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mardi 26 juillet 2011

UNE RÉPONSE CLAIRE DE J.M. AUSSANT



Une réponse claire à André Pratte
(éditorialiste à La Presse, Montréal)

Réponse à André Pratte – À l’intelligence de déterminer l’insulte

Un Québec en plein contrôle de ses ressources fiscales et légales pourra mieux agir en période trouble et mieux progresser en période de prospérité.

Dans son éditorial du 23 février dernier, André Pratte affirme que le Parti Québécois insulte l’intelligence des Québécois en suggérant qu’un Québec souverain se tirerait mieux d’affaires qu’une simple province. Il y dit qu’aucune statistique ne démontre qu’un État souverain peut mieux gérer son économie qu’un État sous tutelle fédérale.

Sans vouloir le décevoir, aucune statistique ne pourra aider à faire cette analyse de façon valable non plus, puisqu’une province ne contrôle pas tous ses leviers économiques. Toute comparaison avec un pays normal manquerait donc quelque peu de rigueur, voire d’intelligence, puisqu’il aime le mot.

La réalité est que nous ne contrôlons actuellement que la moitié des impôts que l’on paie chaque année. Et dans ce que nous contrôlons, environ 80% est alloué aux trois grands secteurs que sont la santé, l’éducation et la famille. Ça veut tout simplement dire que la marge de manœuvre pour se développer au-delà de ces secteurs essentiels se trouve dans les impôts que nous envoyons à Ottawa. Or, les priorités d’Ottawa en matière de développement sont diamétralement opposées aux nôtres. Je crois qu’aucune intelligence ne sera froissée de lire cela.

Sur le plan industriel, Ottawa a décidé d’aider les voitures au pétrole de l’Ontario et les sables bitumineux empoisonnés de l’Alberta. Les intérêts du Québec, on le sait, sont bien ailleurs : dans l’aéronautique, dans le forestier, dans le manufacturier, dans les technologies de pointe.

Sur le plan environnemental, la priorité d’Ottawa réside dans le camouflage de la pollution actuelle au lieu de l’aide au développement d’énergies vertes. Encore ici, les forces et les intérêts du Québec sont ailleurs : dans l’hydroélectrique et bientôt dans le solaire (Bécancour) et l’éolien.

La planète entière juge que c’est une insulte à l’intelligence de nier l’urgence d’une réforme verte et le projet souverainiste s’inscrit parfaitement dans ce virage nécessaire. Pour sa part, le Canada a non seulement renié Kyoto, il fait figure de dernier de classe au niveau mondial en la matière.

Le Québec, comme pays, tirerait de substantiels bénéfices provenant des bourses de carbone à venir. Comme simple province du Canada, le Québec paiera plutôt pour la pollution canadienne de l’Ouest. Entre d’autres termes, il faut négocier en notre propre nom au lieu de s’en remettre à l’un des plus grands pollueurs de la planète pour se faire entendre.

Sur le plan du développement régional, alors que le projet souverainiste compte donner une plus grande place aux régions et aux MRC dans le développement économique du Québec, Ottawa a récemment décidé de couper l’aide financière aux organismes régionaux de développement économique. Était-ce là un geste intelligent envers les Québécois ?

Et on pourrait poursuivre la liste. C’est pourtant avec ce genre de divergences d’intérêts que le Québec devra composer tant et aussi longtemps que la moitié de ses ressources financières seront contrôlées par un autre gouvernement que le sien et qui, souvent, empiète même sur ses compétences de façon inefficace et coûteuse.

La prospérité passe par la formation de la main-d’œuvre, des investissements massifs en recherche et développement et une préoccupation environnementale dans tout développement futur. Le projet souverainiste mise fortement sur ces trois éléments.

Monsieur Pratte nous rappelle que le Québec se classe déjà de façon respectable parmi les nations du monde en termes de niveau de vie et de développement. Ce que nous disons, c’est qu’il pourrait faire encore mieux s’il contrôlait tous ses impôts et s’il discutait lui-même de ses intérêts avec ses partenaires internationaux, plutôt que d’en laisser la gestion à un gouvernement canadien qui ne partage pas ses valeurs.

Les arguments pour faire la souveraineté ne changent pas. Ils seront toujours les mêmes pour expliquer le bien-fondé d’être libres chez nous. Ce qui change par contre, ce sont les contextes économiques et politiques dans lesquels on doit expliquer notre projet. Un Québec en plein contrôle de ses ressources fiscales et légales pourra mieux agir en période trouble et mieux progresser en période de prospérité.

Le temps nous donnera raison. Mais le temps, ça peut être long, et ça peut coûter cher. La souveraineté, il faut la faire maintenant. J’ai la plus grande confiance au monde que notre projet de souveraineté est nécessaire et bénéfique pour l’avenir du Québec. Je sais aussi que le peuple québécois est un peuple intelligent. C’est donc à nous de les convaincre de la validité du projet si nous avons raison.

Rappelons-nous que jamais un pays ayant obtenu librement sa souveraineté n’a regretté son choix et demandé à son ancien pouvoir colonial de le reprendre sous sa tutelle.

Et le modèle de l’Union européenne qu’on nous présente souvent en soi-disant contradiction avec le projet souverainiste ne l’est pas du tout. Il s’agit de pays politiquement souverains qui ont créé une zone économique. Le Québec applaudit à cela. Nous sommes une nation de commerçants et nous le resterons, seulement nous pourrons enfin décider de ce que nous ferons chez nous avec notre argent.

Si André Pratte trouve le moyen de contredire tout cela pour bien remplir son mandat, c’est aux Québécois de déterminer qui insulte vraiment leur intelligence.

Jean-Martin Aussant
Membre de l'Assemblée nationale du Québec


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LE DEVOIR  -  1910-2010

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« Ce qui nous laisse petits,
c'est la peur de devenir grands »
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 « Aucun peuple digne de ce nom dans le monde
n'a jamais craché sur son indépendance.
   Le peuple québécois serait-il si différent des autres ?
   Son état de peuple annexé et soumis serait-il définitif ?»
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