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lundi 5 avril 2010

LE 50% DE LA MINORITÉ CANADO-BRITANNIQUE



Les Québécois sont de bien bonnes poires, c'est indiscutable !
Première pelletée de terre du chantier du MUHC :

Les indépendantistes forcent Charest à entrer par la porte d'en arrière !


Le Québécois, 2 avril 2010 - Bien que Jean Charest et la bande de McGill aient tenté de prendre les manifestants par surprise, en annonçant à la dernière minute que la pelletée de terre devant inaugurer le chantier du MUHC aurait lieu le 1er avril, les indépendantistes étaient quand même sur place, hier, pour signifier qu'il ne saurait être question que l'on construise en toute impunité le McGill University Health Center (MUHC), un monument érigé, à même les deniers des Québécois, à l'anglicisation du Québec. Ces braves et efficaces indépendantistes sont parvenus à perturber suffisamment la cérémonie pour que Jean Charest passe, à l'instar du prince Charles, par la porte d'en arrière !


Rappelons que le MUHC coûtera tout près d'un milliard et demi de dollars (50% du budget total), et ce, avant les dépassements de coûts qui ne manquent jamais de survenir dans de tels dossiers et qui devraient impliquer, au bout du compte, des dépenses dépassant largement les 2 milliards$. Et ce sont les Québécois qui financent cet hôpital concédé à la communauté anglophone du Québec, communauté qui ne représente pas plus de 10% de la population du Québec (soit 9 fois plus qu'à la majorité des Québécois). Il est carrément scandaleux que l'État québécois, parce que ses administrateurs craignent les anglophones, ait consenti, dans ce dossier, à couper la poire en deux en accordant la moitié du budget prévu pour les centres hospitaliers universitaires à Montréal à McGill. Tout contexte normal aurait voulu qu'un seul centre hospitalier soit construit et qu'il fonctionne en français, ici, au Québec.

Cela est encore plus choquant quand on pense que les médecins qui sont formés à McGill quittent le Québec, à la fin de leurs études, dans une proportion alarmante, alors que tel n'est pas le cas dans les universités francophones. A-t-on les moyens, au Québec, de former des médecins, à nos frais, pour le reste de l'Amérique ? Poser la question c'est bien sûr y répondre.


Et que dire du fait que le MUHC sera prêt bien avant le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), si celui-ci ouvre vraiment ses portes un jour ? Le fait est que le français se porte plutôt mal dans la métropole québécoise. Le MUHC ne sera rien pour améliorer la situation, c'est l'évidence même. Il contribuera de manière importante à angliciser encore davantage maints secteurs d'activité à Montréal. Dans ce dossier, il est clair que tous les Québécois financent, malgré eux, l'anglicisation du Québec.

Et pendant ce temps-là, Jean Charest a le culot d'exiger de nous, les Québécois, de payer sa satanée taxe en santé ; 200$ d'ici deux ans, sans aucune considération pour les revenus des contribuables. Les riches comme les pauvres devront payer le même montant. Et cela étant sans considérer la possibilité qu'on nous impose en plus un ticket modérateur. Il est donc clair que si Charest a les moyens de payer un hôpital de luxe aux anglophones, il a les moyens de se passer de notre 200$ pour sa taxe en santé.



Des militants indépendantistes qui ne reculent jamais
C'est pour s'opposer à tout cela que tout près d'une centaine de militants se sont rendus, hier, sur le site de la cour Glen, là où devait avoir lieu la première pelletée de terre destinée à inaugurer le chantier du MUHC. Ils n'ont eu que quelques heures pour se préparer, et ce, parce que les « dignitaires » voulaient procéder en toute discrétion, loin du peuple. Malgré l'hypocrisie de ces derniers, les militants étaient sur place, à l'heure prévue et ils scandaient énergiquement des slogans percutants afin de faire connaître leur mécontentement aux « dignitaires » qui passaient devant eux pour entrer dans le bâtiment où Charest devait prendre la parole.


Rapidement, le système a envoyé sur place son escouade anti-émeute afin de réprimer une manifestation pacifique. Mais les manifestants indépendantistes (RRQ, MPIQ et JPQ) n'ont pas bronché, ils n'ont pas reculé face au bras armé du système que contrôlent les fossoyeurs du Québec français. Ils étaient bien décidés à empêcher l'inauguration du chantier du MUHC, et c'est ce qu'ils ont accompli.

Lorsque les militants ont appris que Charest était déjà à l'intérieur, puisqu'il avait passé par la porte d'en arrière, prouvant ainsi qu'il est encore moins courageux que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, qui a lui osé passer devant les militants, ils se sont précipités vers le monticule qui avait été prévu pour symboliser, par une pelletée de terre, l'ouverture du chantier. Les militants ont si bien œuvré que les organisateurs ont dû abandonner ce volet de la cérémonie. La pelletée de terre n'a pas eu lieu ! Le chantier du MUHC a donc été, très bizarrement, inauguré en coupant un .gâteau, à l'intérieur, là où les « dignitaires » se sentaient bien à l'abri!


Maintenant, il ne faudrait pas que ceux qui œuvrent sans répit à l'anglicisation du Québec et de Montréal croient que le pire est passé, que notre travail d'opposition à l'entreprise démente qu'est la construction du MUHC se limitera à empêcher le premier ministre d'effectuer une pelletée de terre. Non pas ! Dans un premier temps, nous avons fait fuir le premier ministre. Dans un deuxième temps, il nous faudra mettre en déroute le gouvernement et McGill, et nous n'y arriverons que par le travail de la multitude. Alors retroussons nos manches et que le chantier du MUHC devienne la cible des amoureux du Québec français et libre !

Patrick Bourgeois
Réseau de Résistance du Québécois



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LE DEVOIR  -  1910-2010
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 Le Québec, une nouvelle Cour des Miracles ?

( François VILLON / Dessin de DUBOUT )


dimanche 4 avril 2010

De FOUCAULD, LÉVI-STRAUSS ET L'ISLAM


Lettre du père Charles de Foucauld à René Bazin de l'Académie Française, le 29 juillet 1916.

« Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le coeur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.
L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens.
Il ne s'agit pas de les convertir en un jour ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, oeuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.
Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui.
D'une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du Medhi (Mehdi), il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à l'approche du jugement dernier le Medhi (Mehdi) surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l' engage à subir avec calme son épreuve ; "l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération", disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands, parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger ; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d'honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles mais, d'une façon générale, sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du Medhi (Mehdi), en lequel ils soumettront la France.
De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du Medhi (Mehdi)...»

 Claude Lévi-Strauss, ethnologue

Citation de Lévi-Strauss :

Dans son dictionnaire intime, au mot islam, il écrit : « Une religion que je connais mal. J'ajouterai pourtant que nous sommes aujourd'hui les protagonistes d'un phénomène assez paradoxal de l'histoire auquel l'islam me semble mêlé... J'ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d'autres cultures dont je me suis fait le défenseur et le témoin.
Maintenant, j'ai l'impression que le mouvement s'est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis de menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l'explosion islamique. Du coup, je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture ».
Source :  Les Manants du Roi

jeudi 1 avril 2010

1967 - UN HOMME LIBRE !




Voici un texte fondateur du Québec moderne, ouvert sur le monde et agissant par lui-même.

On y trouve en particulier les grandes lignes d'une politique étrangère du Québec.

François Aquin  -  Vive le Québec libre !
VIGILE.net - mardi 2 février 2010

FRANÇOIS AQUIN

François Aquin est député libéral de la circonscription de Dorion de 1966 à 1967, année où il rompt avec son parti, en désaccord avec la réaction négative de celui-ci au "Vive le Québec libre !" du général de Gaulle. Il officialise sa démission le 3 août 1967 à l’Assemblée nationale par un discours éloquent où il rappelle la nécessité de réaliser au plus tôt la libération nationale.

Ce jeune avocat devient ainsi le premier député à faire valoir la cause de l’indépendance au parlement de Québec. En novembre de la même année, il participera à la fondation du Mouvement souveraineté-association, qu’il quittera le 29 juillet 1968, l’option de René Lévesque ne lui paraissant pas assez radicale.

Vive le Québec libre !


1967 -

M. le Président : L’honorable député de Dorion
Question de privilège
M. François Aquin

M. Aquin :

Monsieur le Président, je me lève sur une question de privilège. Vendredi dernier, j’ai donné ma démission comme membre du groupe parlementaire libéral et comme membre du Parti libéral. Je n’ai pu, en conscience, approuver la déclaration du parti concernant le voyage du président de Gaulle sur la terre du Québec. Le voyage du président, les propos qu’il à tenus, la franchise avec laquelle il est allé au fond des choses constituent un événement historique et un pas en avant dans l’accomplissement de notre destin.


Après avoir connu l’occupation du conquérant, la tutelle de l’étranger et les trahisons de l’intérieur, le peuple québécois considère depuis quelques années que l’État du Québec est l’instrument unique de son progrès. À cet État québécois manque l’affirmation internationale, affirmation aussi vitale pour un peuple que l’est pour un homme le besoin de communiquer avec les autres. A cet État québécois manque la maturité d’un statut constitutionnel propre qui lui donnerait tous les outils nécessaires pour transformer sa situation dans le sens de l’humain et dans le sens de la liberté.

[...] Au cri de "Vive le Québec libre !", c’est de l’âme de tout un peuple opprimé et brimé qu’est montée soudainement comme une réponse l’acclamation triomphale du 24 juillet. Il devenait exorcisé, ce mot de liberté, qu’avant certains osaient à peine murmurer, ce mot de liberté qui appartient pourtant à l’humanité, qui appartient aux nations, qui appartient à l’homme.


Ce jour-là, le président a révélé le Québec à beaucoup de Québécois et il a révélé les Québécois au monde. La prise de conscience de notre situation ne peut que coïncider avec celle de tous ces autres peuples du tiers monde qui, eux aussi, marchent vers leur réalité. Il en est des peuples comme des individus. C’est en creusant leur propre liberté que peu à peu le chemin s’ouvre vers les autres. Le président de Gaulle, en consolidant l’unité culturelle de la francophonie, a plaidé depuis longtemps la cause d’un nationalisme moderne, nationalisme progressiste, ouvert et pacifique qui l’emportera un jour ou l’autre sur le nationalisme bourgeois, territorial et guerrier des puissances colonisatrices. Cette cause, il l’a de nouveau plaidée sur toutes les routes du Québec. Et notre peuple, dont on se plaît si souvent à nous dire qu’il est noyé dans une mer de 200 millions d’anglophones, notre peuple s’est tenu debout. Il n’a pas craint les remous, il n’a pas craint les ressacs.

Il a répondu avec enthousiasme au message de décolonisation. Évidemment, pour ceux qui détruisent un peuple au Viêt-nam et pour ceux qui les cautionnent dans le cadre de soi-disant accords militaires, pour ceux qui tuent à Aden et pour ceux qui les cautionnent dans le cadre du Commonwealth, pour ceux qui oppriment en Angola et pour ceux qui les cautionnent dans le cadre de l’OTAN, pour ceux que scandalise la soi-disant ingérence d’une parole fraternelle, mais qui préfèrent l’envoi d’armées ou la livraison d’armes, la présence même du général de Gaulle en Amérique était un reproche vivant et ses paroles devenaient inacceptables.


Monsieur le Président, je voulais dire à mes collègues comment j’ai vu, comment j’ai compris, comment j’ai senti au plus profond de mon être les événements que nous avons vécus et qui préfigurent de grandes choses pour notre destin au Québec et notre destinée dans le monde. La prise de conscience du peuple, comme peuple et comme peuple dans le monde, commande le respect de l’homme qui a apporté ici l’étincelle. Elle commande aussi notre solidarité à tous, bien au-dessus des frontières partisanes autour du chef de l’État du Québec.

Celui-ci, vendredi dernier, a été, je le dis, égal à la situation dramatique que nous vivons et il a agi comme un véritable chef d’État.


Vous comprendrez qu’il m’était impossible, dans l’optique de ce que j’ai dit, d’approuver la déclaration du parti de l’opposition. Reproche voilé mais direct au président de la République française, attaque partisane contre le chef de l’État du Québec, surenchère électorale, la déclaration dont je me suis dissocié avait de plus l’effet de cautionner le geste du gouvernement fédéral et de rassurer par le gel antidémocratique des options constitutionnelles du parti, de rassurer la réaction américaine et canadienne. La solidarité partisane, l’efficacité dans un parti, le souci d’une carrière individuelle sont des objections qui ne tiennent pas lorsque, dans l’histoire d’un homme, se pose la question fondamentale d’agir suivant tout ce qu’il est.

Je siège maintenant ici seul, libre de tous les partis mais l’heure approche où chaque homme libre au Québec devra aller au fond des choses et dire le fond de sa pensée. Jamais n’a été aussi pressante l’œuvre de la libération du Québec, prisonnier d’une constitution tombée en désuétude et qui, tout en étant une entrave pour nous, est devenue un tremplin pour le gouvernement du Canada. Abandonnons ces masques du statu quo que sont le changement de la Constitution canadienne et l’évolutionnisme conservateur du statut particulier. Ce n’est pas en points d’impôt que l’on bâtit le destin d’un peuple. Par-delà les arguties et les juristes et les experts fiscaux, au plus profond de lui-même, le Québec a choisi la liberté.


La liberté suppose que l’État du Québec possède en propre la totalité des pouvoirs essentiels à transformer radicalement sa situation économique, sociale et culturelle. Il y a plus d’un chemin vers la liberté, mais si l’incompréhension des communautés avec lesquelles nous sommes encore prêts à négocier d’égal à égal ne nous laissait d’autre option, demain il nous faudra choisir l’indépendance. Dans la construction de cette liberté, les structures économiques et sociales devront changer, devront transformer l’homme québécois et la femme québécoise, qui deviendront collectivement responsables de notre révolution dans la paix, dans la justice et dans l’amour.

Monsieur le Président, j’ai voulu expliquer les raisons particulières, mais aussi les motifs généraux qui m’ont amené à prendre une décision grave.


J’ai pensé au passé et au présent, mais surtout à l’avenir, car la vérité est dans l’avenir. Dans 25 ans, dans 50 ans, alors que depuis des décennies le Québec sera devenu une patrie libre, alors que, par-delà les sociétés colonisatrices révolues, il aura tendu la main aux autres territoires libres d’Amérique, d’Asie, d’Afrique et d’Europe, alors qu’il fera le poids de la mégalopolis française sur le sol des Amériques, des hommes et des femmes viendront dans cette enceinte et ils ne seront pas intéressés par les débats partisans que nous y avons tenus. À notre sujet, ils ne se poseront qu’une seule question : Est-ce que c’étaient des hommes libres ? Vive le Québec libre ! Monsieur le Président, je vous demande le privilège d’occuper un autre fauteuil dans cette enceinte.

Pour une politique étrangère du Québec

1968 -


De 1961 à 1968, le Québec a franchi des étapes dans son affirmation internationale. Par la volonté québécoise qui les a inspirées, ces étapes ont rendu, à toutes fins pratiques, intenable le statu quo constitutionnel. Sous peine de se nier elles-mêmes, elles appellent et forcent un progrès. Nos tenants de la "voie du milieu" constitutionnelle amènent comme solution une modification au BNAA qui permettrait au Québec de siéger dans les commissions internationales et de conclure des traités dans les limites de sa compétence. Cette proposition ne me semble pas réaliste. Le consentement nécessaire d’Ottawa et des neuf autres provinces à une telle modification constitutionnelle relève, à mon sens, de la pure fantaisie. De plus, la limitation de notre action internationale au champ de la compétence provinciale ne ferait que transposer à l’extérieur le morcellement des pouvoirs étatiques qui nous paralysent déjà à l’intérieur. Seule une transformation radicale de la situation québécoise peut donner un sens aux étapes déjà parcourues et permettre au Québec d’être présent au monde. La recherche d’une solution rationnelle assurant la présence québécoise dans le monde doit s’intégrer dans la recherche d’une solution globale aux problèmes et aux défis que rencontre le Québec. Dans pareille optique, seule l’indépendance politique du Québec et l’entreprise de sa décolonisation m’apparaissent la réponse des hommes et des femmes d’ici au défi primordial d’être au monde dans cette seconde partie du XXe siècle.

La nation québécoise constitue un fait qui n’a rien de commun avec le sentiment d’une vague appartenance à un coin de terre. Un peuple, une histoire de trois cent cinquante ans, des traditions communes, une langue commune, un poids culturel commun, un territoire, un appareil étatique, une conscience collective de notre situation et d’un destin à façonner ensemble, autant de facteurs qui vérifient la définition d’une nation véritable. Ne saurait tenir l’objection que l’appareil étatique québécois ne réunit pas l’éventail complet des compétences d’un État. Qu’Ottawa détienne une partie de notre souveraineté s’avère la conséquence historique d’une conquête militaire et de constitutions par la suite imposées. Le peuple du Québec n’a jamais consenti un partage des compétences. En ce sens, il n’est pas exagéré de parler d’une véritable occupation.


Un nation qui se distingue essentiellement des groupes franco-canadiens et franco-américains. À part la langue et certaines traditions, nous décelons avec ces groupes une solution de continuité nationale.

Une nation qui s ’oppose à la communauté anglophone des neuf autres provinces. Nous n’avons pas choisi cette opposition. Elle nous a été imposée. La communauté anglophone ne constitue pas une nation. La moitié des provinces canadiennes est déjà sociologiquement américanisée. Les différences ethniques et régionales constituent des forces de rupture qui marquent irrémédiablement l’avenir canadien. Nous sommes donc en face d’une communauté hétérogène qui n’a en commun que sa perpétuelle interrogation sur les aspirations des Québécois. What does Quebec want ?


Une nation française coupée pendant deux siècles de la France et de la francité. C’est dans cette séparation que le drame québécois prend sa source. Le Québec ne sera jamais totalement en Amérique du Nord. Il est d’ici, mais il est aussi d’ailleurs. Cette situation, en lui laissant un passé et un avenir, lui a ravi une bonne part de son présent. Pour vivre, le Québec doit se projeter vers l’avenir, se forger un destin qui lui soit propre, un destin français.

Une nation ouverte sur le monde. Le Québécois, comme tout citoyen du globe, vit à l’heure du monde. Les Québécois sont fiers de ce qu’ils ont accompli depuis quelques années. C’est par l’État qu’ils l’ont réussi. Ils en ont conscience. Il est indiscutable que la nation québécoise ait besoin d’un État pour continuer son progrès.


Tous les champs de la compétence étatique tendent aujourd’hui à se continuer dans la vie internationale. L’éducation, la culture, la recherche scientifique, la sécurité sociale, l’immigration, le travail, la santé, les ressources naturelles, les communications, etc., n’ont de sens que dans l’échange qui va du national à l’international, et de l’international au national. Il n’y a aucun doute que le Québec doit être représenté officiellement partout dans le monde, être présent aux commissions internationales, conclure les traités qu’exigent ses besoins et ses aspirations. De plus, la compétence exclusive du gouvernement fédéral en matière de relations internationales permet à Ottawa de confisquer à long terme des domaines qui ressortissent aux champs provinciaux. Cette dimension nouvelle presse l’heure du choix pour le Québec.

Nous avons noté que toutes les fonctions de la société, assumées ou devant être assumées par l’État, sont intimement reliées les unes aux autres et interdépendantes. Le politique est un système global. Nous devons donc admettre que cette vérité se transpose substantiellement sur le plan mondial. Le Québec doit posséder une politique globale dont le visage extérieur sera sa politique mondiale. Il serait utopique de croire à l’efficacité de notre action internationale dans le système actuel. Que vaudrait une entente culturelle québécoise avec un pays qu’Ottawa dénoncerait demain dans le cadre de sa politique étrangère ? À l’heure présente, la vassalité politique du Canada vis-à-vis les USA minimise et rend quasi impossibles nos relations avec le tiers monde. Le gouvernement québécois croit-il pouvoir siéger dans des commissions internationales sans prendre parti sur les grands débats qui ont une signification absolue de vie ou de mort pour l’humanité ? Une présence québécoise, à de pareilles conditions, n’aurait d’effet que de faire connaître aux nations un Québec en tutelle : le pays colonisé le plus riche du monde.


Si nous voulons une présence dans le monde, il nous faut relever le défi d’une politique mondiale autonome. C’est le prix de la maturité qu’il nous faudra payer. Si nous n’étions pas prêts, par hasard, à un tel sacrifice, il faudrait retourner le plus tôt possible dans le giron du gouvernement central avant que l’espace restreint qui nous y était réservé ne soit occupé par d’autres.

Le Québec est une nation qui doit s’ouvrir pleinement au champ des relations internationales. Quel est ce champ des relations internationales ? Faisant écho aux définitions modernes de la société internationale, Raymond Aron la décrivait récemment comme une société caractérisée par l’absence d’une instance qui détienne le monopole de la violence légitime. Manifestement, une telle société se construit pragmatiquement à travers le jeu des forces. Dès qu’apparaît un rapport constant de forces, celui-ci donne à la société mondiale une configuration nécessairement transitoire.


Pour certains, le monopole de forces entre les mains des USA semble une vérité irrécusable. Pour une autre école plus réaliste, mais traditionnelle, la force apparaît aux mains d’un duopole USA-URSS. La coexistence pacifique, l’entente sur la non-prolifération des armes nucléaires, l’inaction américaine lors de la répression de Budapest, l’intérêt de plus en plus théorique de I’URSS vis-à-vis de la décolonisation dans le monde, sont autant de signes de cette entente bilatérale consistant à se partager pacifiquement l’univers dans le cadre de zones d’influence préétablies. Dans cette perspective, l’affaire des missiles à Cuba pouvait s’interpréter comme une violation de l’entente et, comme telle, plaçait I’URSS dans une situation intenable. [...]

Les découvertes scientifiques, les systèmes modernes de télécommunications, la mobilité des hommes, la conscience commune des catastrophes thermonucléaires possibles, des ambitions exaltantes élargies aux dimensions d’une galaxie, ont commencé à bâtir une conscience collective de la société humaine. Cette insertion du Québécois dans le monde a rendu le Québécois réceptif aux influences mondiales et a accentué son désir d’y participer. Ainsi, les courants mondiaux de décolonisation ont-ils contribué à l’affirmation nationale du Québec. Sans aucun doute, l’exemplarité des révolutions algérienne, cubaine, congolaise a raffermi nos ressorts psychologiques. En contrepartie, l’affirmation nationale a provoqué le désir plus ou moins conscient, mais réel, de participer directement et immédiatement à la vie mondiale, sans passer par la médiation de la structure coloniale du gouvernement central. Dans cet échange vital, Ottawa est vite apparu comme un corps étranger, relent d’un passé d’humiliations.


D’ailleurs, ce désir s’inscrit dans les coordonnées de notre époque dominée par le double courant de la décolonisation et de l’universalisation. Pendant que la planète se réduit de plus en plus à la dimension d’une tribu, suivant le mot de McLuhan, les particularismes culturels s’affirment avec plus de vigueur et s’identifient dans des entités nationales. Cette dialectique des forces centrifuges et des forces centripètes apparaît comme la vérité première de notre présent et de notre avenir. La méconnaissance de cette vérité mènerait l’humanité à sa fin biologique et culturelle. La volonté d’enracinement de l’homme moderne plonge dans l’histoire la plus ancienne. Ainsi, la révolution mexicaine a tenté de renouer avec la civilisation aztèque. Le régime de Nasser dit remonter aux pharaons dans son inspiration égyptienne. Le pouvoir noir aux USA distribue à ses membres des cartes X pour indiquer que le vrai nom de famille africain est inconnu. Une fierté est née aux hommes. Une fierté est née aux hommes de couleur, aux faibles, aux opprimés.

Claude Lévi-Strauss a démontré dans Race et Histoire que ce renforcement des particularismes culturels n’est pas une réaction négative, mais la condition même de la survie culturelle et biologique de la race humaine. L’homogénéisation de l’humanité mènerait, à toutes fins pratiques, au suicide collectif. L’humanité devra donc vivre en acceptant ces deux pôles : affirmation des particularismes culturels, universalisme. Le Québec est lui-même entré dans cette dialectique vitale fondamentale : il veut être québécois, il veut être présent dans le monde.


L’affirmation nationale du Québec a coïncidé avec son affirmation étatique. L’État est apparu comme le seul levier de notre affirmation. L’extension du champ politique à l’ensemble du champ social nous a fait réaliser l’unité nécessaire de l’appareil étatique. En effet, les fonctions éducationnelles, culturelles et économiques de la société ont été progressivement et inégalement assumées par l’État. Seule la fonction économique continue sa croissance anarchique sans contrôle étatique rationnel. Il nous est apparu alors qu’un contrôle étatique maintenu à un double niveau fédéral et provincial créait à l’intérieur même de l’État un morcellement, un mécanisme concurrentiel et reproduisait une structure coloniale.

Pour le Québec, se choisir équivaut à se choisir dans ce monde tourmenté, inquiet, livré aux contradictions fondamentales que sont la vie et la mort, l’opulence et la misère, l’oppression et la liberté.


Un Québec indépendant devra se donner une politique mondiale globale intégrant les impératifs de ses aspirations et de ses intérêts, mais aussi ceux d’une vision du monde qui lui soit propre et d’une éthique de la liberté.

Le Québec ne peut se replier sur lui-même. Toute tentative d’autarcie équivaudrait à un véritable suicide. Le Québec doit intensifier ses relations avec les pays économiquement développés. Cependant, s’il veut acquérir la liberté de manœuvre nécessaire à l’élaboration d’une véritable politique étrangère, il devra concentrer ses efforts sur la diversification de ses relations avec le plus de pays possible. Il est faux de croire que le voisinage américain condamne nos relations internationales au fixisme actuel. Le voisinage géographique n’est sûrement plus économiquement un déterminisme absolu, s’il en fût jamais un.


De plus, le Québec peut devenir un ferment dans la construction véritable de la francité. Au-delà d’une communauté culturelle, la conscience collective de certaines grandes valeurs humaines amènera probablement la francité à jouer dans l’avenir un rôle distinct dans le champ du politique international. Un Québec français se dégageant de ses structures coloniales, s’affirmant comme un pays libre, possédant les structures économiques et technologiques d’un pays développé, peut présenter une synthèse vraiment nouvelle et originale. Ainsi la France et le Québec peuvent devenir les deux pôles d’affirmation du monde francophone.

Le Québec doit de toute évidence établir des relations internationales avec les pays du tiers monde. Il doit les intensifier le plus possible. Il n’y a aucun doute qu’une telle politique est la condition même de notre insertion dans la réalité mondiale et la garantie d’une véritable indépendance.


Le Québec se nierait lui-même s’il ne s’engageait pas dans une politique de paix dont la dynamique serait fondée sur la liberté des peuples et la coopération entre les peuples. Endosser le mouvement de la décolonisation, pratiquer la coopération, appuyer les revendications du tiers monde, se trouver partout du côté de la liberté contre l’agresseur, ne serait-ce pas l’avenir grandiose de ce peuple au sortir de deux siècles d’humiliations et le moyen pour lui de renouer avec le dynamisme historique qui a déjà été le sien ?

Le Québec nous est apparu une nation authentique. Agissant dynamiquement à l’intérieur et commençant de s’affirmer à l’extérieur, dans les compétences du demi-État que l’histoire lui a laissées, le Québec désire simultanément élargir son action à celle d’un État souverain et la dépasser dans le champ mondial où se joue en définitive le destin de l’homme. Ainsi, la dynamique interne globalisante du politique nous amène à intégrer dans le projet d’une indépendance d’ici, une vision du monde qui assigne comme but au politique le bonheur de l’homme.


Reprenant le mot de Saint-Just sur l’Europe, nous pourrions dire : Maintenant, le bonheur est une idée nouvelle dans le monde. Dans un monde qui, à travers les déchirements, les dangers et les menaces, tente tragiquement de retrouver l’unité, la liberté, la justice, l’amour. Le Québec aura-t-il l’audace de participer pour sa part à l’effort prométhéen qui le sollicite ? Il y a pour nous un pari à faire sur l’avenir. Le refus d’un tel pari nous obligerait à nous nier nous-mêmes.
L’accepter, c’est nous décider à aller jusqu’au bout de nous-mêmes.
L’indépendance est indissociable d’un appel à la grandeur.
La grandeur c’est de choisir toujours et partout, pour soi et pour les autres, la LIBERTÉ.

Sources : « Vive le Québec libre !», Débats de l’Assemblée législative du Québec - session 1966-67, vol. V, n° 98, p. 4995.

« Pour une politique étrangère du Québec », Liberté, vol. X, n° 2, mars avril 1968, p. 25-32.
Source récente :  VIGILE.net
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LE DEVOIR  -  1910-2010
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DEMAIN – Hymne au Québec
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