir que la proportion d'anglophones au Québec est d'environ 9%. Normalement, la fréquence de prénoms typiquement anglais devrait correspondre à cette proportion. Or, c'est loin d'être le cas pour de nombreux prénoms tels que James, Michael, William, Steven, Andrew, Matthew, etc... Voyons le tableau suivant :

-->

Nombre de prénoms donnés au Québec en 1997 - Extraits
Prénoms français et anglais correspondants
Rapport des deux types
-->


FRANÇAIS
ANGLAIS
Rapport A/F
Geoffroy
0
Jeffrey + Jeff
142
Infini
Jacques
12
James + Jake + Jimmy
278
23,2
Michel
29
Michael + Mikael + Mike
659
22,7
Stéphane
24
Steven + Steve + Steeven +...
236
9,8
André
16
Andrew + Andy
144
9,0
Jean
17
John + Johnny
55
3,2
Luc
27
Luca + Lucas + Luke
75
2,8
Christophe
121
Christopher
232
1,9
Guillaume
483
William
864
1,8
Thomas
254
Tommy + Tom + Tomy
408
1,6
Antoine + Antonin
537
Antony + Anthony
592
1,1
- - - - - - - -

- - - - - - - - -


Claire
0
Clara
39
Infini
Alice
73
Alyson + Alyssa + Alysson +...
440
6,0
Élisabeth
135
Elizabeth
171
1,3
Christine
40
Christina
76
1,9
Émilie
424
Emily + Emie + Emmy +...
291
0,

En 2008, la situation était pire en ce qui concerne les noms de garçon. Par exemple, il y avait 4,4 fois plus de William que de Guillaume, par rapport à 1,8 en 1998. Voyez le tableau partiel ci-dessous. Le nombre normal est celui qu'on aurait si le prénom était donné dans les proportions normales de 91% et 9%.

Pire ! Les André, Jacques et Luc ont complètement disparu de la liste des 100 prénoms les plus fréquents...

-->

Prénom français
Nombre en 2008
Prénom anglais
Nombre en 2008
Nombre normal
de prénoms français
Nombre normal
de prénoms anglais
Guillaume  -  207
William  -  902
1009
100
Mathieu  -  223
Matthew, Mathys... -  851
978
96
Christophe  - 92
Christopher  -  153
223
22
Antoine  -  647
Anthony  -  465
1012
100
 L’article se trouve au site Impératif français[31]


Qui peut penser qu'une telle situation soit normale ???

L’informatique

Dans des villes comme Trois-Rivières massivement francophones à 99%, on trouve des magasins d’informatique qui vendent à des francophones des ordinateurs avec des systèmes d’opération, des logiciels et des claviers anglais. Certains font croire à leurs clients qu’ils sont supérieurs aux versions françaises, ce qui est tout à fait faux. Et les clients les croient ! Voilà un exemple de mauvaise croyance qui choquerait sans doute Jean-Claude Guillebaud ! Même dans notre université à Trois-Rivières, un grand nombre d’usagers fonctionnent encore avec un logiciel de courriel, ou courrieleur anglais, installé par l’organisation, alors que les meilleurs sont gratuits et disponibles en français !

Le bilinguisme systématique de l’État québécois
et ses conséquences

Il y aurait beaucoup à dire sur le bilinguisme pratiqué par l’État québécois en violation de ce qui reste de la « loi 101 »…

Tous les ministères, sauf quelques-uns qui ont aussi une mission internationale, doivent normalement s’adresser à tous les citoyens et à toutes les entreprises dans la langue officielle, le français. Or, une majorité pratique un bilinguisme intégral français-anglais.

Au MDEIE en particulier (Ministère du Développement Économique, innovation et Exportation), le message envoyé aux entreprises québécoises est ambigu. Il suffit de se rendre sur son site internet pour s’en rendre compte car la présence de l’anglais est fort importante[32]. C’est le cas de la plupart des sites ministériels[33]. Le message qui est clairement envoyé aux entreprises est que le français est pratiquement inutile au Québec.

L’accueil et l’intégration des immigrants

Paradoxalement, un des ministères qui devrait avoir des pages en plusieurs langues s’affiche seulement en français !!! C’est le Ministère de l’immigration et des communautés culturelles… Tous les documents d’information qui sont tellement important pour quelqu’un qui songe à émigrer au Québec sont en français seulement. On s’attendrait à ce qu’il fournisse aux futurs immigrants des documents dans diverses langues expliquant clairement qu’ils devront rapidement pouvoir fonctionner en français ici et indiquant les moyens à prendre pour y arriver ? [34]

Or, comme on l’a appris récemment par les journaux, l’accueil des immigrants se fait largement en anglais : certains fonctionnaires insisteraient même pour parler anglais à des gens qui ne sont même pas anglophone ! On admettra que c’est complètement aberrant et humiliant pour le Québec. Il y a un sérieux manque de croyance chez certains fonctionnaires…

En plus, depuis plusieurs années, notre gouvernement a fait, et encore récemment, des coupures importante dans le budget des cours de français pour les immigrants. On peut penser que les conséquences négatives sont sérieuses pour l’avenir de la société québécoise. On ne peut pas imaginer ce genre de comportement dans les États voisins, y compris les provinces canadiennes.

Il convient de noter que le Québec accueille déjà annuellement près du double d'immigrants que les États-Unis d'Amérique...[35],[36]:

Population É.U. : 310 millions   No immigrants É.U. (2002-2006): 1,02 millions / année
                            Soit 329 par 100 000 de population

Population Québec : 7,5 millions No immigrants Qc (2002-2006) : 45 000/ année
                            Soit 600 par 100 000 de population

Dans une étude récente sous la direction de Pierre Curzi[37] on peut lire :
« Le Québec a admis 49 489 immigrants l’an dernier (2008). De ce nombre, 10 954 ont déclaré ne pas connaître le français à leur arrivée ici. Au 28 février dernier, 25% d’entre eux - 2819 - s’étaient inscrits à un cours de français à temps complet ou à temps partiel offert par le Ministère… »

« Quel avenir ce portrait actuel de la langue à Montréal nous laisse-t-il entrevoir? Chaque année, il y a 13 000 étudiants dans les cégeps anglophones qui proviennent du secteur des écoles secondaires francophones.

Les études de Charles Castonguay nous montrent que tout le progrès de la francisation des allophones au cours du passage à l’école primaire et secondaire est annulé par ce passage au cégep anglophone.

Le transfert linguistique précoce vers le français serait donc temporaire pour beaucoup d’allophones puisqu’un deuxième transfert s’effectue vers l’anglais au cégep.

Avec l’ajout, dans la seule région de Montréal de plus d’un demi-million de nouveaux Québécois nous arrivant de l’étranger au cours des 10 prochaines années, légiférer en matière de langue d’enseignement dans le cas des écoles passerelles ou au niveau collégial s’impose comme un strict minimum si l’on veut sauvegarder le fait français à Montréal.

Et légiférer ne représente qu’une parmi les nombreuses avenues que nous devrons emprunter. À la lumière de la situation actuelle et à venir, peut-on cataloguer de « paranoïaques de la langue » ou de « radicaux péquistes » celles et ceux qui considèrent nécessaire d’agir promptement et significativement sur la question linguistique? »

Allons-nous toujours trop loin pour ceux qui ne veulent aller nulle part?
Dans Le Devoir du 22 avril dernier, on pouvait lire :
« Après la fermeture de 30 classes de francisation décrétée par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC), c’est au tour d’Emploi-Québec d’abolir des classes de français destinées aux immigrants en raison de compressions budgétaires.

(…) Jugeant utiles ces cours de français conçus pour les travailleurs immigrants, la responsable a tenté d’obtenir du financement d’un autre organisme gouvernemental, mais sans succès. »
C’est ainsi qu’avec de telles attitudes au cours des années, nous voyons environ 90% des immigrés se concentrer dans la ville et la région immédiate de Montréal. Nous constatons aussi qu’une majorité de ceux-ci se dirigent vers les collèges et universités de langue anglaise et deviennent des anglophones, de sorte que Montréal est déjà majoritairement de langue anglaise.

Cette conclusion vient d’être renforcée par une autre étude communiquée au 78e Congrès de l'ACFAS rapportée dans Le Devoir du 11 mai dernier :

         « L'anglais prend de la vigueur au Québec »
« (…) L'exode des anglophones hors du Québec est bel et bien terminé. On assiste maintenant à un revirement spectaculaire de la situation. Entre 2001 et 2006, la population anglophone de la région montréalaise a connu une croissance sans précédent dans l'histoire du Québec, tandis que la population francophone a quant à elle reculé. Le pouvoir d'attraction de l'anglais ne se dément pas, car la langue de Shakespeare est gage d'emploi intéressant et lucratif au Québec, même si la langue de la majorité y est pourtant le français. »
Les données des recensements de 2001 et de 2006 montrent que la population de la région métropolitaine de Montréal ayant pour langue maternelle l'anglais a connu une croissance de 6,3 % — grâce à 20 000 nouveaux locuteurs — alors qu'elle déclinait depuis le milieu de la Révolution tranquille, la Crise d'octobre et l'élection d'un gouvernement souverainiste en ayant fait fuir plusieurs. Pendant ce temps, la population de langue maternelle française est demeurée stable. Ces données signifient en d'autres termes que le poids des francophones de langue maternelle française a perdu deux points de pourcentage (passant de 81 % de la population en 2001 à 79 % en 2006) en cinq ans. Le poids de la population dont la langue d'usage à la maison est le français a chuté sensiblement autant.

Des scientifiques complaisants…

Petit syllogisme…

Quand on est dans son pays, on fonctionne dans la langue de son pays. Or, de plus en plus de scientifiques québécois se sentent obligés de faire leurs demandes de subvention en anglais aux organismes canadiens et l’anglais n’est pas leur langue. Donc, le Canada n’est pas leur pays (ni le nôtre…) !

Quelle issue possible ?

Que faut-il faire pour éviter le désastre ? Voilà la question ! Une chose est certaine, il va falloir croire en nous, sortir de nos contradictions et nous retrousser les manches…

Tout récemment, Jean-François Lisée, après l’analyse de récents sondages, relevait quelques résultats cruciaux qui démontrent clairement les convictions majoritairement opposées du Québec et du Canada et nos contradictions destructrices[38]. En voici quelques-uns :
o La constitution devrait accorder au Québec le pouvoir de choisir trois juges de la Cour suprême :
Les Québécois : Oui, 83 %

Le Rest of Canada : Non, 73 %
o La constitution devrait reconnaître au Québec la pleine juridiction en matière d’immigration sur son territoire :
Les Québécois : Oui, 78 %

Le Rest of Canada : Non, 77 %
o Le Québec devrait avoir plus de pouvoirs en matière de langue et de culture :
Les Québécois : Oui, 82 %

Le Rest of Canada : Non, 69 %
o Le Canada devrait amorcer une nouvelle ronde de négociation pour trouver une entente constitutionnelle satisfaisant le Québec :
Les Québécois : Oui, 82 %

Le Rest of Canada : Non, 61 %
On constate aussi de toute évidence que le Canada n’a pas la moindre intention de faire quelque aménagement administratif significatif que ce soit dans le sens des aspirations du Québec, même les plus modestes : tous les faits le démontrent depuis plus de 40 ans.

Sur ce point, l’ancien ministre Richard Le Hir résume clairement la situation[39] :
« Le sondage rendu public lors du colloque IPSO-BLOC constitue la reconnaissance noir sur blanc de ce dont nous étions déjà tous intimement convaincus *. Jamais l’écart entre le Québec et le ROC n’a été aussi grand. Là où ce sondage apporte un élément de nouveauté, c’est lorsqu’il nous fait prendre conscience de toute la mesure de la détermination du ROC à nous refuser quelque droit que ce soit à la spécificité. »
* Sûrement une figure de style…

La dernière réponse des Québécois mentionnée ci-dessus indiquant que 82% souhaitent une « nouvelle ronde de négociations constitutionnelles » est probablement la plus décevante pour notre avenir car elle démontre jusqu’à quel point on s’illusionne sur le Canada. Par contre elle réjouit sûrement les maitres d’œuvre de l’unitarisme canadien, car ils comptent sur le maintien des illusions du genre pour nous avoir à l’usure…

Quelques hypothèses
Mais, aurons-nous la force de conviction, ainsi que la croyance en des principes de vie en société qui seuls peuvent permettre la pérennité du seul peuple français d’Amérique que nous sommes ?

Dans le chapitre 8 du livre de Jean-Claude Guillebaud qui s’intitule « On ne vit pas sans croyance », on peut lire ceci qui peut fournir un début d’explication pour ce qui nous arrive au Québec :
« Une première étape de la réflexion pourrait être intitulée: l'impérieuse nécessité de croire. Le verbe ne désigne pas ici la seule croyance religieuse ou morale. Il se réfère tout autant à la politique dans son acception la plus noble. On n'est pas démocrate, ni citoyen, ni simplement homme ou femme sans croire en quelque chose.

Si la croyance pose problème, en effet, c'est qu'elle n'est pas un élément «ajouté» à l'humanisation, mais le fondement de celle-ci. Lorsque nous disons que nul ne vit sans croyance, nous n'évoquons pas une occurrence consolatrice ou une inclination vague pour l'inconnaissable, qui viendraient pallier notre impotence «humaine trop humaine ». Nous ne nous référons pas à je ne sais quelle imperfection de l'esprit humain qui le contraindrait, encore et toujours, à consentir faute de mieux à l'irrationnel. Bien au contraire, le fait de croire est constitutif du principe d'humanité. «Tous les êtres sont ce qu'ils sont, seul l'homme devient ce qu'il est. Il doit conquérir son essence », c'est -à-dire parier sur sa propre chance d'exister en tant qu'homme. »
Avec le philosophe Jacques Dufresne, je pense que la neutralité et l’indifférence constituent une religion néfaste qui « peut prendre la forme d'un nihilisme militant. (…) Que des opinions exsangues! Plus de convictions! Ne restent que les faits et les forces. Cette neutralité fait le bonheur des empires en place et renforce le succès des tendances lourdes. Elle devient la forme la plus insidieuse et la plus nocive du conservatisme. »[40]

Quand on considère l’évolution de la société et notre situation actuelle, ne pourrait-on pas penser que la fameuse « théorie du roi nègre » énoncée par le célèbre André Laurendeau continue de s’appliquer au Québec ? : « Il faut obtenir du roi nègre qu'il collabore et protège les intérêts des Britanniques.»…

Dans l’épilogue de « La force de conviction », Guillebaud écrit encore :
« (…) La croyance est constitutive de l'humanité de l'homme. C'est un besoin individuel, mais aussi - surtout - une affaire relationnelle. Insistons à nouveau sur ce point. On ne croit jamais seul. (…) Croire, c'est aussi «faire confiance» et posséder un langage pour le dire. Cela implique un rapport à l'autre. La croyance appelle le lien, tout en étant produite par lui. Quoi que nous puissions prétendre, c'est aussi une démarche collective. (…) Or, si la croyance est nécessaire à tous, elle est redoutable pour chacun puisqu'elle se mue aisément en certitude figée. Dans sa dynamique propre, livrée à ses penchants, la croyance risque à tout moment de s'enivrer d'elle-même. Une telle ébriété la conduit à préférer, d'instinct, le dogme au cheminement, le catéchisme ânonné à la conviction réfléchie. Trop abandonnés à la dévotion, nous devenons presque immanquablement des fanatiques en puissance. Nous fermons derrière nous la porte du refuge. »
Donc, pour vivre pleinement et libre, il importe d’avoir des convictions, des solidarités et des croyances bien tempérées et… bien trempées. J’ajouterais : dans un esprit de justice et d’amour pour l’Humanité… Finalement, une prise de conscience et un redressement ne s’imposent-ils pas, aujourd’hui même ?


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Une époque révolue ???

Voir aussi ce texte plus récent :
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Références

[1] L’historien Lionel Groulx a écrit : « Extrémistes, les Canadiens français ? Je ne connais chez eux qu’une forme d’extrémisme : l’extrémisme dans la candeur et la bonasserie; l’extrémisme dans l’aplatissement devant l’Anglais. » « Pour certains, un extrémiste est celui ne pense pas comme eux, ou qui pense ! Tout simplement... »
[2] « Le Québec, un creuset méconnu », Denis Vaugeois, dans « La nation sans la religion » sous la direction de Louis-André Richard, Presses de l’Université Laval.
[3] « La force de conviction – À quoi pouvons-nous croire ? », Jean-Claude Guillebaud, Éditions du Seuil, Paris, 2005.
[4] « Refus et résistance », Pierre Vadeboncoeur, L’Action nationale, février 2010, www.action-nationale.qc.ca/
[5] Source : http://www.agoravox.fr/
[6] Source : http://www.esperanto-sat.info/article561.html
[7] http://www.populationmondiale.com/
http://www.populationdata.net/index2.php?option=article&aid=109&article=2008-09-11-Palmares-des-langues-parlees-dans-le-monde
[8] Isaac Yétiv – « Le thème de l’aliénation dans le roman maghrébin d’expression française, 1952-1956 », Université de Sherbrooke, 1972, 246 pages.
[9] Albert MEMMI, « Portrait du colonisé », p. 112.
http://www.mef.qc.ca/portrait%20du%20colonise.htm
[10] Source : http://www.lexpressiondz.com/article/8/2010-04-26/75734.html
[11] La bêtise en ligne : http://www.onlylyon.org/%20, la bêtise du « savant » : http://agora.qc.ca/francophonie.nsf/Documents/Anglomanie--_Cette_langue_qui_nous_isole_selon_Alain_Touraine_par_Marc_Chevrier
Défense de la langue : http://www.langue-francaise.org/, http://www.defenselanguefrancaise.org/, http://www.avenir-langue-francaise.fr/,
[12] Le Temps, Suisse, 10 mai 2010 - L’inquiétude face à l’islam dépasse la question de la burqa
[13] Frédéric Nietzsche, « Par delà le bien et le mal », Éditions Montaigne, collection 10/18, Paris 1951, p.86.
[14] « La peur de nous-mêmes », Danick Trottier, Le Devoir, 18 mai 2000.
[15] « Le refus global », http://pages.infinit.net/histoire/refus-gl.html
[16] http://www.ssj.qc.ca/cms/modules.php?op=modload&name=News&file=article&sid=224
http://en.wikipedia.org/wiki/Jesus_Christ_Superstar_%28album%29
http://en.wikipedia.org/wiki/Jesus_Christ_Superstar
[17] http://en.wikipedia.org/wiki/Footloose
[18] http://www.infofestival.com/
[19] http://www.festivals.com/
[20] JetLAG 2010 Russian-American Music Festival, http://www.thecedar.org/category/geocultural/global-roots, etc. Ce sont généralement des festivals qui se concentrent sur une seule culture.
[21] http://www.francomix.com/musique-francophone.html
[22] « L'honnêteté intellectuelle de madame Esther Delisle », Jacques Dufresne, Le Devoir, 28 août 1998.
[23] « Histoire de la radio au Québec: information, éducation, culture », Pierre Pagé, Éditions Fidès, 2007.
[24] « La norme linguistique à radio-canada », Robert Dubuc, Terminogramme - numéro 97-98 - Norme et médias , Office de la Langue française, Québec.
[25] « Une langue juste est le fondement de la communication », Le Devoir, 13 novembre 2004.
[26] http://www.vigile.net/Anglicisation-du-Quebec-La-mort
[27] http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/education/201005/16/01-4280973-eleves-en-difficulte-hausse-troublante-du-nombre-de-cas.php
[28] « Appel à l'aide pour les universités », Le Devoir, 31 mai 2010; entrevue avec le Recteur Vinet de l’Université de Montréal.
[29] Prénoms absurdes, http://bizarre.joueb.com/news/prenoms-absurdes
[30] http://www.rrq.gouv.qc.ca/Interactif/PR2I121_Prenoms/PR2I121_Prenoms/PR2SPrenoms.aspx?langue=fr
[31] http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2009/les-prenoms-au-quebec.html
[32] http://www.mdeie.gouv.qc.ca/index.php?id=311
[33] http://www.gouv.qc.ca/portail/quebec/pgs/commun/gouv/minorg/?lang=fr#M
[34] http://www.micc.gouv.qc.ca/fr/publications/index.html
[35] « Annual immigration to the United States: the real numbers », www.migrationpolicy.org/pubs/FS16_USImmigration_051807.pdf
[36] « Population du Québec », http://www.micc.gouv.qc.ca/fr/recherches-statistiques/stats-recensement.htm
[37] « Le poids du nombre », L’Aut’Journal, 10 novembre 2009, http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=1882
[38] http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/quebeccanada-trouvez-lintrus/3465/#more-3465
[39] http://www.vigile.net/Rester-au-Canada-envers-et-contre
[40] « Une nouvelle religion: la neutralité », Jacques Dufresne, Encyclopédie de l’Agora, http://agora.qc.ca/

Ce texte est publié au site du Cercle Est-Ouest.

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« On ne peut pas demander à un peuple de se nier,

de nier ce qui constitue son être »

Philosophe français
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« On ne paie jamais trop cher le privilège
d'être son propre maître.»
Écrivain anglais

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